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Alors comme ça, Macron est écologiste.

Revenons à l’entretien donné le 14 juillet, au cours duquel il a prononcé une phrase en tout point magique : « On peut redevenir une grande nation industrielle grâce à l’écologie […]. Je crois en une écologie du mieux, mais pas à l’écologie du moins ». À quoi l’on peut ajouter sans risque de malentendu ces mots de Castex, son ombre portée, qui a déclaré sa flamme à « la croissance écologique, pas [à] la décroissance verte ».

Premier élément central, qu’il ne faudrait jamais oublier : ces gens s’en foutent. Il existe des centaines, des milliers même, de textes et rapports, d’études signés par les grands noms de l’écologie scientifique ou de la biologie, ou du climat, mais ils s’en foutent, car ils vivent dans leur monde imaginaire. Jamais ils n’ont rien lu d’important sur le sujet, jamais il ne leur viendrait à l’esprit de célébrer le ver de terre, le coquelicot, le loup des steppes et des Alpes. Rien n’existe que leur univers de pacotille.

Mais il faut ajouter ce qui n’est sûrement pas un détail : la stratégie un rien grotesque de la «transition écologique» s’inscrit dans une histoire, celle d’une extrême bouffonnerie planétaire. Ce n’est pas ici, dans ce cadre si restreint, qu’on pourra tout raconter, mais quelques saynètes valent le détour.

Pour commencer, qui a créé le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) en 1972 ? Un certain Maurice Strong, qui a aussi dirigé le WWF au Canada et joué un rôle essentiel dans la rédaction et la diffusion du fameux rapport Brundtland de 1987 – « Notre avenir à tous » qui lança dans les airs l’expression « sustainable development », devenue en français le « développement durable ».

Strong ne s’est nullement arrêté là. En 1992, il est le grand ordonnateur du premier sommet de la Terre de Rio, s’appuyant sur un bras droit appelé Stephan Schmidheiny. En 1997, il ouvre la conférence de Kyoto sur le climat en tant que sous-secrétaire général de l’ONU (1). En 2002, il continue à jouer un rôle clé dans le sommet de la Terre de Johannesburg, et s’active même pendant celui de Rio – le deuxième – en 2012.

Fort bien. En même temps (Macron doit être content), Strong aura mené une grande carrière industrielle au Canada, dirigeant de puissantes transnationales du pétrole, de l’hydroélectricité ou du nucléaire, comme Dome Petroleum, Caltex (groupe Chevron), Norcen Resources, Petro-Canada, ou encore Ontario Hydro (2).

Quant à son compère de 1992, Schmidheiny, patron suisse de l’amiante, il a été condamné à dix-huit ans de taule en Italie pour la mort de 3.000 prolos dans ses usines locales. Qu’il ne fera pas, car le crime a été déclaré prescrit (3).

Non, malgré l’apparence, il ne s’agit pas d’un complot. En tout cas, je n’y crois nullement. Je gage que Strong, mort en 2015, était sincèrement convaincu de la nécessité d’agir. Je n’ex­clus pas même qu’il ait été sensible à la nature, voire à cette vie sauvage qui disparaît dans l’immense et immonde aspirateur industriel. Peut-être s’est-il dit qu’il fallait trouver un semblant de solution. D’où le développement durable, parfait oxymore qui signifie développement qui dure, pour l’éternité.

Macron et Castex, bien moins intéressés par le sujet que ne le fut Strong, feignent. Attention ! Ils n’ont pas conscience de feindre, tant est grande leur ignorance. Ils savent vaguement que quelque chose menace, mais comme ils n’ont jamais pensé au-delà de l’immédiat, ils imaginent que leur monde technologique (et industriel) trouvera sa route en continuant d’avancer vers le vide.

D’où cette idée pathétique d’augmenter la croissance, « verte » cela va de soi. Toute la construction de cette foutaise de « transition écologique », digne successeur du « développement durable », se résume à cela.

Conclusion provisoire dédiée à ces deux imbéciles : produire des biens matériels, sur cette Terre, c’est augmenter les émissions de gaz à effet de serre, alors qu’il faut les diminuer drastiquement, aujourd’hui même. Ceux qui suivent Macron sont des cons.


Fabrice Nicolino – Charlie hebdo 20/07/2020


  1. mauricestrong.net/index.php?option=com_content&view=articleeid=188 :kyoto-introduction&catid=47&Itemid=99
  2. Lire Qui a tué l’écologie? (éd. Les liens qui libèrent), p. 251 et suivantes.
  3. Il a droit à un nouveau procès en novembre, normalement.