Shlomo Sand, professeur d’histoire à l’université, répond à trois questions de Pascal Boniface, à l’occasion de la parution de « La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq » aux éditions La Découverte.
Elisabeth Badinter
Pourquoi la question du voile divise-t-elle les féministes?
Depuis que de grandes marques (Dolce et Gabbana, H&M, Uniqlo…) ont décidé de commercialiser des « burkinis » (maillot de bain couvrant tout le corps) et des hijabs (voile islamique couvrant les cheveux), les féministes n’en finissent plus de se diviser : s’agit-il d’une simple volonté marketing de répondre aux attentes d’une clientèle musulmane ? Ou ces initiatives constituent-elles une atteinte à l’émancipation des femmes ?
Valls désavoue l’Observatoire de la laïcité
Manuel Valls a ouvert la boîte de Pandore le 18 janvier. Et pas n’importe où : devant les Amis du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Après s’être longuement exprimé sur les attentats qui ont touché la France l’année dernière, le chef du gouvernement s’en est violemment pris à Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la laïcité (ODL), et à son rapporteur général, Nicolas Cadène.
Objet de son ire, la signature d’une tribune intitulée « Nous sommes unis », publiée le 15 novembre dernier dans Libération. -L’Observatoire de la laïcité « doit être clair sur les appels [qu’il] signe : on ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant d’un climat nauséabond », a clamé Manuel Valls. Une mise en cause des plus surprenantes, car ce texte appelait à la solidarité et à l’union nationale face à Daech, leitmotiv du gouvernement depuis un an. Et, au bas de cet appel, la signature de Jean-Louis Bianco côtoie aussi bien celle du grand rabbin de France que celle de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), ou du pasteur -Clavairoly, président de la Fédération protestante de France. Comble de l’ironie, figure aussi parmi les signataires Robert Ejnes, directeur exécutif du Crif. Et l’expression « participe à un climat nauséabond » peut donner lieu à toutes les interprétations. On suppose que Manuel Valls pointe du doigt les membres de l’association inter-religieuse Coexister, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), le Collectif des musulmans de France et le rappeur Médine. « La réaction de Valls est l’aveu d’une volonté : il ne recherche pas d’union, s’indigne Michèle Sibony, vice-présidente de l’Union juive française pour la paix (UJFP). Sa pensée, c’est “rassemblons les Français, mais pas tous” ! »
Deuxième colère du Premier ministre, un tweet de Nicolas Cadène. Le 6 janvier, le rapporteur général de l’Observatoire réagit à une déclaration d’Élisabeth Badinter, qui avait appelé à ne « pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe ». « Un travail de -pédagogie de trois ans détruit par une interview », avait déploré Nicolas Cadène. Toujours sous les regards des Amis du Crif, Manuel Valls le rappelle à l’ordre : « Un collaborateur d’un observatoire de la République ne peut pas s’en prendre à une philosophe comme Élisabeth Badinter à partir de ses propos […]. –L’Observatoire est indépendant, mais il y a des lignes qui ont été dépassées et je le rappellerai à chacun. » Manuel Valls avoue partager la « défense intransigeante de la laïcité » de la philosophe et rouvre le vieux conflit d’interprétations.
Laxiste, l’ODL ?
Le sermon du Premier ministre a surpris la majorité des membres de l’Observatoire de la laïcité ainsi que la plupart des associations militant pour le vivre-ensemble, car il contredit la volonté de combattre les amalgames depuis les attentats de janvier.
« Ce n’est pas la première fois qu’on reproche à l’ODL d’être la lie des revendications des islamistes, des terroristes, mais c’est pitoyable, affirme Ismahane Chouder, vice-présidente de la commission Islam & Laïcité. Au lieu d’avoir un débat serein, on arrive à de la diffamation et à des attaques. » Et le statut même de l’Observatoire est remis en cause.
Officialisé par Jean-Marc Ayrault en avril 2013, cet organisme a pour mission d’aider le gouvernement à faire respecter le principe de laïcité en France par le biais d’enquêtes, d’études et de rapports. Mais dans quelle mesure est-il indépendant ? Si, dans le décret de sa création, il est bien mentionné qu’il est « institué auprès du Premier ministre », son président, Jean-Louis Bianco, revendique son autonomie. « Nous sommes administrativement rattachés au Premier ministre, tout comme la Commission nationale de l’informatique et des libertés ou le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, mais nous établissons nous-mêmes notre ordre du jour, les sujets à traiter, et nous émettons les avis que nous souhaitons », répète-t-il inlassablement. Le « recadrage » virulent de Manuel Valls n’aurait donc aucune justification légitime, sinon celle d’asseoir son autorité sur les questions identitaires.
Le coup de sang du Premier ministre a révélé le profond malaise qui persiste entre ceux qui sont favorables à une laïcité plus « ferme » et qui neutralise tout signe d’appartenance religieuse dans l’espace public, et les autres, défenseurs d’une laïcité « ouverte » et apaisée, position assumée par le président de l’ODL.
« Ce n’est pas seulement la ligne de l’Observatoire, c’est avant tout la ligne du droit, du bon sens, la ligne historique de la laïcité », assène Jean-Louis Bianco.
Vanina Delmas – Politis (Extrait) – Source
Article JL Bianco Laicite EN PDF (CLIC)
Confusions à l’Observatoire de la laïcité !
Nicolas Cadène est le rapporteur de l’Observatoire de la laïcité, organisme présidé par Jean-Louis Bianco. Dans un tweet publié le 6 janvier dernier, il reproche à Élisabeth Badinter d’avoir « détruit » « un travail de pédagogie de trois ans sur la laïcité ».
Elisabeth Badinter : la gauche a abandonné la laïcité
Le mercredi 6 janvier 2016 sur France Inter, Elisabeth Badinter a appelé les défenseurs de la laïcité à ne plus se taire par crainte d’être taxés d’islamophobie. Tout en accusant la gauche d’avoir « abandonné » ce combat à Marine Le Pen.