Tant que tu n’as pas parlé, la parole est en ton pouvoir », affirme la sagesse chinoise, à qui on fait beaucoup dire mais que Macron semble peu écouter tant il est pris d’une frénésie de parler.
Le pouvoir de la parole, comme la parole du pouvoir, il ne cesse d’en user et d’en abuser. Il est bien loin le temps des débuts de son premier mandat (sept ans ce mardi), où il ne jurait que par le sage Jacques Pilhan, qui n’était pas penseur chinois, mais communicant français de Mitterrand et préconisait « la rareté » de la parole présidentielle. Maintenant, c’est le silence qui se fait rare, voire inexistant.
Longs discours, petites phrases, grands entretiens… depuis les deux heures d’allocution à la Sorbonne, c’est un flot de paroles incessant. Discussion avec la presse de province, propos rapportés, entretien-fleuve à « La Tribune Dimanche » et, juste avant, interview à la presse étrangère, à l’hebdo anglais « The Economist »…
Chaque fois, c’est pour parler de l’Europe et s’autosatisfaire de son bilan en la matière. Mais, dans le dernier cas, c’est, sur un ton qualifié de « dark and prophetic », pour évoquer plus particulièrement la guerre. Celle de la Russie en Ukraine, c’est-à-dire aux portes de l’Europe.
Et pour laquelle Macron « n’exclut rien » et pas l’éventualité réitérée de « se poser légitimement la question de l’envoi de troupes (françaises) au sol » si « les Russes venaient à percer la ligne de front ». Il entend également mettre le sujet au centre des conversations avec son invité le président chinois
Xi Jinping, dont c’est pourtant loin d’être la préoccupation première. Mais, comme pour les droits de l’homme, l’important, c’est d’en parler et de le faire savoir.
Il s’agit rien de moins que d’« engager la Chine, qui objectivement dispose de leviers suffisants pour changer le calcul de Moscou dans sa guerre en Ukraine », fait-il répéter, même s’il ne dispose pas pour sa part des leviers suffisants pour obtenir pareil service de son hermétique invité Xi. Lequel, de toute façon, à part quelques paroles polies ne peut pas grand-chose pour lui en matière de médiation avec Poutine sur l’Ukraine.\
Même si Macron pense qu’« il n’est pas dans l’intérêt de la Chine aujourd’hui d’avoir une Russie qui déstabilise l’ordre international ». Peut-être, mais il n’est pas dans l’intérêt non plus de Xi, surtout en matière Commerciale, même s’il affirme le contraire, d’avoir face à lui une Europe trop forte et unie.
Surtout une Europe dont Macron a reconnu que tous les pays qui la composent n’étaient « pas unanimes » dans leurs positions face à la Chine, notamment en matière d’échanges commerciaux, où le dialogue reste pour le moins difficile. Tant que la guerre en Ukraine ne l’empêche pas d’envisager de faire déferler par cargos entiers ses voitures électriques sur le marché européen, les « déstabilisations » de Poutine ne seront pas un problème pour Xi.
D’autant que, depuis l’invasion de l’Ukraine, la Chine est devenue le premier partenaire économique de la Russie, qui, si elle ne lui livre pas d’armes, n’en contribue pas moins à son industrie de défense. D’autant, aussi, que Poutine est attendu ce mois-ci, en ami, dans la capitale chinoise, où il était déjà voilà à peine huit mois.
Mais, cela, Xi s’abstiendra sans doute d’en « parler » avec son hôte. Des élections européennes non plus, ni des sondages, qui prévoient toujours, malgré tous ses grands discours, de laisser, à tous les sens du terme, le très parleur Macron sans voix.
Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 05/05/2024
Xi à le temps pour lui. Il sait que dans 2 ans Macron ne sera plus là, il n’a aucune raison de faire des concessions, il a cependant concédé la suppression des taxes de douanes sur le cognac, ça diminuera de très très peu les 54 milliards de déficit de notre commerce avec la Chine. L’Allemagne pour qui les exportations vers la Chine sont vitales s’opposera à toute mesure douanière, et Macron n’a pas les couilles de De Gaulle pour s’opposer à L’Allemagne. Macron parle trop, ça arrange les russes qui ont besoin d’identifier un dindon. Il a des idées sur tout, et estime pouvoir les imposer. Face au silence imperturbable de Xi Macron donne l’impression du cabot qui aboie et remue la queue face à son maître.