Nier l’évidence…

… et pourtant ! …
Lorsque la commission d’enquête du Sénat établie qu’il y eut 211 milliards d’aides publiques versées en 2023 aux entreprises — et puisque rien n’a été changé ni ne changera on retrouvera quasiment les mêmes chiffres en 2024 et surement en 2025 -, ladite commission ne communique pas ces chiffres pour faire plaisir au gouvernant, mais pour établir la situation, la vérité… et là, comme par hasard, le chiffre est aussitôt minimisé par l’exécutif.
Les OUI, mais… abondent. MC

Celui-ci tente de faire passer l’addition pour moitié moindre.
Derrière cette bataille de chiffres, un enjeu clair : préserver à tout prix les cadeaux faits au patronat, pendant que l’austérité s’abat sur les services publics et les ménages populaires.

Le chiffre a fait l’effet d’un coup de tonnerre : 211 milliards d’euros d’aides publiques ont été versés aux entreprises en 2023, selon la commission d’enquête du Sénat, qui a rendu ses travaux le 1ᵉʳ juillet dernier. Une somme colossale : 88 milliards de dépenses fiscales, 75 milliards d’exonérations de cotisations sociales, 41 milliards d’interventions via Bpifrance et 7 milliards de subventions directes.

Mais à peine le chiffre révélé, l’exécutif s’est empressé de contre-attaquer. C’est Clément Beaune, ex-ministre et désormais Haut-commissaire au Plan, qui s’y colle, armé d’un rapport au titre sarcastique : « Sortir du flou, assurer la transparence et l’évaluation. »

Dans cette note publiée le 17 juillet, soit à peine une semaine après la publication du travail des sénateurs – fruit de six mois d’enquête, il tranche : les aides ne s’élèveraient qu’à 112 milliards d’euros. Près de moitié moins. Une révision express, pour ne pas dire expéditive.

« Un rapport de deux pages, produit à la hâte »

Dans le détail, le Haut-commissariat retient 52 milliards de dépenses fiscales, 39,4 milliards d’aides budgétaires (subventions), et 17,3 milliards d’aides financières, mais minimise fortement le rôle des exonérations de cotisations, ne retenant que 3,2 milliards sur les 75 milliards estimés par la commission.

Un écart méthodologique qui déplaît fortement au sénateur communiste auteur du rapport, Fabien Gay (par ailleurs directeur de l’Humanité). Il dénonce sur X (ex-Twitter), le fait de « dénigrer un travail de six mois, 1 500 pages en trois tomes, à l’aide d’un rapport de deux pages, produit à la hâte. »

De son côté, le premier ministre, François Bayrou, a lui aussi tenté de nuancer l’ampleur du chiffre. Le 15 juillet, lors de la présentation de son plan d’austérité, il déclare être tout à fait conscient « sans vouloir critiquer la Haute Assemblée, que cette addition ajoute de manière un peu rapide des allègements de charges à des subventions et à de multiples avantages de nature très différente », et ajoute : « tout cela est un peu vertigineux, mais 211 milliards, disons en tout cas plus de 100 milliards, ce sont des sommes très importantes. Et il me semble qu’il faut reprendre la réflexion sur tout cet ensemble à partir d’orientations nouvelles et franches. »

Combat idéologique sur la transparence budgétaire

 Le chef du gouvernement annonce prévoir de nouvelles mesures de planifications par ordonnance en échange de réduction de certaines subventions afin que « tout le monde y gagne ». Mais là encore, la promesse semble floue : ces « économies » attendues ne sont pas intégrées au plan de réduction des dépenses publiques, alors que le gouvernement vise plus de 40 milliards d’euros d’économies dans un contexte de budget austéritaire pour 2026.

Ce tiraillement entre les chiffres illustre un combat idéologique sur la transparence budgétaire, mais aussi les priorités économiques du gouvernement. Peut-on exiger toujours plus d’efforts de la part des citoyens tout en laissant des milliards d’euros filer vers les entreprises, parfois sans contrepartie ni contrôle ?

Alors que l’exécutif appelle à l’austérité pour tous, la question des aides publiques devient un angle mort que la Macronie tente de redéfinir à sa manière : en changeant les règles du calcul, plutôt qu’en assumant les choix politiques. Une façon d’éviter le débat de fond : celui des intérêts réellement servis.


D’après un article signé Camille Aubertin. L’Humanité. Source (extraits)


Une réflexion sur “Nier l’évidence…

  1. bernarddominik 25/07/2025 / 18h12

    Les 88 milliards de cadeaux fiscaux sont honteux et le paiement devrait être exigé. Pour ce qui est des interventions financières de l’état pour sauver des entreprises en difficulté, on ne peut pas exiger cette aide un jour et le lendemain la dénoncer, donc l’huma ferait mieux d’y réfléchir. Quant aux exonérations de charges il faudrait certainement mieux les cibler mais les supprimer risque fort de poser d’autres problèmes.

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