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APRÈS des années de calomnies médiatiques sur leur gestion très personnelle des deniers publics, leurs innocentes foucades et leur joyeux train de vie, Patrick et Isabelle Balkany tiennent aujourd’hui la vedette au Palais de justice.

Cette fois, c’est du lourd. Les magistrats reprochent au maire de Levallois, entre autres facéties juridiques, d’avoir fraudé pour « au minimum 13.006.052 euros ». Cette somme, qui concerne la seule période 2007-2014, aurait permis au couple d’acheter en douce son modeste palais de Marrakech. Les juges ont aussi décortiqué un système de présumés pots-de-vin imaginé par le clan Balkany pour siphonner les incessants chantiers de Levallois. Cette usine à argent noir était (selon l’accusation) notamment animée par l’avocat Arnaud Claude, qui, à l’époque des faits, avait pour associé dans son cabinet un certain Nicolas Sarkozy.

Moins mesquins que les juges, les électeurs, dans leur majorité, ont maintes fois réélu les Balkany (et confortablement !). « Ils font profiter tout le monde !» résumait, en 2015, l’une de leurs groupies sur France 2. Et que pèsent quelques casseroles ou l’endettement XXL de la commune face à la propreté des rues de Levallois et aux boîtes de foie gras envoyées par milliers pour les fêtes de fin d’année ? Mais peut-être que les juges n’aiment pas le foie gras ?

Dessin de Kiro, paru dans « Le Canard Enchainé » du15/05/2019

Patrick Balkany attaque « Le Canard Enchainé » en justice…

[…] depuis plus de trente ans « Le Canard enchaîné » scrute les affaires financières et immobilières du couple […] Les Thénardier de Levallois répliquent par des noms d’oiseaux et des gesticulations judiciaires. Souvenirs, souvenirs…

A la fin de 1988, l’article « Balkanisation en famille » dévoile le savant montage ayant permis à la belle-famille d’Isabelle Balkany de réaliser un bénef de 700 % sur un terrain de Levallois, grâce à l’intervention de la municipalité. « Vous pouvez toujours essayer de me couvrir de boue », fanfaronne alors Patrick Balkany. Pas de bol : il perd son premier procès contre le Volatile…

Deux ans plus tard, ce dernier raconte comment le maire et son épouse ont acheté pour pas cher un immense duplex au promoteur Cogedim, en affaires avec leur municipalité. « Vous êtes des fouille-merde », éructe Patrick Balkany au téléphone. Mais, cette fois, ne pousse pas l’impolitesse jusqu’au procès…

En 2008, « Le Canard » s’intéresse à la gestion des collèges des Hauts-de-Seine par Isabelle Balkany (qui a été à la fois vice-présidente du conseil général et première adjointe à Levallois), et, sur les marchés publics départementaux lancés par ses soins, madame réplique : « J’ai une déontologie personnelle, je vous mets au défi de trouver un élu qui en a plus que moi. » […] nouveau procès en diffamation contre le Volatile, nouveau procès perdu…

Nouveau compliment, la même année : « « Le Canard », je l’emmerde (…). Et, surtout, qu’il aille se faire foutre avec son journal de poubelle. » Balkany n’avait pas goûté un reportage expliquant comment le couple avait mobilisé les services et les locaux de la mairie de Levallois […] pour le mariage de sa fille. […]

Les Balkany et l’Afrique

En 2007, Patrick Balkany a profité de l’arrivée de son pote Sarko à l’Elysée pour s’ouvrir toutes grandes les portes de la Françafrique. Familier des régimes tchadien, centrafricain et congolais, il a empoché en 2009 une commission de 5 millions de dollars (versée sur un compte à Singapour) pour la vente de mines d’uranium à l’homme d’affaires belge George Forrest, installé au Congo. Balkany s’était invité en douce

Prête-nom avec intérêts

Jean-Pierre Aubry, ex-patron de la Semarelp (la société d’économie mixte d’urbanisme de Levallois), s’est toujours présenté comme « première gâchette chez Balkany ». Et son dévouement d’homme de paille pour le palais marocain (lire ci-contre) n’a pas été vain. En 2014, il a pu acquérir auprès de la Semarelp un immeuble de 250 m2 au prix imbattable de 340.000 euros. « C’était pour ma fille », a expliqué Aubry aux magistrats, qui, insensibles, l’ont renvoyé en correctionnelle … à la table des négociations entre le français Areva (industrie nucléaire) et le gouvernement centrafricain. A en croire Forrest, cette intervention a rendu « furieux » Bruno Joubert, le conseiller Afrique du chef de l’Etat, qui a tenté de s’y opposer. En vain. L’ami de Sarko était intouchable…

Les biens immobiliers des Balkany …

Les Balkany aiment changer de villégiature. Ils n’en ont plus, les pôvres ! La plupart de leurs propriétés ont été saisies par des juges sans cœur. Inventaire.

  • Le moulin de Cossy à Giverny (Eure). Acheté en 1986, ce domaine de 5,5 hectares traversé par… l’Aunette (mais oui !) offre 980 m2 habitables, un court de tennis, une piscine chauffée, un poolhouse, un sauna, un hammam et un Jacuzzi. Valeur estimée en 2016 : 6 millions d’euros…
  • Le duplex de Levallois. Payés 7 millions de francs, en 1988, au promoteur Cogedim, moyennant un rabais de 40 %, ces 512 m2 avec terrasse de 130 m2 ont été légèrement embellis. Des travaux pharaoniques les ont transformés en un palace « d’un luxe inouï », àen croire quelques jaloux. L’humble demeure a été revendue quelques années plus tard.
  • La villa Pamplemousse. Installée en bord de mer, sur 1 hectare de l’île antillaise de Saint-Martin, elle a été achetée en 1997 via « une » fiduciaire suisse et une société domiciliée au Liechtenstein. Pendant quelques années, les Balkany ont possédé aussi la villa Serena, toujours à Saint-Martin. Aujourd’hui, le pamplemousse est bien pressé et la sérénité a fui…
  • Le palais de Marrakech. Ces 1 200 m’ sur 2 hectares de jardin au cœur de la palmeraie étaient entretenus par neuf employés de maison et luxueusement meublés. Qui a payé, en 2009, la facture de 10 millions ? Le promoteur saoudien Al-Jaber, en échange d’un accord sur la construction de deux tours à Levallois, et l’industriel belgo-congolais George Forrest. Les Balkany n’étaient officiellement propriétaires de rien : c’est le fidèle Jean-Pierre Aubry qui faisait office de possesseur officiel, planqué derrière un savant montage off-shore. Chapeau les artistes.

L’honnête homme !

En 2013, l’ami Patrick se revendiquait sur Canal Plus, l’« homme le plus honnête du monde ». L’année suivante, sortant du bureau du juge d’instruction, il confirmait, toujours aussi désarmant : « Vous savez, quand on n’a rien à se reprocher, on se sent bien… »

Même face à des vérités troublantes, il se « sent bien ». Les enquêteurs l’interrogent sur son habitude de se balader avec des liasses de billets de 500 euros plein les poches ? Balkany rétorque que ces biffons proviennent de la vente de meubles chez des « brocanteurs ». Et Isabelle complète : « Ils proviennent de nos amis. » Des amis brocanteurs ?

Le jet privé qui permettait à la petite famille de rallier le palais Dar Gyucy, à Marrakech, ou sa propriété de l’île antillaise de Saint-Martin était offert, encore, par un ami : le promoteur saoudien Mohamed al-Jaber, en affaires à Levallois. « Si j’ai pris son avion, c’est que je ne voulais pas le vexer », a osé Patrick devant les juges d’instruction. Touchant…

M. le Maire a également longtemps invité ses potes à des parties de chasse en Bourgogne, au lieudit la Carolue. C’était la mairie qui régalait : la réserve de chasse avait été installée dans une colonie de vacances qui avait été fermée dès l’arrivée du couple à Levallois. Il n’allait tout de même pas transformer les enfants en ramasseurs de balles.


Article signé des initiales H.L. Le Canard enchaîné. 15/05/2019


Et pour finir … avant d’autres épisodes farfelues …

Balkany se déchaîne contre le fisc

Pour sa troisième journée de procès, Patrick Balkany, qui comparaît devant la justice pour des accusations de fraude fiscale avait promis de charger le fisc.

Avant même l’ouverture du troisième jour d’audience de son procès, mercredi, Patrick Balkany s’est fait remarquer. Son portable a sonné et le thème musical des Tontons Flingueurs a retenti dans le tribunal. De quoi donner le ton avant la prise de parole de l’élu qui promet : « Je vais parler et ça va déménager ». D’emblée, il assène : « Ce que je déteste par-dessus tout, c’est la corruption ». Dans la lignée de la phrase choc de la veille: « On est entrés riches en politique, on en est ressortis plus pauvres »

Des chiffres du fisc surévalués pour Balkany

Longuement questionné sur son train de vie fastueux et l’argent liquide coulant à flot autour de lui, le maire LR de Levallois-Perret a invoqué un héritage familial et accusé le fisc de surévaluer son patrimoine. S’ils reconnaissent avoir omis de déclarer une partie de leur héritage, les Balkany réfutent toute sous-évaluation du reste de leur patrimoine. Et les grosses coupures de 500€ très utilisées par le couple pour payer jet privé, travaux ? « Dans toutes les générations de Balkany, on a l’habitude de payer en liquide. Mon épouse a reçu beaucoup de billets après le décès de son père ».

Le fisc, qui a porté plainte en 2015, chiffre à 4 millions d’euros les impôts dus sur le revenu et la fortune. Le couple n’a pas payé d’ISF entre 2010 et 2015 malgré des actifs estimés par l’administration à 16 millions d’euros en 2011, 2012 ou 2013. « Un chiffre largement surévalué », jure Patrick Balkany.

Le moulin de Giverny en Normandie ne compterait pas 11 chambres comme l’ont dit les enquêteurs, mais quatre. Malgré 1,8 million d’euros de travaux à Giverny depuis 1986, la piscine serait aussi « bonne à refaire », le tennis « déformé ».

Quant à la villa Pamplemousse de Saint-Martin, qu’Isabelle Balkany a reconnu avoir achetée avec de l’argent suisse, c’était selon lui un gouffre financier en raison des travaux induits par « l’air marin » ou les ouragans, et le fisc gonflerait sa valeur.

« J’ai pas un amour fou pour cette administration, mais si tous les mauvais payeurs payaient autant que moi, on n’aurait plus de problèmes en France ! », ironise l’édile.

L’animal politique, qui à plusieurs reprises vire au rouge brique en s’emportant contre le parquet national financier (PNF) ou l’avocat du fisc, s’est fait caressant en fin d’audience : « Je me serais bien passé d’être devant vous », dit-il au président. « J’aurais préféré prendre un café avec vous ».

Son avocat l’a arrêté à ce moment-là…


Article non signé paru dans le Dauphiné Libéré. 16/05/2019