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Une ministre en pleurs, un Édouard Philippe qui tente de la consoler et un président qui pète les plombs après la bourde de ladite ministre : tels sont les principaux épisodes du feuilleton « plan contre la pauvreté », qui s’est joué, la semaine dernière, dans les coulisses du gouvernement.

Premier épisode : Agnès Buzyn — puisque c’est d’elle qu’il s’agit — est l’invitée de LCI, le 4 juillet au matin. Elle est, bien sûr, interrogée sur la date de présentation du plan Pauvreté, ce nouveau serpent de mer de la politique gouvernementale.

Réponse en deux parties de la ministre des Solidarités et de la Santé :

« En théorie, la semaine prochaine. » Mais, ajoute-t-elle aussitôt, « ça dépend peut-être aussi des matchs de l’équipe de France (de foot). Normalement, ce plan devrait être présenté autour du 10 juillet, mais nous verrons si l’équipe de France est en demi-finale ».

Tollé à gauche ! Consternation chez les Marcheurs, qui se demandent quelle mouche-tigre a pu piquer Emmanuel Macron pour qu’il lie le sort des pauvres aux exploits (ou non) des milliardaires du ballon rond. Alors que, précisément, il cherche à gommer son image de président des riches…

Certes, Agnès Buzyn a dit une grosse bêtise, mais elle n’a pas tout faux.

En réalité, le plan Pauvreté, concocté par la ministre des Solidarités et supervisé par Matignon, n’est pas du tout au point. Pour justifier ce retard à l’allumage, les coupables ont vendu à l’Élysée l’idée que reporter à la rentrée la divulgation de ce fameux plan serait plus judicieux.

Argument : le proposer au début des grandes vacances, en plein mondial de foot, et, accessoirement, entre deux étapes du Tour de France, présenterait un bénéfice politique nul pour un président qui cherche à redorer son blason social. Bingo !

Le 9 juillet au Congrès de Versailles, Macron annonce le plan pour l’automne.

Mais, entre le 4 et le 9 juillet, la tempête a soufflé fort au sommet de l’État. Consciente de sa grosse bourde, Buzyn a fondu en larmes devant le Premier ministre et certains de ses collègues, qui ne savaient plus quoi faire pour la rasséréner.

Le chef de l’état, dès son retour du Nigeria, a littéralement explosé :

« Comment peut-on mêler le foot et le plan ? Comment peut-on sortir des conneries pareilles ? C’est n’importe quoi ! Non seulement ils n’ont pas fait le boulot, mais ils me font porter le chapeau ! Mais ils sont dingues ! »

Heureusement, au Conseil des ministres du 6 juillet, Jupiter, touché, sans doute, par le désarroi de Buzyn, remballe la foudre et prend un ton plus apaisé.

« Le report du plan, dit-il, n’est pas un sujet. L’important n’est pas la date de l’annonce mais celle de l’entrée en vigueur des mesures, au début de l’année prochaine. »

Deux échéances (l’automne pour l’annonce, 2019 pour l’entrée en vigueur) qu’il a confirmées lors de son discours au Congrès.

Après tout, les pauvres ne sont plus à un été près. Macron, Philippe et Buzyn doivent penser, comme dans la chanson d’Aznavour, que la misère est moins pénible au soleil…


Article non signé lu dans le Canard Enchainé du 11/07/2018