Mortalité infantile…

… ça ne devrait plus se produire en France et pourtant…

L’assemblée nationale s’attaque désormais au sujet de la mortalité infantile. Il est temps, dans la mesure où la France compte parmi les 4 pays européens où les enfants meurent le plus.

Une grève comme une autre, à l’hôpital pédiatrique du CHU de Toulouse. On dénonce le manque de moyens, les fermetures de lits, les contrats précaires. Mais, cette fois, il s’agit du service de réanimation pédiatrique, service « dont le simple nom fait peur, que l’on redoute », selon les mots des soignants qui ont publié sur les réseaux sociaux, le 15 mai 2025, une vidéo pour alerter sur les conditions de travail dans leur unité : « Notre service est vu comme un tableau Excel, avec des taux d’occupation à atteindre, des soignants à déplacer. Un lit vide devient un lit à fermer. »
Une question de vie ou de mort pour les enfants. Or la France fait partie des pays d’Europe ayant le plus fort taux de mortalité infantile : 4,1 %. Et le chiffre progresse : en 2011, on comptait 3,5 décès pour 1 000 enfants. Ce qui nous classe aujourd’hui au 23e rang sur les 27 États de l’Union européenne.

Le sujet a mis les députés d’accord. Le 15 mai [2025], l’Assemblée nationale a largement approuvé une proposition de loi pour lutter contre la mortalité infantile, notamment en instaurant un moratoire de trois ans sur la fermeture de maternités. Seuls quatre députés macronistes ont voté contre.
Quel est exactement le lien entre ces fermetures d’établissements et ces enfants qui meurent avant leur premier anniversaire ? Peu d’études ont été menées. Mais les trois quarts des maternités françaises ont fermé depuis un demi-siècle.
Selon une enquête des journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin, 4,1. Le scandale des accouchements en France (éd. Buchet-Chastel, 2025), le risque de décès néonatal double quand le trajet jusqu’à la maternité dépasse les quarante-cinq minutes.
Quand une parturiente est en phase de travail, chaque minute devient critique. Les femmes qui vivent à plus de 30 km d’une maternité ont deux fois plus de risques d’accoucher en dehors d’un hôpital.

Le péril de la précarité

Voilà plusieurs années que la presse régionale relate des récits de mères sur le point d’accoucher qui doivent rouler une heure ou plus pour rejoindre l’hôpital, de bébés nés sur le bord de la route, sur des parkings, dans des voitures. Les risques ne sont pas les mêmes selon le département où l’on vit.
Dans le Lot, l’un des plus durement touchés, le taux de mortalité infantile avoisine les 6,5 %o : trois des quatre maternités du département ont fermé.
La Seine-Saint-Denis est également en grande difficulté : comme le soulignent Anthony Cortes et Sébastien Leurquin, la précarité multiplie de 5 à 7 fois le risque pour un enfant de mourir avant ses 3 ans. Les femmes migrantes, notamment, sont le plus souvent touchées, faute de pouvoir bénéficier d’un suivi médical régulier.

Les députés macronistes qui se sont opposés au projet de loi objectent qu’une maternité qui réalise peu d’accouchements est moins à même d’offrir une sécurité optimale. L’Académie de médecine, elle aussi, appelle à fermer des maternités trop petites, qui manquent parfois de personnel et d’équipement.
Il ne suffit pas de placarder le mot « maternité » devant l’entrée d’un simple hôpital pour être à même d’accueillir sereinement les futures mères : le maintien des structures doit être accompagné de moyens humains et matériels.
Mais le ministre chargé de la Santé, Yannick Neuder, avec une certaine facilité à faire l’autruche, accuse lui, les grossesses tardives et les facteurs de risques chez les mères, comme le surpoids ou les addictions.
Dommage que ces facteurs existent également dans les autres pays européens, ceux où il n’y a pas, comme en France, 1 enfant sur 250 qui meurt avant l’âge de 1 an.  


Coline Renault. Charlie Hebdo 28/05/2025


4 réflexions sur “Mortalité infantile…

  1. bernarddominik 03/06/2025 / 11h45

    La France a un problème depuis un demi siècle : elle ne sait pas gérer son pognon. Elle dépense sans compter mais sans savoir pour quel résultat. Et régulièrement on apprend que tel secteur est un désastre, et ça tourne car les causes ne sont jamais traitées.

  2. TATCHOU 92 15/06/2025 / 15h34

    Sommes nous encore en REPUBLIQUE? »LIBERTE, ÉGALITÉ, FRATERNITE ?

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