L’emploi des jeunes et des seniors…

… un casse-tête au sommet de l’état

C’est le défi de tout gouvernement : garantir l’emploi des jeunes comme des seniors. « Il n’y a pas de difficulté en ce qui concerne les 30-55 ans. La faiblesse française, ce sont les moins de 30 ans et les plus de 55 ans », rappelle Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Economistes.

Pour tenter d’y remédier, différents dispositifs ont vu le jour ces dernières années, à l’image du contrat de génération. Cette mesure phare de François Hollande en 2013 consistait à aider financièrement une petite ou moyenne entreprise pour qu’elle embauche un jeune en CDI, à condition qu’elle conserve dans ses effectifs un salarié de plus de 57 ans, censé former un binôme avec son cadet. Quant aux grandes entreprises, elles devaient s’engager à signer des accords collectifs sur l’emploi des jeunes et des seniors, sous peine de sanction.

Las, deux ans plus tard, la Cour des Comptes n’a pu que constater un « insuccès » : seuls 40 000 contrats de génération avaient été passés, au lieu des 220 000 escomptés. Trop contraignant, pas assez incitatif… Le dispositif a été enterré en 2017.

L’an dernier, les débats autour de la réforme des retraites ont remis au goût du jour la question du travail des seniors. Depuis fin décembre, syndicats et patronat négocient, avec, en toile de fond, l’objectif du gouvernement d’arriver à un taux d’emploi de 65 % chez les 60-64 ans d’ici à 2030.

Mais pour l’heure, les discussions sont au point mort.

Principale pierre d’achoppement, le compte épargne temps universel, défendu notamment par la CFDT, qui permet aux salariés d’épargner des congés et de les transférer d’une entreprise à une autre durant sa carrière. Le Medef comme la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises (CPME) y sont fermement opposés. L’autre proposition sensible est le CDI senior, voulu par les organisations patronales.

En contrepartie de contrats passés avec des plus de 60 ans en demande d’emploi, les entreprises pourraient les faire partir dès l’obtention des conditions de retraite (aujourd’hui, ils peuvent rester jusqu’à 70 ans). Pour la « durée indéterminée », on repassera…

Du côté des juniors, le plan « 1 jeune, 1 solution », lancé en 2020, vise à faciliter leur entrée dans la vie professionnelle, notamment pour les plus éloignés de l’emploi. Mais en fait de tremplin vers un contrat pérenne, le dispositif a jusqu’ici surtout favorisé l’apprentissage.

Selon un rapport de France Stratégie en janvier 2024, les aides à l’apprentissage représentent ainsi 80 % du budget 2020­2022 du plan, soit 8,9 milliards d’euros sur 12,1 milliards.

Là encore, la Cour des Comptes s’est prononcée négativement, dénonçant l’effet pervers d’un système qui «a certainement permis d’augmenter […] le nombre d’apprentis, mais surtout au bénéfice de diplômés dont l’insertion sur le marché du travail n’est le plus souvent pas problématique ».


Article non signé lu dans l’Obs. N° 3103. 21/03/2024


2 réflexions sur “L’emploi des jeunes et des seniors…

  1. bernarddominik 26/03/2024 / 12h19

    Un président uniquement à l’écoute de lui même, d’où ces multiples plans inefficace

  2. tatchou92 26/03/2024 / 22h34

    je croyais qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver du boulot…
    Ce n’est pas en voulant maintenir les salariés au boulot jusqu’à 67/68 ans et plus, que les jeunes auront un emploi…
    Je me souviens d’enquêtes qui montraient que les quinquagénaires affectés à des boulots difficiles étaient souvent licenciés, car moins « rentables », moins efficients, moins opérationnels, et coûtaient plus cher que les trentenaires…
    Nous n’allons apparemment pas vers des « lendemains qui chantent »..

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