Fermetures d’entreprises…

… la France fait-elle faillite ?

En 2024, 66 000 entreprises ont fait faillite en France. Cela vous semble beaucoup ? C’est énorme : il s’agit de la pire hausse enregistrée dans le pays depuis au moins 2009, en pleine crise économique.
La France va-t-elle déposer le bilan ?
Réponse avec Simon-Pierre Sengayrac, codirecteur de l’Observatoire de l’économie de la Fondation Jean-Jaurès.


  • Charlie Hebdo : Est-on dans la même situation économique qu’en 2009 ?

Simon-Pierre Sengayrac : « Les origines de ces faillites n’ont rien à voir, même si leurs conséquences sont similaires. En 2009, on vivait une récession mondiale liée à un choc boursier. On subissait les répercussions de la crise des subprimes de 2007-2008, qui s’était traduite dans le système bancaire et financier, et avait fortement réduit l’accès au marché de l’immobilier et au crédit des entreprises. En 2024, en revanche, on a assisté à la convergence de facteurs négatifs qui ont pesé sur l’économie française.
Premièrement, un retournement de situation lié à l’inflation.
La crise du Covid-19 a entraîné des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement.
La guerre en Ukraine a fait augmenter les prix de l’énergie. Le pic d’inflation a lieu en 2022, et les effets se sont fait sentir tardivement : les prix augmentent, les salaires augmentent mais dans le même temps, le pouvoir d’achat baisse, les entreprises vendent moins, et donc ferment.

Il y a également des doutes sur la conjoncture globale liée à la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Tout cela a perturbé les économies occidentales. Les entreprises ont moins investi, moins dépensé, et les consommateurs ont eux aussi préféré être prudents : en France, on compte un taux d’épargne de 16,5 % du PIB, l’un des plus élevés au monde ! »

  • Quelles sont les entreprises qui ont le plus de risques de déposer le bilan ?

« Le commerce, l’artisanat, la restauration et l’hôtellerie sont très exposés, tout comme l’industrie. Les facteurs cités plus haut s’appliquent pour tous ces secteurs, mais pas de la même façon. Les quatre premiers souffrent du manque de consommation des Français. Dans ces business où les marges sont faibles, cette baisse de la consommation suffit à générer des faillites.
Concernant l’industrie, la guerre commerciale et les ruptures de chaînes d’approvisionnement ont eu des effets destructeurs. Les échanges industriels entre pays européens se sont ralentis et n’ont pas été compensés par des investissements. Le secteur de l’immobilier aussi va mal. On a vu beaucoup d’agences immobilières fermer, et de nombreux chantiers de construction ralentir ».

  • Est-ce inquiétant ?

« Oui. C’est un poison lent. Personne n’avait anticipé ces fermetures, contrairement à ce qui s’est passé en 2009. À l’époque, on savait que la récession allait entraîner un retournement net et soudain de l’économie. Cette fois, c’est plus sournois, plus sourd, et les causes remontent à plusieurs années. Pourtant, les conséquences vont être les mêmes, à savoir une hausse du chômage et un impact social important ».

« Le risque est celui d’une spirale. D’un cycle qu’on nomme « sous-emploi » : les entreprises n’embauchent pas assez, les Français ne consomment pas assez, et on s’installe dans le marasme. Faire pire que 2024 serait catastrophique. Mais cela semble compliqué de faire mieux. Il est possible qu’il y ait un réveil européen, avec des investissements, notamment dans la défense, qui, peut-être, stimuleront la croissance ».


Coline Renault. Charlie Hebdo. 21/05/2025


Une réflexion sur “Fermetures d’entreprises…

  1. bernarddominik 27/05/2025 / 11h08

    Coline Renault oublie de donner la véritable cause des faillites : les français achètent de plus en plus sur les sites chinois à bas prix.
    Certes ces prix très bas font augmenter le pouvoir d’achat, mais c’est un mirage, car le résultat en est la faillite du commerce français qui faisait vivre quelques fabricants régionaux et des milliers d’emplois.
    La taxe de 2€ sur les petits colis est ridiculement basse elle n’aura aucun effet le différentiel de prix étant très élevé.
    Ni l’UE ni la France n’ont pris conscience que nous sommes entrés dans une spirale très inquiétante, l’état ne maîtrise plus ses comptes, l’industrie n’existe quasiment plus, le déficit commercial est abyssal, et la dette augmente encore.

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