Ces écocidaires

Des économies, si le gouvernement abandonnait ces mauvais projets « écologique ».

Alors que le gouvernement veut réaliser 40 milliards d’euros d’économies l’an prochain afin de ramener le déficit à 5 % du PIB en 2025, Reporterre propose pour améliorer l’état des finances publiques une première piste, abandonner ces projets : le programme de relance du nucléaire, la ligne à grande vitesse (LGV) Lyon-Turin, le canal Seine-Nord Europe, la construction des mégabassines et les Jeux olympiques d’hiver dans les Alpes en 2030.

• La relance du nucléaire : au moins 35 milliards

C’est « le chantier du siècle », selon Emmanuel Macron. Le président de la République veut relancer le nucléaire avec la construction de six réacteurs de nouvelle génération (EPR2) et le lancement d’études pour huit EPR2 « additionnels ». Le chantier des six EPR2 d’abord estimé à 51,7 milliards d’euros puis à 67,4 milliards d’euros, une troisième évaluation encore supérieure devrait être annoncée d’ici la fin de l’année.

Qui payera la facture ? « Plus je travaille sur le sujet, plus je suis dans le flou, mais c’est sûr que les consommateurs et contribuables vont passer à la caisse », dit Maxime Laisney, député La France insoumise (LFI) de Seine-et-Marne et rapporteur pour avis concernant les crédits énergie du projet de loi de finances (PLF) 2025. […]

Comme le confirme un rapport de Greenpeace publié l’an dernier, si les 52 milliards d’euros d’abord estimés des six EPR2 étaient utilisés pour investir dans les énergies renouvelables, cela permettrait de réduire quatre fois plus d’émissions de CO2 d’ici à 2050, tout en produisant trois fois plus d’électricité.

• LGV Lyon-Turin : au moins 10 milliards

C’est un autre projet pharaonique, cette fois vieux de trente ans : la ligne à grande vitesse (LGV) Lyon-Turin, longue de 270 km. Son double tunnel de 57,5 km doit traverser les Alpes entre Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, et Suse, en Italie. En tout, 164 km de galeries doivent être creusés avec les ouvrages de ventilation et les sites de sécurité à travers la montagne. Pour l’heure, 37,3 km de galeries ont été forés et après de nombreux retards, la ligne — initialement prévue pour 2015 — ne devrait pas voir le jour avant 2033, selon Telt, le maître d’ouvrage.

L’estimation du coût global du projet (tunnel et voies d’accès) réparti entre l’Union européenne, la France et l’Italie est passée de 12 milliards d’euros en 2002 à plus de 26 milliards d’euros dix ans plus tard, selon la Cour des comptes. Si depuis aucun chiffrage global n’a été communiqué, avec l’inflation, le montant actualisé serait de près de 30 milliards d’euros. Le coût du tunnel seul a, lui, été réévalué de 5,2 à 11,1 milliards d’euros cet été par Telt.

Combien la France payera-t-elle ? « C’est toute la question », répond Philippe Delhomme. Le pays doit financer les travaux définitifs du tunnel à hauteur de 25 %, l’Italie 35 % et l’Europe 40 %. Paris devrait donc débourser 2,8 milliards d’euros. « En réalité, c’est beaucoup plus, rappelle Philippe Delhomme, car les budgets européens sont alimentés par les pays membres, dont au premier chef la France. »

• Canal Seine-Nord Europe : au moins 2,2 milliards

Là encore, le projet est présenté comme écologique. Long de 107 kilomètres et large de 54 mètres, le canal Seine-Nord Europe va traverser la région Hauts-de-France entre Compiègne (Oise) et le nord de Cambrai (Nord) pour rendre possible la navigation de péniches à grand gabarit. Selon ses défenseurs, il facilitera le transport de marchandises entre les pays du Benelux et la région parisienne pour décharger l’autoroute A1, ce que le canal du Nord, trop étroit, ne permet pas.

Avec ce canal, c’est aussi la construction de soixante-deux ponts routiers, sept énormes écluses, un pont-canal de 1,3 kilomètre, sept bassins artificiels, un réservoir d’eau de près de 15 millions de m3 et de quatre ports intérieurs. Des conséquences lourdes pour les écosystèmes.

Interrompu à plusieurs reprises, le canal Seine-Nord Europe devrait être achevé en 2030. Son coût final est désormais évalué à 5,1 milliards d’euros, bien loin du 1,8 milliard d’euros prévu initialement. Financé par l’État et les collectivités territoriales concernées à hauteur de 2,2 milliards d’euros, le reste est assuré par l’Union européenne (2,1 milliards) et un emprunt de 800 millions d’euros. Là encore, comment l’État compte-t-il trouver les ressources ? Pour l’heure, on l’ignore.

• Mégabassines : au moins 840 millions

Si l’on sait que 70 % du coût de construction d’une mégabassine est financé par de l’argent public — 50 % via les Agences de l’eau et 20 % par divers fonds d’État — avant de sortir sa calculette, il faut connaître le nombre de projets de mégabassines dans le pays. Il n’existe aucun recensement officiel, mais le site d’information du gouvernement sur les politiques publiques dénombre une centaine de projets. Un chiffre très en deçà du recensement fait par les associations Bassines non merci et Les Soulèvements de la Terre qui en décomptent environ 300.

« Sachant que le coût moyen d’une mégabassine est de 4 millions d’euros », dit Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci. Si ces estimations se vérifient, c’est au moins 840 millions d’euros d’argent public qui pourraient être injectés dans ces programmes.


Arrêter ces programmes permettrait d’économiser des milliards à l’État.


Reporterre. Jeanne Cassard (Source, Lecture libre mais rappel cette assos de journalistes ne vie que grâce aux dons et abonnements)  


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