JO Paris et « crise de drones »

A moins de trois mois du coup d’envoi des Jeux olympiques, le système de lutte anti-drones continue joyeusement de battre de l’aile… Comme « Le Canard » (27/3) l’a raconté, le programme Parade de Thales, choisi par la Direction générale de l’armement (DGA), n’avait guère fait d’étincelles lors d’un test grandeur nature organisé le 14 mars sur la base aérienne de Villacoublay : il n’avait détecté qu’un drone malveillant sur trois, et ce dans un rayon de moins de 800 mètres.

Le 2 avril, lors d’une audition à huis clos devant la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, Emmanuel Chiva, le patron de la DGA, avait tout fait pour rassurer les parlementaires, leur promettant que Parade, qui accuse pas moins de dix-huit mois de retard, serait prêt à temps pour les Jeux.

Parade dans la panade

Mais le ministre des Armées, traumatisé par la démonstration ratée de Villacoublay, à laquelle il a assisté, a rabroué le grand chef des ingénieurs de l’armement. Surtout, Sébastien Lecornu a exigé une nouvelle évaluation — sans témoins gênants, cette fois. Selon les informations du Palmipède, Parade a été installé le 22 avril sur les toits du ministère des Armées à Balard. Et les nouveaux tests, plus agressifs, ont confirmé l’inquiétante myopie du système, qui était censé révolutionner la lutte anti-drones. Pour Thales et son partenaire CS Group, c’est une chute en piqué…

Sébastien Lecornu juge que Parade n’est pas à la hauteur des promesses. Il a exigé de l’industriel qu’il lance Lissa une batterie d’autres tests, sur les sites olympiques, cette fois, avec des simulations en temps réel. Thales est prié de s’améliorer en tenant compte des contraintes topographiques de chaque zone de déploiement.

Exaspérée par les piètres performances des « dômes anti-drones », l’armée de l’air, qui s’est fait refourguer ce programme à 350 millions d’euros par la DGA, menace, quant à elle, de renvoyer les six systèmes Parade reçus sans les payer. Les aviateurs ont dû se résoudre à compléter leur arsenal anti-drones avec cinq systèmes Bassalt, fabriqués par une filiale d’Aéroports de Paris, dont deux loués à la dernière minute.

Le ministre de la Défense a été obligé d’informer Emmanuel Macron des déboires de Parade. C’est que, humiliation suprême, il a fallu quémander du matos auprès des Britanniques pour compléter la panoplie tricolore défaillante.

Ah, qu’elle est belle, l’Europe de la défense…


Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbe. Le Canard enchaîné. 30/04/2024


Insupportable militarisation des esprits

Face à l’impasse actuelle sur la ligne de front de la guerre russo-ukrainienne, le matraquage militariste a franchi un nouveau seuil en Europe, au point d’en devenir insupportable.

Emmanuel Macron a, comme il se doit, pris le leadership de cette gesticulation guerrière en « brisant le tabou » de l’envoi éventuel de « troupes au sol » dans le pays agressé ;

  • en ironisant sur la pusillanimité de ses proches alliés qui, au début du conflit, envisageaient de « proposer des sacs de couchage et des casques » aux Ukrainiens ;
  • en invitant ses homologues à « ne pas être lâches » ;
  • en affirmant ne se fixer, quant à lui, « aucune limite, aucune ligne rouge » dans l’engagement français au côté de Kiev ;
  • en lâchant, semble-t-il, d’un ton détaché, devant quelques proches : « De toute façon, dans l’année qui vient, je vais devoir envoyer des mecs à Odessa », avant de se mettre en scène en pleine séance de boxe, dans l’une de ces poses virilistes habituellement plus en vogue à Moscou qu’à Paris…
  • De l’initiative politique la plus aventureuse à la communication la plus déplacée : Macron tel qu’en lui-même.

Bruxelles n’est pas en reste.

La présidente de la Commission, von der Leyen, outrepassant allègrement son champ de compétences, évoque devant le Parlement européen « une menace de guerre », quoique « peut-être pas imminente » (!) et invite les Européens à « y être préparés ».

Le président du Conseil européen, Charles Michel, y va également de son couplet belliciste : « L’Europe doit passer en mode économie de guerre », proclame-t-il, martial, car, pour ce pâle imitateur de Clausewitz, « si nous voulons la paix, il faut nous préparer à la guerre ». N’hésitant pas à en rajouter sur sa rivale von der Leyen, il nous met en garde : « Si nous n’apportons pas suffisamment d’aide à l’Ukraine, nous serons les suivants » !

Manifestement fier que ce soit sous sa présidence qu’a été actée « la naissance de l’UE géopolitique » et qu’a eu lieu « une première dans l’histoire de notre Union : (la livraison) d’armes létales à l’Ukraine » ! « Nous pouvons être fiers de ce que nous avons déjà accompli », confirme le représentant des 27 États de l’Union européenne : « L’industrie de défense a augmenté sa capacité de production de 50 % depuis le début de la guerre et nous doublerons la production de munitions pour atteindre deux millions d’obus d’ici la fin de l’année prochaine. » Quant aux projets de renforcement de notre industrie d’armements d’ici à 2030, ils offriront « de la prévisibilité accrue à nos entreprises » et permettront de « créer des emplois et de la croissance dans l’ensemble de l’UE », ose-t-il ! « Nous devons être capables de parler le langage de la puissance, nous devons opérer un changement radical et irréversible (sic) de notre réflexion », conclut le politicien, depuis son petit nuage guerrier.

L’exemple venant d’en haut, chaque pays a sa variété de va-t-en-guerre. En France, c’est la liste LR aux élections européennes qui innove en plaçant en troisième position le général Christophe Gomart, ancien directeur du Renseignement militaire et ex-commandant des opérations spéciales, l’un des nombreux experts qui nous font vivre en direct dans les médias la guerre, comme si vous y étiez.

C’est que l’éventuel futur élu européen du parti d’Éric Ciotti sait apprécier en connaisseur notre armée, « la seule armée européenne qui intervienne à l’extérieur », « la seule qui ait été engagée de manière opérationnelle à travers l’Afrique, le Sahel, en Afghanistan, en Irak… et aujourd’hui encore au Liban ». Et donc ? « Elle est prête de manière opérationnelle ; maintenant, elle a besoin de se réarmer. » C’est quand même beau tout ce dévouement à la cause de la solidarité et de la paix.


Francis Wurtz. Source


Faire payer Moscou, ce n’est pas gagné.

Un tabou militaire a été levé à l’Elysée, le 26 février 2024, lors de la conférence de soutien à l’Ukraine : l’envoi de troupes alliées sur le terrain.

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