… c’est l’incompatibilité déclarée !
Qu’il s’agisse de son programme ou des votes de ses députés, le Rassemblement national est clairement engagé contre l’écologie. Populiste, le parti d’extrême droite s’oppose à toutes mesures favorables au climat ou au vivant. […]
Cette omission ne surprend guère les experts de la biodiversité et du changement climatique sollicités par Reporterre. « C’est le pire parti de France sur l’écologie », cingle Swann Bommier, responsable de plaidoyer chez Bloom. L’association de défense des océans a recensé les votes du parti d’extrême droite au Parlement européen et à l’Assemblée nationale au cours des dernières législatures. Les notes qui lui ont été attribuées après analyse frôlent les abysses : 3,8/20 à Bruxelles, 2/20 au Palais Bourbon. « Le RN se place toujours du côté des lobbies industriels, observe Swann Bommier. Il assume une ligne climatosceptique et anti-écologique très claire. »
- « Ils vont tout détricoter »
En cas de majorité du parti à l’Assemblée nationale, la directrice des programmes du Réseau Action Climat, Anne Bringault, craint un « recul » environnemental. « Ça voudrait dire que nos objectifs climatiques sont à jeter à la poubelle », juge cette experte des politiques de transition énergétique.
Un indice notable : au cours de sa campagne des européennes, Jordan Bardella avait annoncé vouloir abroger le Pacte vert, c’est-à-dire l’ensemble des textes votés depuis 2019 afin de faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne de 55 % d’ici 2030. « Nous n’aurions plus de boussole climatique », traduit Anne Bringault.
- Le RN parle de « terrorisme climatique »
Mêmes inquiétudes du côté de Greenpeace. « Ils vont détricoter toutes les avancées environnementales qui ont été actées ces dernières années », pense Hélène Bourges, responsable de la campagne énergies fossiles et climat chez Greenpeace. Dans son livret « Écologie », le parti explique vouloir « rompre avec une écologie dévoyée par un terrorisme climatique », qui mettrait en danger « la planète, l’indépendance nationale et plus encore, le niveau de vie des Français ».
Le 18 juin, Jordan Bardella a annoncé qu’il souhaitait abroger les réglementations sur la mise sur le marché locatif des biens énergivores – un dispositif pensé afin d’inciter les propriétaires à rénover les 4,8 millions de passoires thermiques du pays. Le RN souhaite également mettre fin à l’interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035, votée en 2023.
- « Le Giec a parfois tendance à exagérer »
Le spécialiste de l’extrême droite Stéphane François voit dans cette proposition une manifestation parmi d’autres de la « démagogie » du parti, qui n’hésite pas à exploiter électoralement les crispations générées par la transition écologique : « Le RN a toujours été un parti de ressentiment, qui surfe sur les mauvais instincts », explique-t-il. Or, certains aspects de la transition nécessitent « d’imposer des choses, d’aller à l’encontre d’une supposée liberté de polluer ».
Dans la même veine, le parti d’extrême droite défend depuis des années la mise en place d’un moratoire sur l’éolien et le solaire, accusés de défigurer les paysages français. Tous les experts, notamment le Réseau de transport d’électricité (RTE), s’accordent pourtant à dire que le pays ne pourra pas atteindre la neutralité carbone sans les énergies renouvelables.
Lors de la campagne présidentielle de 2022, Marine Le Pen avait promis, en remplacement, une vingtaine de nouveaux réacteurs nucléaires, dont dix dès 2031. Un scénario jugé irréaliste par les experts, même les plus ardents défenseurs de l’atome.
Mezza voce, le parti entend maintenir notre addiction aux énergies fossiles. En 2022, Marine Le Pen proposait de revenir sur l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en mer. Son poulain promet aujourd’hui d’abaisser la TVA sur le gaz, le fioul et le carburant afin de protéger le pouvoir d’achat des Français.
Cette mesure s’avérerait en réalité « catastrophique » pour les ménages, selon Anne Bringault. « Ils resteraient dépendants de l’achat d’énergies fossiles importés depuis d’autres pays. » « On a plutôt besoin de financer des systèmes de transport en commun accessibles, de favoriser l’accès au train », abonde Hélène Bourges, de Greenpeace.
- Le RN a voté contre l’interdiction des vols en jets privés
Jusqu’à présent, le parti a plutôt pris la défense des moyens de transport polluants, même ceux des plus riches : en 2023, les élus RN se sont prononcés contre une proposition de loi portée par les écologistes, invitant à interdire les vols en jets privés.
Faut-il voir dans cette défense du statu quo un reliquat du climatoscepticisme du fondateur du RN, Jean-Marie Le Pen ? Officiellement, le parti ne nie plus le dérèglement climatique. Comme le montre une enquête de Mediapart, de nombreux candidats d’extrême droite continuent cependant de mettre en doute sa gravité ou ses origines humaines.
En décembre, le candidat RN du Vaucluse, le catholique traditionaliste Hervé de Lépinau, taxait ainsi les scientifiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de « propagandistes ». En 2023, le député RN du Loiret, Thomas Ménagé, estimait que le groupe d’experts du climat avait « parfois tendance à exagérer », quand son collègue Christophe Barthès interrogeait Le Monde : « Il y a quand même des scientifiques qui disent que l’homme n’y est pour rien, mais est-ce qu’on leur laisse la parole ? »
- Le RN défenseur des animaux ? Pas du tout
Le parti n’est guère plus engagé sur les enjeux relatifs au vivant. En décembre 2020, les députés rattachés au Rassemblement national ont voté pour la ré-autorisation des néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles ». Plus récemment, ils se sont prononcés contre un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, contre la création d’un « Défenseur de l’environnement », et contre la dépénalisation de l’accès à la nature – une proposition de loi visant à garantir le droit de chacun à se promener dans une propriété rurale ou forestière. Ils ont également voté contre l’instauration de dimanches sans chasse, jugés « fondamentalement liberticide », et contre l’abolition de la « tradition » de la corrida, défendue comme la « passion du peuple du Sud ».
Lors du vote sur l’interdiction des PFAS — ces « polluants éternels » dangereux pour la santé — les élus RN se sont abstenus. Ils se sont en revanche prononcés pour l’assouplissement de la loi zéro artificialisation nette, pour l’accélération de la construction de mégabassines, pour la suppression des objectifs de décarbonation du secteur agricole, et pour la prolongation de l’utilisation des pesticides. En cela, le parti poursuit sa défense d’un modèle « productiviste », analyse Stéphane François. « Ils restent sur des schémas typiques de la France des Trente Glorieuses, non compatibles avec une société écologique. »
Le professeur de sciences politiques à l’Université de Mons identifie une « contradiction » dans le discours du parti sur les questions agricoles. « Depuis quelque temps, ils disent défendre les petites exploitations agricoles. Mais en même temps, ils s’en prennent à la stratégie “De la ferme à la fourchette”, qui propose de développer les circuits courts. » Cela témoigne, dit-il, d’une absence de réflexion structurelle sur l’écologie, qui n’est jamais abordée – quand elle l’est – que par le « prisme identitaire ». Le seul thème que le parti n’oublie jamais.
Hortense Chauvin. Reporterre. Source (lecture libre mais penser que cette association ne vit qu’avec des dons et ou des abonnés).
Mise en garde dans cette période trouble : tous les articles « postés » — jusqu’au jour du 2ᵉ tour des législatives —, ne le sont-seront qu’au titre de l’information plurielle et n’engage pas l’administrateur du blog.
La sélection d’articles doit servir à éclairer, analyser les différences dans les programmes proposées par les partis se présentant. Ils devraient permettre de décanter, comprendre les affirmations de chacun engageant la France, pour les trois années prochaines. D’autre part, chacune-chacun à le devoir citoyen (dans cette ambiance délétère), de prendre position en allant voter, mais également d’inciter toutes personnes côtoyées de se rendre dans les isoloirs afin d’éviter l’abstention. Cette abstention qui à toujours « profiter » aux candidat-es, arrivé-es en tête. MC