« On s’affole, mais on arrive toujours après la bataille »
Nos territoires alpins ne sont pas épargnés par le réchauffement climatique. Des modifications saisonnières entraînent des dérèglements pour la flore, avec des répercussions sur la faune. De l’arsenic a été retrouvé lors d’analyse de poils d’un chevreuil. Quand la pollution impacte la flore, c’est la faune qui tousse…
Impossible d’évoquer la santé des forêts des territoires alpins sans aborder la question de la faune sauvage. Cette dernière vit, mange, boit et dort dans un environnement qui n’est, hélas plus si… naturel. Pour comprendre pourquoi les épicéas, les lièvres ou encore les chevreuils souffrent du réchauffement climatique, Le Dauphiné Libéré a joint Sonia Saïd, écologue, spécialiste des interactions entre la faune et la flore à l’Office français de la biodiversité.
- Qu’est-ce qu’un ou une écologue ?
« Les écologues sont des chercheurs en écologie. Mon travail consiste à imaginer le futur, et à évaluer quels pourraient être les impacts sur les écosystèmes forestiers. L’écologiste, lui, fait de la politique, pas l’écologue ».
- Nos forêts, la faune et la flore, sont-elles menacées par le réchauffement climatique et la pollution ?
« La réponse est un grand oui ! Elles sont fortement menacées par le changement climatique, notamment à cause de l’augmentation des températures. Ce qu’on observe est assez net : les précipitations se modifient. On n’a pas les pluies quand il faudrait, donc les écosystèmes, qu’il s’agisse des arbres ou des animaux, sont fragilisés. Autre exemple, on retrouve de polluants dans la faune sauvage : du plomb, de l’arsenic, des métaux lourds ».
- Est-ce que nos essences d’arbres sur le territoire alpin sont plus menacées qu’ailleurs en France ?
« En montagne, les forêts de hêtre et de sapins sont particulièrement menacés par la sécheresse et d’attaques d’insectes, notamment les scolytes. Cela entraîne un dépérissement de hêtres, avec des cimes qui dessèchent ».
- Est-ce qu’on peut faire marche arrière ?
« Pour ça, il faut réduire notre surconsommation globale. C’est la seule façon d’améliorer la situation. On a peur de manquer, sauf que si on continue comme ça, on va réellement manquer. Un exemple : l’été, on utilise de plus en plus les climatiseurs. Il faut arrêter. On refroidit une pièce, mais on réchauffe l’extérieur. Il faut cesser d’urbaniser. Dans certaines grandes villes, on retire le goudron pour remettre de l’herbe. Il y a des choses à faire, mais il faut qu’on s’y mette tous, et tout de suite. Après, je comprends que tout le monde aime son confort, moi la première. J’utilise un téléphone portable. Mais il faut limiter l’usage pour réduire notre impact sur l’environnement.
Dans les années 2000, lorsque j’ai soutenu ma thèse je citais déjà un papier de 1950, sur les problèmes du réchauffement climatique et de ses effets prévisibles sur la forêt. Et déjà, il y a 25 ans, on observait un dépérissement important des arbres. Dans l’une de mes conclusions, j’écrivais : « Ce serait quand même bien qu’on s’intéresse à cette question-là ». Hélas, ce n’est pas allé plus loin.
Aujourd’hui on s’affole, mais on arrive toujours après la bataille. Il serait temps que la société, dans son ensemble, fasse plus confiance aux chercheurs. J’entends souvent : « Les chercheurs, ils cherchent, mais est-ce qu’ils trouvent ? » La réponse est « oui ! » mais il faudrait surtout qu’ils soient écoutés ».
- Quelles sont les différences notables entre il y a 50 ans et aujourd’hui dans les forêts de nos territoires ?
« Dans les Alpes, du fait du réchauffement climatique, l’habitat montagnard de certaines espèces comme les lagopèdes (une espèce d’oiseaux) ou le lièvre variable, peut être modifié ».
- Et pour la flore ?
« L’épicéa est en très mauvaise posture. Les hêtres et certaines sapinières sont classés dans la liste rouge des écosystèmes forestiers. Cette liste, publiée par l’UICN (l’Union internationale pour la conservation de la nature), recense les écosystèmes d’effondrement. Ce n’est pas une vue de l’esprit. Pourtant : les gens n’imaginent pas aller dans les Alpes et ne pas voir des sapins. Mais j’insiste : l’épicéa est une espèce fortement fragilisée par la sécheresse, et la cible privilégiée des scolytes ».
- Pourquoi les scolytes prolifèrent-ils sur nos territoires ?
« Parce qu’ils ont augmenté, et la raison première est le réchauffement climatique. Avec le réchauffement climatique, il résiste mieux qu’avant à l’hiver et attaque les arbres affaiblis par les grandes sécheresses qui se multiplient chaque été, notamment les épicéas, entraînant le dépérissement en milieu alpin. C’est un signal d’alerte très fort ».
- Comment sont gérées les forêts privées ?
Y a-t-il un suivi avec les propriétaires ?
« La gestion des forêts privées relève de la liberté du propriétaire. Toutefois, comme pour les forêts publiques, elles sont encadrées par le Code forestier, mais son entretien repose quand même sur la bonne volonté du propriétaire. L’État soutient, reconnaît, encourage ».
- Comment sont-ils accompagnés ?
« Il y a le CRPF, le Centre régional de la propriété forestière avec des centres régionaux. C’est lui qui accompagne les propriétaires privés qui ont des questions ou besoin de financements ».
- Quelles sont vos prévisions, pour la faune et la flore, à 5 ans, 10 ans, 15 ans et 20 ans ? Une extinction totale ?
« Je suis d’une nature optimiste. La faune et la flore sont résilientes : elles trouveront, d’une manière ou d’une autre, des moyens de s’adapter. Certaines plantes ou espèces animales réussiront à s’en sortir. Mais si nous voulons préserver à peu près ce que nous avons aujourd’hui et ne pas tout voir disparaître, il y a urgence. Il faut rappeler que si la forêt se porte mal, les animaux aussi… Et cela aura un impact sur les êtres humains ».
Interview de Sonia Saïd. Propos recueillis par Lucas Rodriguez. Le Dauphiné – 26/10/2025
Un autre danger est la surexploitation des forêts les nouvelles centrales électriques les fabriques à pelets n’utilisent pas les déchets issus des obligations de débroussaillement qui sont brûlés et sont devenues un danger pour nos forêts à cause des coupes rases. Je ne comprends pas que ne soit pas organisé un ramassages des déchets de bois oui l’écologie c’est un investissement
« Il nous faut résister contre cette dégradation de la dernière beauté de la terre et de l’idée que l’homme se fait des lieux qu’il habite.
Est-ce que nous ne sommes vraiment plus capables de respecter la nature, la liberté vivante, qui n’a pas de rendement, pas d’utilité, pas d’autre objet que de se laisser entrevoir de temps en temps. » (Romain Gary – Les racines du ciel)