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Comme tous les articles postés sur ce blog, ce texte appartenant à Thierry Chopin, ne l’est qu’à titre d’information sur une façon d’analyser le populisme. Chacune, chacun, sera libre de penser ce qu’il veut de cette thèse, et éventuellement d’en émettre un commentaire. MC


  • Le succès des forces politiques nationales-populistes est communément interprété comme la manifestation d’une hostilité de leurs électeurs à l’égard de l’Union européenne. […] Les formations politiques qui expriment des critiques « eurosceptiques » semblent partout rencontrer un soutien croissant des électeurs, dans une Europe à laquelle les citoyens disent n’avoir jamais été aussi satisfaits d’appartenir. Comment expliquer un tel paradoxe ?

Thierry Chopin […] Sur le plan économique, d’abord, le retour du populisme est lié dans certains pays (notamment du sud de l’Europe) à la crise économique. Au-delà, il s’explique par le sentiment de déstabilisation économique dans un contexte d’ouverture internationale, notamment dans les pays en panne de croissance connaissant un chômage élevé. La globalisation de l’économie entraîne un repli sur soi. […]

Ensuite, sur un plan démographique, le retour du populisme dans des pays économiquement prospères (par exemple dans les pays du Nord) s’exprime sous une forme « patrimoniale » qui renvoie à la crainte de perdre non seulement son patrimoine matériel mais surtout immatériel, c’est-à-dire son mode de vie et ses valeurs. […] En outre, une « panique démographique » explique l’impact de la crise migratoire dans les pays centre et est-européens dont la population décroît.

Enfin, sur un plan politique, c’est l’exaspération de nombreux citoyens face aux scandales et à la corruption qui alimentent la critique populiste de l’« establishment » et de la démocratie libérale.

Ce retour des populismes traduit en outre une crise de la représentation dans des pays où le « système » traditionnel reflète mal la complexité et la transformation des clivages qui s’expriment dans la société mais ne trouvent pas de traduction claire au niveau électoral.

Dans ce contexte, beaucoup de citoyens ont l’impression que l’alternance classique entre droite et gauche ne permet pas de dépasser un statu quo jugé intenable.

Les partis populistes y apparaissent comme un moyen de briser le consensus et le système traditionnel en se présentant comme la seule alternative, aussi bien dans les « démocraties de consensus » gouvernées par des coalitions (Autriche, Belgique, Pays-Bas, etc.) que dans les régimes politiques majoritaires (comme en France). […]

Selon les pays, ces différents facteurs économique, identitaire et politique peuvent se combiner dans des proportions variables, et l’Union européenne n’y est pas nécessairement une condition d’existence ou un déclencheur des populismes. […]


Thierry Chopin (professeur de science politique à l’Université catholique de Lille, Espol). Les Echos. Titre original : « Populismes : la « faute à l’Europe » ? ». Source (extrait)