Réindustrialisation… ben…

… il faut non seulement chercher, mais quant à trouver…

Le discours optimiste d’Emmanuel Macron sur la réindustrialisation de la France masque une réalité complexe.

Lors de ses vœux du 31 décembre, il a vanté l’ouverture d’usines et la création d’emplois industriels, sans mentionner les nombreux plans de licenciements chez Michelin et General Electric.
Son discours met en avant des succès issus de grands projets des années 1960, comme Ariane 6 et le réacteur de Flamanville, plutôt que des initiatives récentes axées sur les start-up et la réduction du coût du travail peu qualifié.
Malgré ces contradictions, le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, affirme que la réindustrialisation progresse avec 130 000 emplois industriels créés et 401 nouvelles usines ouvertes entre 2017 et juin 2024, selon le gouvernement.

Cependant, l’inquiétude persiste pour de nombreux ouvriers face à l’augmentation des plans de licenciements. Depuis septembre 2023, la situation de l’industrie française s’est dégradée, menaçant entre 88 000 et 160 000 emplois selon la CGT. La chimie et l’automobile souffrent particulièrement, face à une conjoncture défavorable marquée par la hausse des coûts énergétiques liée à la guerre en Ukraine, la concurrence des véhicules électriques chinois et la récession en Allemagne.

Les dettes contractées pendant la crise sanitaire pèsent également sur les entreprises. Les syndicats et organisations patronales, à l’exception de la CGT, ont exprimé leur inquiétude quant à une potentielle crise économique aux conséquences sociales graves. Marc Ferracci s’efforce de gérer la situation, avec des exemples contrastés comme le sauvetage de Niche Fused Alumina en Savoie et la menace de redressement judiciaire de la Fonderie de Bretagne.

Malgré des affirmations sur un solde positif d’ouvertures d’usines, des doutes persistent sur la réindustrialisation promise par Macron.

La France a perdu la moitié de son outil industriel et 2,2 millions d’emplois depuis les années 1980, en grande partie à cause de délocalisations. Macron a reconnu un choix passé en faveur des services et du tourisme, mais n’a pas fait son mea culpa pour les pertes industrielles sous son mandat et celui de François Hollande.

Le décret Montebourg, destiné à protéger les entreprises stratégiques, a été peu utilisé, contrairement aux États-Unis, qui ont bloqué de nombreuses transactions. Cela soulève des questions sur la souveraineté économique de la France.

Macron a attiré les investisseurs étrangers avec des réductions d’impôts et des subventions, espérant stimuler l’industrie française.

Malgré des initiatives comme « France 2030 », doté de 54 milliards d’euros, les résultats en termes de création d’emplois sont décevants. Les investissements souvent automatisés n’ont pas généré beaucoup d’emplois, et la part de l’industrie manufacturière dans le PIB reste stable à 11 %, bien en dessous de l’Allemagne et de l’Italie. La Cour des Comptes critique l’efficacité des politiques industrielles, constatant que l’emploi industriel a même diminué de 11 % à 10 %.

Les dépenses publiques pour la réindustrialisation, atteignant jusqu’à 35 milliards d’euros par an, n’ont pas encore porté leurs fruits. Olivier Lluansi, professeur au Cnam, a été chargé par Bercy en 2023 de rédiger un rapport sur la réindustrialisation de la France d’ici 2035. Il critique l’approche de l’État, qui mise sur les ruptures technologiques et les gigafactories, comme celles de Dunkerque, où des projets de batteries électriques rencontrent des désistements d’actionnaires.

Lluansi préconise de renforcer le tissu industriel existant, en s’appuyant sur les territoires disposant de compétences, formations et écosystèmes favorables. Son rapport, jugé peu compatible avec la vision « start-up nation » de la macronie, a été discrètement écarté, mais est disponible en librairie sous le titre « Réindustrialiser, le défi d’une génération ».

Louis-Samuel Pilcer, impliqué dans la relocalisation d’activités pharmaceutiques pour la Direction générale des entreprises, identifie les faibles normes environnementales et sociales en Chine et en Inde comme le principal obstacle, plutôt que le coût du travail, souvent pointé par le Medef.

Au sein du gouvernement, certains s’indignent de l’attitude opportuniste de certains patrons français, qui réclament des aides publiques tout en menaçant de délocaliser si leurs impôts augmentent. Un ministre pro-business critique les élites dirigeantes prêtes à quitter le pays dès que la situation devient difficile, malgré le soutien qu’elles ont reçu.

La dissolution de juin aurait affecté la confiance, qui s’est évaporée aussi facilement qu’on souffle une bougie. Ce contexte complexe souligne les défis de la réindustrialisation face à la concurrence internationale et aux tensions internes.


Synthèse d’un article signé Caroline Michel-Aguirre. Nouvel Obs N° 3147. 16/01/2025. Source original


2 réflexions sur “Réindustrialisation… ben…

  1. bernarddominik 18/01/2025 / 9h54

    Il faut suivre l’exemple de l’Italie miser sur ses forces plutôt que vouloir concurrencer les usa là où ils sont les plus forts. Macron a échoué il faut en tirer les conséquences et changer son fusil d’épaule.

  2. rblaplume 18/01/2025 / 14h29

    RBlaplume,
    Notre pays est gouverné par des politiques dont les attitudes engendrent scepticisme et interrogations. Ils semblent n’avoir d’horizon que leurs situations personnelles. Ces personnalités sont liées à un monde politico-médiatique et affairistes dans un contexte de mondialisation dominé par les Etats-Unis en rivalité, pour faire court, avec la Chine, l’Inde, la Russie. Cette mondialisation voulue par l’Oncle Sam, s’appuie sur des pays vassaux. Ceux-ci sont membres de l’Union européenne, de l’OTAN, des pays de l’Amérique nord ou du sud et des institutions connues ou discrètes.
    On ne peut pas faire confiance à ceux qui dénoncent des situations créées par eux-mêmes. Leur cynisme et leurs incuries poussent, les Citoyennes et les Citoyens, à mettre en doute notre système semi-démocratique et de plus en plus autoritaire. Ce type de situations invite à observer avec beinveillance des régimes qualifiés d’extrême droite. Cette démarche intellectuelle de beinveillance, envers ces tenants d’un ordre ancien, se rencontre dans des milieux dont on pourrait penser, en fonction de leurs parcours universitaires et/ou professionnels, en être prémunis.
    Les dangers les plus eminents sont l’amnésie historique de ces mouvements politiques mortifères, la perte de repères lors de nos luttes sociales et conquêtes sociales (Sécurité Sociale), la disparition des instittutions intermédiaires , l’effrondement de notre système d’Education nationale, le principe constitutionnel de Laïcité instrumentalisée, la perte de sens du mot travail dans de nombreux métiers. La loi est de plus en plus contestée et remplacée par le contrat, les olligarchies financières s’insinuent de plus en plus dans l’appareil d’état. Le contrat privé se subsistue au fonctionnariat au service de l’Etat, donc des usagers. Mot désuet qui signifie que le Citoyen use normalement des services publics mis à la disposition des contribuables-citoyens !
    De plus, la destruction de L’Etat, à travers les trois versants de la fonction publique ,et le remplacement du « nous collectif » par le « moi, je » met en cause; par différents mécanismes, la souveraineté et l’indépendance de la France .
    On a privatisé le « nous des Citoyens » pour le remplacer par  » le moi du consommateur. Celui-ci  » est à la fois acteur et personne exploitée , avec un consentement tacite et parfois volé dans la vie sociale et professionnelle avec l’usage du numérique ! L’asservissement des intelligences et des corps nous guette.
    Sommes-nous prêts à accepter cette situation ?

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