Le projet de budget pour 2025 que doit présenter Michel Barnier le jeudi 10 octobre 2024 comportera 40 milliards d’euros d’économies sur les dépenses et 20 milliards d’impôts en plus.
Un effort de 60 milliards, pour faire face à une situation financière « très dégradée », selon les mots du Premier ministre ; un tiers en plus dans les recettes, deux tiers en moins dans les dépenses, c’est simple, a priori, et compréhensible par tout le monde.
Mais trop beau pour être vrai.
Côté recettes, d’abord, les hausses d’impôts ne passent pas chez les macronistes, même si elles ne concernent, selon le ministre du Budget, Laurent Saint-Martin, que 0,3 % des contribuables.
Elles ont surtout le tort, à leurs yeux, de remettre en question la « politique de l’offre », à laquelle Macron tient comme à la prunelle de ses yeux.
Le Président a d’ailleurs prévenu Barnier, la semaine dernière : augmenter les impôts, « c’est une connerie, et toute la majorité sera vent debout ». Bien vu : le Premier ministre devra sans doute lâcher du lest dans la discussion, puisqu’il a promis de ne pas recourir au 49.3 avant que le débat ait eu lieu à l’Assemblée.
C’est surtout du côté des dépenses qu’il y a du flou, et même quelques loups.
Les 40 milliards d’économies vantés par le gouvernement reposent sur l’hypothèse selon laquelle rien ne serait fait l’an prochain pour freiner les dépenses, ce qui amènerait un déficit correspondant à 6,9 % du PIB. Mais tel n’est pas l’objectif de Barnier, qui vise un déficit à 5 % pour 2025.
Dans la lettre de cadrage qu’il a adressée le 1er octobre au Haut Conseil des finances publiques, et qu’a révélée le média en ligne Contexte (3/10), c’est une tout autre chanson qui est entonnée.
Les économies y sont calculées par rapport aux dépenses de cette année. Et, là, compte tenu de l’inflation prévisible (1,8 %), elles ne représentent plus que… 15 milliards d’euros, au lieu de 40 !
Avec 24 milliards d’euros de prélèvements en plus pour l’an prochain, le ratio dépenses-recettes s’inverse donc.
En fait d’« économies », les dépenses n’augmenteront « que » de 2,1 % l’an prochain, au lieu de 4,2 % cette année. L’austérité est en marche…
D’autant que les magiciens de Bercy ont eu recours à une autre astuce, révélée par « L’Opinion » (7/10): faire passer une augmentation de 4 à 5 milliards des charges sociales pour une baisse des dépenses, au motif que ce serait une coupe dans les « aides » aux entreprises.
Alors qu’il s’agit d’une hausse des prélèvements !
L’Histoire est pleine de verre à moitié vide, à moitié plein… qu’on s’en souvienne !