La pollution à la fête

ES JO ont à peine débuté que le greenwashing — ou l’« écoblanchiment », comme on dit à l’Académie française — en est déjà le grand vainqueur. Rappelons-le : cette technique de marketing consiste, pour une entreprise, à se donner à peu de frais une image écoresponsable quand la réalité de ses actions est en fait plutôt… éco-lamentable.
Une stratégie maîtrisée à la perfection par les principaux sponsors mondiaux des JO, comme le montre un rapport du think tank The New Weather Institute.

Parmi les partenaires de la grande fête du sport, le constructeur automobile Toyota obtient la médaille d’or des pollueurs, avec 575,8 millions de tonnes de CO, émis en 2022. « Il est étrange, s’étonne Andrew Simms, codirecteur du think tank, qu’une entreprise qui met chaque année sur les routes plus de véhicules alimentés aux combustibles fossiles que toute autre (plus de 11 millions) et qui fait pression de manière agressive sur les gouvernements pour bloquer et retarder la transition vers les véhicules électriques, que Toyota ait pu avoir le privilège d’être un partenaire » des Jeux. Il faut dire que la marque japonaise a mis 835 millions d’euros au pot (d’échappement) pour obtenir ce statut.

Tout auréolé de ses lauriers olympiques, Toyota ne se prive pas de mettre la gomme sur la com’. La marque « abuse de sa position de partenaire olympique en préten­dant que sa flotte de véhicules pour les Jeux est électrifiée à 100 % », alors que « moins de la moitié fonctionnent entièrement à l’électricité sur batterie et que la plupart des autres fonctionnent à l’essence », s’agace-t-on du côté de l’ONG Climate Impacts Tracker Asia (« L’Express », 22/7).

La multinationale américaine Procter & Gamble, spécialisée dans les biens de consommation courante (159 millions de tonnes de CO2, émis en 2022), et le géant électronique sud-coréen Samsung (140 millions) complètent le podium des plus gros pollueurs des Jeux.

« A un moment donné de l’Histoire, les organisateurs d’événements sportifs ont dû décider de ne plus accepter l’argent de l’industrie du tabac, car cela allait à l’encontre des idéaux de santé qu’ils promouvaient », rappelle le New Weather Institute. Avant d’inviter le Comité international olympique à bannir les sponsors polluants pour « s’associer à des entreprises qui font véritablement progresser la transition énergétique ».
C’est comme si c’était fait !


Article signé des initiales C. B. Le Canard enchaîné. 31/07/2024


Le RN, le climat, l’écologie…

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