Assurance-chômage, coté patronal !

Les patrons qui abusent des contrats courts seront punis plus tard, les chômeurs tout de suite.

Les organisations patronales ont « fait le job » en protestant (modérément et pour la forme) contre l’introduction, à la faveur de la réforme de l’assurance-chômage, d’une mesure qui, hier encore, les faisait hurler. Le 2 mars, le gouvernement a imposé une pénalité (un malus) aux boîtes abusant des contrats de travail courts. Mais la sanction s’annonce légère, et le gouvernement en prévoit une application très lointaine.

Le 1er juillet, Elisabeth Borne entamera une « observation » des pratiques patronales dans sept secteurs tests. Les premières sanctions ne tomberont que le 1erseptembre 2022 (trois mois après la présidentielle). Rien ne dit que la taxe envisagée perdurera : l’actuelle convention régissant l’Unédic, dans laquelle s’inscrit cette mesure, expirera le 1er novembre 2022. L’accord à venir, qui sera surveillé de près par le futur gouvernement, pourrait bannir ce système de sanction qui touche les employeurs.

Rappel : l’abus de ces contrats courts coûte 2 milliards par an à l’assurance-chômage. Et faire les poches des patrons qui exagèrent pourrait rapporter, prétendent les experts, deux fois ce que la future réforme fera tomber dans les caisses de l’Unédic au détriment des chômeurs. Le Medef s’en sort donc au mieux.

Un malus n’arrive jamais seul. Grands oubliés du « quoi qu’il en coûte », les demandeurs d’emploi seront les premières victimes du décret préparé par Elisabeth Borne. La réduction des allocations s’appliquera dès le 1er juillet, et devrait frapper 800 000 chômeurs.

Cadres bien accrochés

D’autres mesures pénalisantes seront mises en place en fonction de l’amélioration de la situation de l’emploi (c’est ce que les poètes du gouvernement appellent le « retour à bonne fortune »).Ça dépend pour qui… Deux critères principaux ont été retenus pour l’application de ces dispositions complémentaires : que le nombre des chômeurs inscrits en catégorie A (sans aucune activité) baisse de 135 000 dans les six mois, et que le nombre de déclarations d’embauche, hors intérim, atteigne 2,7 millions en quatre mois. En résumé, plus la situation de l’emploi s’améliorera, plus les allocs diminueront. Un châtiment personnalisé attend les cadres gagnant plus de 4 500 euros par mois. Après la réforme du 1e juillet, ils subiront une réduction de leur alloc dès qu’ils auront passé neuf mois au chômage. Fut un temps, pas si lointain, où Emmanuel Macron pourfendait ce type de politique. «Je ne crois pas du tout au débat lancé par nombre de responsables politiques sur la dégressivité des allocations chômage, écrivait le futur président dans son livre « Révolution », en 2017. Ils sous-entendent que la mobilité professionnelle se fera toute seule et que les chômeurs le sont plus ou moins par leur faute. »

Ce retournement fait bondir Jean-François Foucard, responsable des questions d’emploi à la CFE-CGC. « Il n ‘y croit pas, mais il le fait quand même ! » vocifère-t-il. Cette sanction des cadres sans emploi ne percevant que 62 % de leurs droits potentiels (contre 72 % pour les non-qualifiés), il la trouve injuste.

Macron adore flageller son électorat…


Alain Guédé. Le Canard Enchainé – 10/03/2021