Santé au travail

C’est un rassemblement qui va filer de l’urticaire à Patrick Martin, l’actuel patron du Medef, et à Emmanuel Macron, l’actuel patron de Choose France.

Les 13 et 14 mars 2024 (1), plus de 500 syndicalistes (CGT, Solidaires et FSU), des militants d’associations de victimes, des associations environnementales, des experts du monde du travail (médecins, psychologues, sociologues…) ont occuper la Bourse du travail, à Paris, pour les Assises de la santé et la sécurité des travailleuses-travailleurs.

Les risques d’effluves de merguez et de refrains « Tous ensemble » ne sont pas exclus. Pas grave, ils ne sont dangereux que pour le palais et les oreilles. Le reste du programme soulève des questions autrement inquiétantes. Pour l’année 2022, la Caisse nationale de l’assu­rance maladie (Cnam) a recensé la mort de 738 personnes à cause des conditions de travail. Et encore, ces chiffres ne concernent que les salariés du secteur privé.

À ces victimes, il faut ajouter les salariés des régimes agricoles — qui ont fait l’actualité ces derniers temps — , ceux des régimes spéciaux, car, n’en déplaise à Pascal Praud, les cheminots ou les agents EDF ne sont pas des nababs qui se la coulent douce. Et encore ceux de la fonction publique, les salariés détachés, les intérimaires et autres hyper-précarisés, qui ne font même plus partie des statistiques officielles. Cumulé, cela donne, selon la CGT, quelque 1200 morts par an, soit plus de trois morts par jour directement liées au boulot.

Il ne faut pas compter sur Emmanuel Macron qui a achevé les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), pour que le scandale des morts, des blessés, des amputés au boulot fassent l’objet d’une grande cause nationale. Ces deux journées sont l’occasion pour les militants de faire sortir des statistiques syndicales ces fantômes que sont la santé et la sécurité au travail, et de relier la question sociale aux enjeux environnementaux.

« De l’amiante au chlordécone, comment lutter contre une réglementation qui autorise les industriels à tuer les travailleurs ? » questionne Gérald Le Corre, inspecteur du travail en Seine-Maritime et militant cégétiste, paraphrasant l’intitulé d’un des débats.

Meilleur exemple de ce laxisme généralisé : le scandale d’État de l’amiante (2). Hélène Boulot, de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva), dénonce 100 000 morts qui auraient pu être évitées si l’interdiction de ce poison n’avait pas été aussi tardive (2), et si les chantiers de désamiantage respectaient réellement des normes de sécurité drastiques.

Responsabilité de l’État et des employeurs, mais aussi questionnement sur le rôle des syndicats et des associations pour travailler de concert. « Ces assises doivent aussi être l’occasion d’interroger le monde syndical, qui est parfois frileux pour dénoncer ces pollutions, car il craint à juste titre fermetures d’usines et pertes d’emplois », précise Gérald Le Corre.

Une évolution qui témoigne du changement de nature des enjeux-de la santé et la sécurité au travail.

Désormais sont concernés et mobilisés celles et ceux qui sont en emploi, mais aussi toutes les personnes qui vivent près de sites industriels, car « notre santé est maintenant régulièrement mise en danger par des produits fabriqués ou des services rendus résultant d’un travail « ni fait ni à faire » », note le psychologue du travail Yves Clot, dans un plaidoyer pour une écologie du travail (3). Une transition de plus, à faire urgemment.


Natacha Demanda. Charlie Hebdo. 13/03/2024


  1. Quels médias audiovisuels ou écrits en ont parlé ?
  2. L’amiante est interdit en France en 1997, alors que les risques étaient connus depuis le début du XXe siècle.
  3. Dans l’ouvrage collectif Le Prix du travail bien fait (éd. La Découverte).

5 réflexions sur “Santé au travail

  1. bernarddominik 19/03/2024 / 14h50

    Les maladies professionnelles les accidents du travail sont un vrai problème en France. Mais plus largement l’utilisation de produits dangereux sans que les protections adéquates soient fournies aux salariés

  2. tatchou92 20/03/2024 / 15h28

    Voilà un excellent article..Vous dites CHSCT ? Visites médicales au travail ? C’était bien, utile pour la santé des salariés, surtout lorsqu’il y avait une réelle autonomie du service, sans contrainte patronale, et que les normes étaient respectées par tous..

    J’ai eu la chance de diriger le Service Santé Temps de Travail de ma collectivité qui comptait plus de 1000 agents, gros boulot d’explications..
    – de veiller au respect et à la mise en place toutes les visites systématiques obligatoires,
    Il était important de connaitre le taux d’accidents, leur nature, travail ou trajet, pour adapter la prévention, et dégager les crédits nécessaires d’aménagement de postes, les dotations vestimentaires et les formations « gestes et postures ».. ou comment se protéger, travailler sans se blesser,
    – de mettre à jour le calendrier des vaccinations obligatoires.
    – nous avions une équipe formidable, avec le médecin du travail, l’assistante sociale du personnel, le secrétariat.
    – les élus du personnel au CHSCT avaient saisi l’intérêt de cette organisation, pour les agents, le service rendu à la population et étaient partie prenante.

  3. Pat 20/03/2024 / 18h48

    On critique souvent les grosses boîtes sur la questions de la sécurité au travail alors qu’elles sont souvent plus sensibilisées à ces questions alors que beaucoup de PME ont des critères et (peut-être…selon) des moyens et des actions insuffisantes dans le domaine.

    • Libres jugements 21/03/2024 / 10h26

      Commentaire empreint du bon sens collant à la réalité .
      Amitiés Michel

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