Procès Benalla.

L’ex-chargé de mission d’Emmanuel Macron est jugé depuis lundi. Des violences du 1ᵉʳ mai 2018 aux passeports frauduleux, retour sur le scandale qui ébranla LR-EM.

Juillet 2018. Les Bleus rapportent la Coupe à la maison, et les journalistes politiques du pays s’ennuient dans la chaleur de leur rédaction, se demandant bien quels sujets traiter en cette période creuse. Quand, soudain, une bombe médiatique.

Le 18 juillet, le Monde révèle avoir identifié un des chargés de mission préposé à la sécurité du président Macron sur une vidéo de violences contre des manifestants datée du 1ᵉʳ mai 2018.

Dans l’extrait de cette vidéo, prise à l’origine par le journaliste indépendant Taha Bouhafs qui pensait filmer un policier, on voit un homme coiffé d’une visière molester un couple, place de la Contrescarpe, à Paris. L’affaire éclate, la France fait connaissance avec Alexandre Benalla. La Macronie, avec son plus gros scandale. Un peu plus de trois ans après les faits, l’ex-garde du corps se rappelle à son bon souvenir. 

Son procès s’est ouvert, lundi 13 septembre, au tribunal correctionnel de Paris et se poursuivra jusqu’au 1ᵉʳ octobre.

Trois autres coprévenus sur le banc des accusés

En premier lieu, il doit répondre des « violences en réunion » commises sous couvert d’un faux brassard de police, le 1er mai 2018, en marge de la manifestation pour la Fête du travail, place de la Contrescarpe donc, mais aussi au Jardin des plantes.

Sur le banc des accusés, on retrouve trois autres co-prévenus. Vincent Crase, formateur d’Alexandre Benalla et ex-employé à la sécurité d’En Marche, est, lui aussi, impliqué dans les faits du 1ᵉʳ mai. Il lui est également reproché d’avoir porté une arme à feu ce jour-là, alors qu’il n’était autorisé à la posséder qu’à l’intérieur des locaux de LR-EM.

Enfin, Maxence Creusat et Laurent Simonin, deux fonctionnaires de la préfecture de police de Paris, se voient, eux, reprocher d’avoir transmis des images de vidéosurveillance couvertes par le secret professionnel à Alexandre Benalla pour l’aider à préparer sa défense.

Ce dernier doit aussi être entendu sur l’usage présumé frauduleux de passeports diplomatiques. Ainsi, Médiapart avait relevé qu’à la fin de l’année 2018, il s’est rendu à N’Djamena pour y rencontrer le président tchadien désormais décédé, Idriss Déby. Ce, grâce à un des quelques passeports diplomatiques encore en sa possession, alors qu’il était supposé les avoir rendus des mois plus tôt.

Enfin, le tribunal s’intéressera à une photo du 28 avril 2017 à Poitiers où l’on peut voir Alexandre Benalla équipé d’un Glock (pistolet semi-automatique), alors qu’il n’était autorisé, à l’instar de Vincent Crase, à le porter qu’au QG d’En marche.

« Il était une fois un individu… » a lancé la présidente du tribunal en préambule au résumé des faits qui sont reprochés à Alexandre Benalla. Car il est bien devenu un personnage qui incarne, encore aujourd’hui, le vrai visage du quinquennat Macron, basculé en quelques instants de la promesse d’une « République exemplaire » à l’image tenace de barbouzes qui viennent jouer les gros muscles contre les opposants politiques du président.

Embarrassé, l’Élysée avait mis d’ailleurs du temps à réagir, à l’été 2018. Le palais a cherché à prendre ses distances avec Alexandre Benalla en affirmant qu’il avait été suspendu durant quinze jours dès que l’exécutif avait eu connaissance de ses actes du 1ᵉʳ mai. Soit le lendemain. Il aurait aussi été rétrogradé de ses fonctions d’organisation de la sécurité du président.

Pourtant, l’intéressé est bien dans la délégation accompagnant Emmanuel Macron le 14 Juillet. Puis, le 16 juillet, soit deux jours avant les révélations du Monde, il est dans le bus de l’équipe de France championne du monde qui remonte les Champs-Élysées, avec pour consigne de l’Élysée d’abréger la célébration avec la foule pour que les joueurs arrivent plus vite au palais. Preuve qu’à ce moment, alors que l’exécutif a donc bien connaissance de l’affaire, Alexandre Benalla reste un élément important du dispositif élyséen.

Emmanuel Macron a fini par sortir de son silence, le 24 juillet : « On ne sacrifie pas des têtes de fonctionnaires, de ministres ou de collaborateurs sur l’autel des émotions populaires », lâche-t-il, avant de lancer sur un air de défi, très conscient de son immunité présidentielle, son fameux « le responsable, c’est moi, qu’ils viennent me chercher » ! […]


Cyprien Caddeo – L’Humanité – Titre original : « Justice. Procès Benalla, gare au gorille ».

Source (Extraits)



Voir aussi l’article de Médiapart – Source