Tutoriel pour se moquer de l’État

En matière d’aides publiques
et de foutage de gueule,
les entreprises ont deux options.

D’abord celle de Sanofi, qui, en dix ans, a accumulé près de 1 milliard de crédits d’impôt recherche (CIR)… et pas moins de quatre plans sociaux sur le sol français. Y a pas à dire, notre géant pharmaceutique national est très fort pour licencier, un peu moins pour faire ce qu’on attend de lui. « Ils ont été in foutus de trouver un vaccin pendant le Covid !
Même les Cubains sous blocus américain ont fait mieux », fulmine auprès de Charlie le sénateur PCF Fabien Gay, qui n’a que moyennement apprécié la teneur de son échange avec le groupe, lors de la commission d’enquête sur les aides publiques. « Ils ont tourné autour du pot en nous parlant de l’histoire du médicament pendant une heure ! On n’était pas là pour ça. »

Charles Wolf, directeur de Sanofi, lui, n’a pas semblé plus mal à l’aise que ça devant le parterre de politiques qui l’auditionnaient, puisque des justifications, il en a pour tout. La tentative de noyer le poisson pour ne pas s’expliquer sur le fond ?
« On s’est peut-être un peu emballés par la passion de la science », s’est-il faussement excusé. Les aides reçues qui n’ont servi à rien sinon à licencier plus de 3000 personnes ?

« L’existence d’aides, ce n’est pas vraiment un cadeau, c’est une sorte de rééquilibrage », a-t-il affirmé sans sourciller, après avoir pointé du doigt les prélèvements obligatoires élevés en France. La seconde option, elle, tutoie les sommets de la fumisterie. Nous sommes en 2023, à quelques jours du 6e sommet Choose France.

Emmanuel Macron frétille : le groupe taïwanais ProLogium vient de choisir la France pour y installer sa méga-usine de batteries pour voitures électriques. Et les promesses d’emplois sont belles : 3 000 dans l’usine, 12 000 en tout. Bercy saute à pied joints dedans et, hop ! un joli chèque de 1,4 milliard d’euros est signé dans la foulée. Où en est-on, deux ans plus tard ? Au point mort.

Aucune pierre n’a été posée pour construire la glorieuse usine. Les fameuses batteries ?
Elles n’existent pas encore, même pas en prototype.
Tout comme les 12 000 employés, d’ailleurs : pour l’instant, l’embauche se chiffre à peine à une dizaine de recrutements.

À ce niveau d’enfumage, vraiment, c’est du grand art.


Lorraine Redaud. Charlie Hebdo. 10/09/2025


2 réflexions sur “Tutoriel pour se moquer de l’État

  1. bernarddominik 15/09/2025 / 12h02

    Je m’étonne toujours de l’impunité du ministre qui signe un chèque de 1,4 milliards pour une usine jamais construite.

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