Avant lecture, les propos tenus dans l’article qui suit sont postés au titre de l’info multiple, ce qui n’engage nullement l’administrateur. MC
Quand la France va mal, il se trouve toujours des prophètes de bistrots pour nous dire qu’il suffit de changer de Constitution ou de président pour qu’ensuite tout aille bien, Madame la Marquise. Après avoir plaidé pour une VI’ République, Jean-Luc Mélenchon appelle donc désormais Emmanuel Macron à partir, tandis que, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, 64% des Français souhaitent sa démission et une élection présidentielle anticipée.
La situation est-elle révolutionnaire ?
Les ingénieurs du chaos sont à la manoeuvre. S’il faut condamner le mouvement orchestré par les vociférateurs, « gréviculteurs » et fondus du Grand Soir, on conviendra au moins qu’il est grand temps que Macron s’interroge sur lui-même et son laisser-aller sur les finances publiques, les flux migratoires, l’autorité à l’école ou ailleurs, etc. Évidemment soulagé, malgré sa tristesse officielle, par le départ de François Bayrou, qu’il ne supportait plus après qu’il s’était presque imposé par la force à Matignon, le président doit savoir que rien ne sera désormais comme avant.
Si le noyau de la comète Bayrou s’en est retourné à Pau, sa chevelure et ses queues, comme on dit en astronomie, sont restées dans l’atmosphère du pays qu’elles ont commencé à transformer : l’ère des dénis et des autocélébrations macronistes est enfin terminée. Après les nombreuses mises en garde de l’ancien Premier ministre, il devient de plus en plus difficile, sinon stupide, de nier l’atroce vérité sur nos finances publiques : la France ne peut pas continuer indéfiniment à dépenser plus qu’elle ne produit, au point d’être devenue, avec son endettement, le mouton noir de l’Europe. Après la prise de conscience, il reste à administrer les remèdes.
Macron peut-il être l’homme du redressement qui s’impose ?
N’est pas de Gaulle qui veut. Le Général, qui avait des convictions fortes, n’était certes pas un saint, mais son machiavélisme ne l’empêchait pas, comme il l’a prouvé avec son suicide référendaire de 1969, d’avoir l’esprit de sacrifice dont l’actuel président semble fort dépourvu. Pour le bien de notre démocratie troublée, on souhaite à Macron de ne pas être poussé vers la sortie, ce qui lui pend au nez, avant l’échéance de 2027 — après une nouvelle dissolution, par exemple. Qu’il tente des artifices ou des combinazioni façon IV’ République, cela ne changera rien : un peu d’immersion profonde, spécialité mitterrandienne en temps de crise, ne lui nuirait pas mais il est sûr que son tempérament ne s’y prête pas.
Sa survie politique ne peut passer que par une transfiguration à laquelle on a du mal à croire. Il faudrait qu’il sorte de la caricature dans laquelle l’enferment ses ennemis, pour qui il serait atteint d’un trouble de la personnalité narcissique (TPN). Un trouble qui se traduit, selon les psychologues, par un besoin d’être admiré, ainsi que par un manque d’empathie. Ce qui, selon le manuel MSD des professionnels de santé aux États-Unis, peut amener les patients à surestimer leurs « capacités » et à exagérer les « accomplissements » tout en se croyant « supérieurs, uniques ou spéciaux », avec une tendance à la « grandiloquence » et à penser susciter la « convoitise » chez les autres qui, croient-ils souvent, les « envient ».
Les solutions à notre crise actuelle ne sont pas de droite ou de gauche, mais de bon sens et elles crèvent les yeux : la France doit remettre à sa place et à la diète un État-providence devenu si insatiable et si ventripotent qu’il étouffe tout, à commencer par l’État régalien, aujourd’hui en capilotade. Au lieu d’être obsédé par la redistribution, il faut se demander pourquoi notre système de plus en plus administré, nouvelle version d’un communisme mou, ne marche pas. La preuve, alors que la France augmente sans discontinuer ses dépenses publiques, qui culminent à 57,2 % de son PIB, et ses taxes ou impôts, à 42,8 %, deux records européens, elle réussit le tour de force de fabriquer toujours plus de pauvreté depuis vingt ans : selon l’Insee, cette pauvreté aurait touché 9,8 millions de personnes en 2023, tandis que les inégalités augmenteraient.
Notre idéologie égalitariste meurt ainsi du choix thérapeutique infligé par les Diafoirus qui nous ont gouvernés. Au lieu de pressurer le pays, il n’est que temps de songer à créer plus de richesses en rémunérant davantage ceux qui travailleront plus. Il n’y a pas d’autre politique qui vaille
Franz-Olivier Giesbert. Le Point. N°2772. 11/09/2025