Gare à ceux qui omettraient de porter un masque dans la rue : la police veille !

Le 27 août [2020], à l’occasion d’une conférence de presse, le Premier ministre a annoncé triomphalement le chiffre de « 700 verbalisations par jour ». Soit pas grand-chose comparé aux 1,1 millions de contredanses infligées durant le confinement.

Alors que les polices municipales font du zèle dans les rues, les 150.000 flics du ministère de l’Intérieur, eux, rechignent à coller 135 € d’amende aux indisciplinés.

Pourquoi ? Parce que, pendant des mois, au pic de l’épidémie, leur hiérarchie les a privés de masques dehors, au motif que cela ne servait à rien.

Drôle de jugement de Salomon

Il faut dire que la chefferie avait bien matraqué la consigne. Le 17 mars, par exemple, quarante-huit heures après le début du confinement, le patron de la police en tenue diffusait des Yvelines, ce message : « Je confirme les déclarations du chef d’état-major : il est absolument proscrit de porter le masque sur la voie publique ou à l’accueil du public. »

Quatre jours plus tard, alors que les flics s’inquiètent, la Place Beauvau réquisitionne, en visioconférence, le directeur général de la Santé afin qu’il rassure les patrons des syndicats policiers. « Ce n’est pas quelqu’un que vous croisez ou que vous contrôlez sur un trottoir qui vous contamine, certifie Jérôme Salomon. Il faut être à moins de 1 mètre en face à face, pendant environ un quart d’heure », dixit le verbatim de la réunion que « Le Canard » s’est procuré.

Et le professeur d’insister : « On voit par exemple des masques circuler avec des personnes qui font du vélo, cela n’a pas de sens. » Par la suite, des syndicats comme l’Unsa-Police continueront de réclamer le droit de porter un masque lors des patrouilles : en vain.

Le 19 août, le directeur général de la police annonce à toutes les directions que le port du masque n’est plus seulement obligatoire dans les espaces clos, mais aussi « dans l’exercice des missions susceptibles de mettre les personnels au contact physique du public » et « dans les véhicules de service lorsqu’ils sont occupés par plus d’un agent ».

Remplacer « absolument proscrit » par « obligatoire », ce n’est pourtant pas compliqué


Article signé des initiales C. L.- Le Canard Enchaîné 02/09/2020