La France vient de vivre un moment de folie médiatique et politique. Tous les ingrédients sont en place pour qu’elle en connaisse d’autres du même type : démesure des commentaires suscités par une caricature de presse ; rôle idéal de Twitter quand il s’agit de réagir avant de réfléchir et d’allumer un incendie; carburant parfait de thèmes liés à la religion pour que le feu se propage ; démagogie d’un homme politique discrédité, ancien premier ministre de surcroît, qui escompte qu’une forêt calcinée favorisera sa résurrection. Avec, pour couronner le tout, une règle désormais éprouvée : tous les sujets, même celui du harcèlement sexuel dont sont victimes des femmes américaines, débouchent plus ou moins vite sur la question des musulmans en République.

Renaud Dély est un homme pressé. Il n’a pas le temps de lire la charte de déontologie journalistique. Ça tombe bien, car il ne souhaite pas s’embarrasser de ce qui le freinerait dans son élan. La charte de Munich, appelée également Déclaration des devoirs et droits des journalistes, interdit les « accusations sans fondement ».

Au début du XXe siècle, les enquêtes de Jack London ou d’Upton Sinclair sur le monde du travail et celui des affaires concluaient à la nécessité de changer de régime économique. Depuis le début des années 1980, le journalisme dit « d’investigation » se concentre sur les malversations politico-financières. La moralisation du système remplace la lutte politique.