Les deux chambres d’agriculture divisées sur la loi Duplomb

« Je me réjouis de voir que la société se mobilise : cette loi est complètement coupée des réalités », assure Aurélien Mourier, alors qu’une pétition d’opposition à la loi Duplomb, lancée sur le site internet de l’Assemblée nationale, approche les 2 millions de signatures.

Le nouveau président de la chambre d’agriculture de l’Ardèche, issue de la Confédération paysanne, syndicat majoritaire en Ardèche, confirme son opposition à ce texte qui, selon lui, « ne répond ni aux attentes du monde agricole, ni à celles de la société ».

« C’est un recul sur des avancées environnementales, et ça ne résout en rien le problème du revenu des agriculteurs, qui est la question essentielle, ajoute l’éleveur basé à Préaux (Nord-Ardèche). Cette loi ne parle ni de prix, ni de répartition des marges, ni de marché… Elle ne concerne, à la marge, que quelques agriculteurs qui s’orientent vers l’industrialisation. C’est justement ce qui mène à notre perte ».

Le département de l’Ardèche peu concerné

Parmi les dispositions du texte, la réintroduction de l’acétamipride est au cœur des débats. Cet insecticide a été interdit dans une loi de 2018. Il est de la famille des néonicotinoïdes, des produits dits « tueurs d’abeille ». Compte tenu des incertitudes sur leur dangerosité pour les humains, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) invite à en limiter l’utilisation journalière, bien que cette substance soit autorisée dans le reste de l’Europe.

Or, elle concernerait essentiellement les cultures de betteraves sucrières et de noisettes, pour lesquelles il n’existe pas d’alternatives contre les parasites, selon les défenseurs de la loi. « Pour le coup, ce ne sont pas des productions ardéchoises », rempile le président de la chambre d’agriculture.

L’Ardèche n’est pas non plus vraiment concernée par la simplification des procédures d’installation et d’agrandissement des ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement), qui « va vers plus d’industrialisation, vers des fermes plus grandes », ajoute Aurélien Mourier. « En Ardèche, on n’est pas concerné ». En effet, les élevages du département sont, en général, de petite taille.

« On doit en priorité préserver la santé de nos agriculteurs »

Un autre volet de la loi, concernant la facilitation de l’installation des mégabassines, qui peuvent fonctionner via un pompage d’eau, est jugé problématique par les opposants au texte. « C’est évident qu’aller vers l’accaparement des nappes phréatiques, c’est vraiment quelque chose qui n’est pas pour le développement d’un nombre important d’agriculteurs. Si on est sur une agriculture irriguée, comme c’est le cas sur beaucoup de productions ardéchoises, il faut que cette eau soit au mieux répartie ».

Il poursuit, en ciblant la FDS.EA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) et les JA (Jeunes agriculteurs) : « En tant que syndicats agricoles, j’ai du mal à comprendre qu’ils aient pu soutenir cette réintroduction [de l’acétamipride, NDLR], explique l’éleveur. Ce qui est certain c’est que, pour nous, chambre d’agriculture, on doit en priorité préserver la santé de nos agriculteurs. »

Pour rappel, la Confédération paysanne avait remporté d’une courte majorité l’élection de la chambre d’agriculture en mars dernier, détrônant les syndicats jusqu’alors majoritaires de la FDSEA et des JA. Tête de liste lors des élections, Aurélien Mourier a, entre-temps, démissionné de ses fonctions au sein de son syndicat.


Pierre de Bellegarde. Le Dauphiné 28 juillet 2025


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