Tout devait être plus clair. Tout est plus confus. Les polémiques furieusement ridicules suscitées par le guide de la laïcité de l’Association des maires de France (AMF) montrent que des décennies de dérives ne se rattrapent pas avec de simples mises au point pédagogiques. Aussi justifiées soient-elles.

Le combat pour l’égalité n’est pas vain !

Le rapport de la France avec ses citoyens musulmans est certainement l’un des défis les plus importants qui se dresse devant nous. Il risque, pour le meilleur ou pour le pire, d’être un enjeu majeur des élections de 2017. Il est essentiel et déterminant, tant pour les équilibres internes de la société française que pour la place de notre pays sur l’échiquier mondial.

Depuis peu de temps, des élus ont redéposé un projet de loi sur les mamans (portant un foulard) qui accompagnent leurs enfants dans les sorties scolaires ; la relance du débat sur le voile à l’université ; et la déclaration de Sarkozy disant : « on est contre le foulard parce qu’on est pour l’égalité ».

Passé la stupeur des attentats, lorsque se dissipent les sentiments d’indignation et d’impuissance et que la peine se rétracte sur l’entourage des victimes, subsiste une lancinante question. Pourquoi, dans un contexte de paix, de jeunes Français ont-ils pu s’attaquer avec une telle violence à des individus choisis en raison de leurs opinions, de leur confession religieuse présumée ou de l’uniforme qu’ils portent ?

Citons le pape François : « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision. » En voulant faire de la pédagogie sur les limites de la liberté d’expression, le pape François se livre à des caricatures qui jouent sur l’amalgame et la confusion.

Au lendemain d’une solidarité française qui ne s’était jamais vue depuis de très nombreuses années, où le peuple français sur tout le territoire, s’est exprimé sans afficher dans une unité, une dignité sans faille durant ces marches collectives, sans aucun lien, ni référence à des parties politiques ou orientations cultuelles, revendiquant simplement la liberté d’expression, le refus d’un extrémisme religieux ; apparaît quelques heures après cette démonstration d’envergure, déjà des divergences d’interprétations, voire d’appropriations.

Il devient de plus en plus difficile de nier que l’islamophobie se développe en Europe. De l’attaque contre des mosquées en Suède aux manifestations de « bons allemands » tous les lundis contre une prétendue invasion musulmane, chaque jour les preuves s’accumulent.

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a consacré l’introduction de son rapport sur l’année 2013 à expliquer pourquoi elle acceptait finalement le terme d’islamophobie, ce que la plupart des grands médias se sont gardés de reprendre.

Si le terme « islamophobie » signifie quelque chose, ce doit être la peur et la haine des musulmans, qui rendent plus difficile à ces derniers de vivre dans des sociétés plurielles et de fonctionner effectivement dans une culture et une économie mondialisées. Mais, selon cette définition, qui sont les pires islamophobes ?

La question de la laïcité a été une fois encore au cœur de l’actualité à cette rentrée scolaire 2013.

Mais la définition de ce principe est un enjeu politique majeur : s’agit-il d’affirmer un interdit (encore un) pesant sur certains élèves plutôt que d’autres ou de poser un principe émancipateur permettant à l’école de s’adresser à tous ?