Est-il possible de ne pas vieillir ?

Mais les circonstances de la mort de Catherine, résidente d’Alquier-Debrousse — le plus grand Ehpad public de Paris —, interrogent.

Le 1ᵉʳ janvier, ses deux fils sont prévenus que leur mère a été victime d’une « altercation » qui lui a valu des griffures sur le visage.

En fait, selon un signalement de l’établissement à l’agence régionale de santé (ARS) daté du 17 janvier (soit cinq jours après son décès), un agent de ménage a surpris la patiente « allongée au sol, un autre patient assis sur [sa] tête », l’empêchant de respirer. Un « événement indésirable », écrit l’Ehpad, qui manie bien la litote.

Une fois dégagée, la victime n’a eu droit qu’à la visite d’une infirmière… sans matériel en état de marche. Deux jours plus tard, Catherine est retrouvée inerte dans son lit.

Pourtant, 1’Ehpad indique à l’hôpital Tenon, où elle est envoyée en urgence, que son état découle d’un « contexte de probable chute ». Les médecins ne trouvent aucune trace de chute, mais un gros hématome au cerveau. Catherine meurt le 12 janvier.

Bataille dérangée

Ses enfants récupèrent le dossier médical à la fin du mois. A sa lecture, ils s’aperçoivent que l’Ehpad lie sans détour le décès à l’attaque. La famille découvre aussi que la septuagénaire a été victime d’autres « bousculades ».

Pas de chance : son voisin de chambre avait pris l’habitude de la molester.

Un homme « connu pour divers incidents, parfois manifestés à l’encontre des autres résidents, du personnel », reconnaît le Centre d’action sociale de la Ville de Paris (CASVP), qui gère l’établissement.

Le 13 décembre, il a même été envisagé de déménager la patiente dans un service dit « classique ».

C’est que, depuis son arrivée, en juin 2022, Catherine se trouvait dans une unité réservée aux personnes atteintes d’Alzheimer, alors qu’en raison de ses troubles schizophréniques elle relevait de l’unité psychiatrique. Ses deux fistons se sont plaints… Sans résultat. L’anomalie est soulignée dans un rapport d’inspection établi par l’ARS Ile-de-France et la Ville de Paris en avril 2023.

Révélé par « Le Canard » en octobre dernier, ce rapport dénonce aussi la dénutrition, qui touche 37 % des résidents et la présence de souris, de cafards. « L’équipe d’inspection a fait le constat de manquements graves (…) qui sont de nature à faire courir des risques aux per­sonnes vulnérables hébergées », conclut-elle.

La Mairie de Paris assure avoir réagi en améliorant la qualité des soins ainsi que « les relations avec les familles ». Dans un courrier commun, le 28 février, des résidents, de leurs proches et des salariés ont, au contraire, critiqué son mutisme.

Les enfants de Catherine, eux, ont porté plainte le 19 janvier 2024, convaincus que, dans cet Ehpad, il n’y a pas que les résidents qui marchent sur la tête.


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard Enchaîné du 20/03/2024


Une réflexion sur “Est-il possible de ne pas vieillir ?

  1. tatchou92 26/03/2024 / 22h23

    Lamentable affaire … La responsabilité de l’établissement est engagée.. mauvaise affaire et mauvaise publicité aussi pour le CCAS parisien..
    Comment regagner la confiance des Retraités admis, de leurs familles ? Solidarité avec les résidents, les familles, et les personnels attachés à leur boulot..

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.