Qu’est-ce que la politique ? On finira par se le demander.
Mais commençons par l’information, qui s’articule en deux parties. D’abord, en mai, un réseau européen de surveillance des pesticides, PAN, publie un rapport sur la pollution des fleuves du continent par l’acide trifluoroacétique (TFA)(1).
Ce dernier, qui provient des « polluants éternels » qu’on nomme PFAS, est omniprésent, et c’est tout de même embarrassant car il n’est pas réglementé, et donc pas recherché. C’est un produit de dégradation — un métabolite — de pesticides et de gaz réfrigérants.
L’association Générations futures, membre en France de PAN, a réalisé des prélèvements chez nous (2) et retrouvé des concentrations très élevées : 2 900 ng/l dans la Seine à Paris, 2 400 ng/l dans l’Aisne à Choisy-au-Bac, 1900 ng/l dans l’Oise à Clairoix, 1 500 ng/l dans la Somme à Glisy.
Le ng/l signifie « nanogramme par litre ». Comme il n’existe pas de norme, c’est assez pratique pour nos administrations chéries, mais, pour donner une idée, il est question — seulement question — de fixer en 2026 un maximum de 500 ng/l pour l’ensemble des PFAS retrouvés dans l’eau potable. Qu’on ne cherche ni qu’on ne peut chercher, car il en existe plus de 7 millions de différents.
On suit toujours ? Il vaudrait mieux, car cela se complique : le TFA résiste aux traitements classiques — ozonation ou charbon actif-, et, pour l’extraire des eaux usées, il faudrait ajouter un étage très coûteux et très énergivore dans les stations d’épuration. Puis, où irait le goûteux concentré de TFA ainsi récupéré ? Dans la Seine ? Dans l’Oise ? En orbite autour de Pluton ?
La deuxième information reliée est un autre rapport de PAN, publié il y a quelques jours (3). Cette fois, on y parle d’eau potable. Trente-six échantillons d’eau du robinet et 19 d’eaux minérale et de source ont été prélevés entre mai et juin dans 11 pays d’Europe, dont la France.
Ouille. Le TFA a été retrouvé dans 94 % des échantillons d’eau du robinet analysés et dans 63 % de ceux d’eaux minérale et de source. Et, merveille des merveilles, l’eau du robinet à Paris contient 2 100 ng/l du poison.
- Revenez en arrière, et constatez en extralucide que c’est très proche des 2 900 ng/1 retrouvés dans la Seine. Les stations d’épuration, qui coûtent si cher au consommateur d’eau, c’est de la daube, bis repetita. Ajoutons que les eaux minérales embouteillées commencent à ressembler, elles aussi, à de la merde. En janvier, on apprenait que 30 % d’entre elles étaient « purifiées » de leurs résidus de matières fécales et de pesticides en violation de la loi. Et voilà que le rapport de PAN révèle dans une eau embouteillée dont on ne connaît pas le nom une concentration en TFA de 3 200 ng/l. Plus que dans la Seine ! Bien entendu, de telles « découvertes », qui seront suivies de tant d’autres, montrent un désastre total, qui autorise trois commentaires.
- Un, alerter de la sorte devient ridicule. Désolé pour PAN, mais c’est comme compter les morts sur un champ de bataille pour éviter la guerre.
- Deux, et cela concerne cette fois l’ensemble des forces politiques, nul n’ose dire l’évidence que l’industrie chimique mondiale a pris le pouvoir et impose sa loi aux sociétés. On ne trouve pas un mot sur le sujet dans le bla-bla électoral de partis autoproclamés « écologistes », comme La France insoumise ou, justement, Les Écologistes. Inutile de parler des autres. La politique ressemble désormais à une station d’épuration.
- Trois, car il y a un troisième point, une pensée émue pour les candidats du triathlon des JO, qui devront nager dans ce cloaque qu’est la Seine.
Cloaque ? Assurément. Une vaste coalition de diverses parties a intérêt au déni massif quant à l’état réel du fleuve. Seules les préoccupent les bactéries fécales, entérocoques et Escherichia colt. Et on les comprend : si l’on devait faire une analyse véritable de ce que contient l’eau de la Seine – et l’eau du robinet -, leur système fou leur exploserait au visage. II n’y a pas que le terrorisme djihadiste. H y a aussi le terrorisme écologique.
Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 24/07/2024
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Une réflexion sur “Le bel avenir du terrorisme écologique”