Imaginez la personne « directeur qualité » d’un important transformateur français de viande dénonçant un scandale de bidoche avariée qui, quinze ans après avoir été viré, bataille toujours aux prud’hommes pour faire annuler son licenciement. Voilà qui ne va pas décourager les margoulins de l’agroalimentaire…
L’affaire, révélée par « Le Canard », débute en décembre 2008 lorsque Pierre Hinard, chargé du respect des normes sanitaires chez Castel Viandes, le numéro un de l’abattage et de la découpe de bœuf en Loire-Atlantique, est licencié pour faute grave.
Son tort : avoir alerté les services vétérinaires des pratiques peu ragoûtantes de son patron. Notamment celle de la « remballe » ; en clair, la remise en circulation de viandes ayant dépassé la date de péremption, avec une nouvelle étiquette.
Commence alors pour le licencié un interminable bras de fer. Plus de dix ans après avoir été saisis, les prud’hommes rendent enfin leur jugement, et, contre toute attente, la juridiction de Nantes refuse, le 28 mars 2019, d’annuler le licenciement.
L’ex-employé de Castel Viandes, reconverti depuis en éleveur de vaches bio, fait illico appel. Entre-temps, les gendarmes se sont saisis de l’aspect pénal de la « remballe », et une enquête préliminaire a été ouverte pour « tromperie sur la qualité » et « escroquerie ».
La boîte est perquisitionnée, puis son patron ainsi que deux de ses cadres sont mis en examen par le juge d’instruction qui a récupère le dossier.
Après plus de neuf ans d’enquête se tient enfin le procès.
Le 30 juin 2022, le pédégé de Castel Viandes est condamné à six mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende. Au cours de l’audience, l’ex-directeur qualité découvre que son ancien employeur a fait campagne pour le discréditer auprès du ban et de l’arrière-ban de l’agroalimentaire, et qu’il a déposé une plainte contre lui pour harcèlement sexuel envers trois collègues.
Des accusations balayées par les gendarmes d’un revers de main. Le viré, qui en a marre de se faire hacher menu, a saisi la justice pour « faux témoignage » et « dénonciation calomnieuse ».
De leur côté, les prud’hommes, qui s’apprêtaient à rendre un nouveau jugement en appel, ont décidé de surseoir pour tenir compte de cette condamnation.
Pierre Hinard, sans qui la justice n’aurait jamais mis son nez dans les arrière-cuisines de Castel Viandes, saura ce jeudi 15 février à quelle sauce il sera mangé.
Article non signé lu dans le Canard enchaîné. 14/02/2024
Bravo pour cet homme courageux et honte à la justice qui aura mis 15 ans pour juger cette affaire de santé publique
Oui, Espérons qu’il sera justement indemnisé et que tous les autres paieront..