… les chômeurs une fois pour toutes ?
Alors que le nombre de demandeurs d’emploi est en légère hausse de 0,2% au deuxième trimestre, les chômeurs sont de nouveau sur le devant de la scène. Et le gouvernement cherche encore à limiter leurs indemnités.
Et c’est reparti pour un tour : revoilà « les chômeurs, ces parasites de la nation ». Moins d’un an après l’entrée en vigueur de la nouvelle convention d’assurance-chômage, le gouvernement souhaite de nouveau durcir les règles d’indemnisation.
Bruno Coquet, économiste et conseiller scientifique à France Stratégie de 2017 à 2024, chargé du Conseil d’orientation pour l’emploi, nous explique pourquoi les multiples réformes de l’assurance-chômage ne sont en fait qu’une vaste arnaque.
Charlie Hebdo : Encore une réforme… Pourquoi cible-t-on aussi souvent les chômeurs ?
Bruno Coquet : D’abord, politiquement, dire que l’assurance-chômage est trop généreuse, c’est simple. Ensuite, et surtout, les réformes de l’assurance-chômage sont pour le gouvernement un moyen facile d’engranger des ressources budgétaires.
Gagner de l’argent ? Pourtant, le gouvernement annonce d’abord vouloir réduire les dépenses…
Ce qui se passe depuis des années, c’est qu’on revoit toujours les droits, donc les dépenses, à la baisse, mais jamais les recettes. En gros, chaque salarié de droit commun verse près d’un salaire mensuel par an pour alimenter la caisse du chômage, et ça, ça ne bouge pas.
Par contre, on réduit les droits : la durée d’indemnisation, les critères d’éligibilité, etc. C’est un peu comme si votre assureur automobile maintenait le même prix pour assurer votre voiture, mais vous disait tous les six mois : « On n’assure plus le bris de verre, on augmente la franchise », etc. C’est une déformation du contrat.
Si l’on a autant de recettes mais moins de dépenses, que fait-on, alors, de l’excédent ?
L’État le récupère. Entre 2023 et 2027, le gouvernement aura prélevé entre 2 et 4 milliards d’euros par an, une sorte de taxe de 25 % sur les chômeurs. Le problème, c’est qu’on ne peut pas avoir une vision budgétaire d’un dispositif d’assurance.
Si vous vous dites seulement « il y a trop d’argent là-dedans, c’est tous des fainéants », vous n’êtes pas dans l’amélioration d’un dispositif inefficace, mais dans la destruction d’un dispositif qui est très probablement efficace.
D’autant que 100 % de la littérature économique, quelle que soit l’obédience, est d’accord : l’assurance-chômage est toujours efficace à l’échelle d’une économie, mais l’efficacité dépend des modalités. Et n’oublions pas que couper dans les dépenses d’assurance n’a jamais créé d’emplois pour les chômeurs.
Grande nouveauté de cette énième réforme, la ministre du Travail veut s’attaquer aux ruptures conventionnelles : pourquoi ?
Quelqu’un au gouvernement a dû se rendre compte qu’après les fins de CDD, les ruptures conventionnelles étaient le premier motif d’ouverture de droits à l’assurance-chômage. Et en déduire que l’on pouvait gagner de l’argent en allongeant le délai de carence après une rupture conventionnelle. Cela dit, la ministre parle de 75 % d’abus, un chiffre excessif basé sur une vieille étude.
La rupture conventionnelle, c’est une voie de rupture de contrat introduite il y a une vingtaine d’années à la demande des organisations patronales. Pourquoi ? Parce que, auparavant, les séparations d’un commun accord étaient déguisées en licenciements, ce qui entraînait de l’insécurité juridique pour l’employeur et de nombreux recours devant les prud’hommes.
Ce qui me surprend au premier chef, c’est le silence des organisations d’employeurs. S’agissant de vases communicants, durcir la rupture conventionnelle provoquera une remontée des licenciements et de leurs inconvénients.
Propos recueillis par Zoé Gachen. Charlie Hebdo. 30/07/2025