Médiator : les labos Servier reconnus coupables

Plus de dix ans après le scandale autour de ce médicament, la firme pharmaceutique a été condamnée, lundi, pour « tromperie aggravée » et « homicide involontaire ». Soulagées, les victimes espéraient néanmoins plus de sévérité.

« Enfin ! » souffle un homme en s’avançant vers une salle d’audience du tribunal de Paris. 

Ce « fameux » Mediator médicament pour le traitement du diabète longtemps prescrit comme un coupe-faim, commercialisé par la firme pharmaceutique pendant trente-trois ans malgré les nombreuses tentatives d’avertissement sur sa toxicité. Il est tenu responsable de plusieurs centaines de décès depuis les années 1990, date des premières alertes, jusqu’en 2009 et son retrait du marché.

En juin 2020, le parquet avait requis un total de 10,228 millions d’euros d’amende à l’encontre de Servier et de cinq sociétés de la firme.

La procureure Aude Le Guilcher avait également demandé cinq ans de prison (dont deux avec sursis) et 200 000 euros d’amende pour Jean-Philippe Seta, bras de droit du patron Jacques Servier, décédé en 2014, et président opérationnel du groupe depuis 2003.

Les parties civiles réclamaient, elles, 1 milliard d’euros de dommages et intérêts.

Dans la file devant la salle d’audience, Irène Frachon est parmi les premières à patienter. Figure de la lutte pour la reconnaissance des responsabilités de Servier, cette pneumologue officiant au CHU de Brest à révéler l’affaire. Ce lundi 29 mars, elle est venue accompagner les dizaines de victimes, parmi les plus de 6 500 qui se sont constituées partie civile, qui ont tenu à entendre de vive voix le verdict de ce procès hors normes. 

Pendant 2 h 30 de lecture du jugement, les peines tombent, chargées des mots de la présidente du tribunal correctionnel, Sylvie Daunis.

Déclaré coupable de « tromperie aggravée » et d’« homicide et blessures involontaires », mais relaxé du délit d’« escroquerie », le laboratoire a été condamné à payer 2,718 millions d’euros d’amende et à verser environ 180 millions d’euros aux victimes. Jean-Philippe Seta, lui, a écopé de quatre ans de prison avec sursis et d’une amende de 90 600 euros, en plus des indemnités qu’il devra verser aux victimes.

Autre prévenue, l’Agence nationale de sécurité du médicament a été condamnée à 303 000 euros d’amende pour « homicide et blessures involontaires » du fait de négligences.

Irène Frachon, qui s’est battue pendant quatorze ans pour la reconnaissance des faits de tromperie, baisse les armes un instant. « Il y a bien une reconnaissance de la dissimulation de la toxicité, de la souffrance et de l’anxiété qu’ont subies les victimes, c’est un point majeur », se félicite-t-elle. Avant de reprendre immédiatement : « Les sanctions pénales apparaissent modestes. Elles soulignent l’insuffisance, certainement, des dispositions du droit pénal pour punir à la hauteur de leur gravité les délits en col blanc . »

De quoi « réfléchir » à l’avenir. Le combat continue.


Lola Scandella. Titre original : « Justice. Médiator : les laboratoires Servier reconnus coupables ».

Source (Extrait)