Bayrou à l’essai !

Le constat est écœurant, celui de jouer à la roulette avec la gouvernance de la France, comme le fait le lutin en son château élyséen.
Jusqu’à quand la population acceptera ces guignolades liées à la désindustrialisation, ainsi que les licenciements au nom de la rentabilité ? À quel moment la misère, le chômage, liée au pouvoir d’achat, aux difficultés de se soigner, de ce loger, entraînera-t-elle la population dans la rue ? MC

Bayrou, un Premier ministre pas si docile

La nomination de François Bayrou à Matignon vendredi est l’histoire d’un bras de fer au sommet de l’État. D’un côté il y a François Bayrou, 73 ans, une vie politique derrière lui, notamment d’élu local. Il a permis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, mais a toujours gardé sa liberté de parole. De l’autre Emmanuel Macron, 46 ans, un parcours radicalement différent, sans ancrage local et président responsable d’une dissolution qui le prive de toute majorité.

Entre ces deux hommes, il y a de l’estime, mais aussi des vérités dites, pas toujours plaisantes. Avant la nomination de François Bayrou (MoDem), par un communiqué laconique vendredi à la mi-journée, ils ont longuement échangé à l’Élysée. La nomination, qui semblait évidente pour certains, a soudainement paru s’envoler, Emmanuel Macron souhaitant promouvoir l’actuel ministre des Armées, Sébastien Lecornu, dont il est proche. Pour François Bayrou, c’était inacceptable de voir un autre que lui, nommé à un poste qu’il convoite depuis longtemps et pour lequel il estime êtretaillé.

Macron gommé

Il a donc tapé du poing sur la table, mettant sa participation à la majorité en jeu. Il a gagné. Emmanuel Macron, déjà fragilisé, ne pouvait se permettre de perdre le MoDem – allié du camp présidentiel. N’en déplaise à Gabriel Attal, patron du parti présidentiel Renaissance, qui n’a rien fait pour faciliter la nomination du Béarnais.

Ce premier bras de fer n’est pas anecdotique. « Ça affranchit Bayrou », cite une source gouvernementale. On en a eu l’illustration dès les premiers mots du nouveau Premier ministre. En quittant son bureau du haut-commissariat au Plan, il a cité le Palois Henri IV pour la réconciliation et François Mitterrand pour l’histoire, sans un mot pour le chef de l’État.

Dans son discours de passation, il n’a pas non plus remercié Emmanuel Macron comme il est d’usage. Pire, il a rappelé la promesse du « président élu en 2017 », considérée de gauche, qui était d’en finir avec l’assignation à résidence. « De rendre des chances à ceux qui n’en ont pas », a résumé François Bayrou. « À cette promesse, je compte être fidèle », a-t-il dit, avec un petit sourire. Il fallait comprendre qu’il se sentait engagé vis-à-vis des promesses auxquelles lui-même avait cru, mais pas de celui qui les a faites. Emmanuel Macron appréciera…

« Sortir des guerres stupides »

« Notre pays a besoin de réconciliation », affirme François Bayrou, actant ainsi que le pays est fracturé. Avec l’image du « mur de verre » entre les citoyens et le pouvoir, il prend un peu plus de distance avec la macronie. Les premiers mots du nouveau Premier ministre étaient surtout en direction de l’opinion publique. Comme son prédécesseur, Michel Barnier, il va vouloir s’appuyer sur elle « pour sortir des guerres stupides » et affronter « un Himalaya de difficultés ».

C’est ce à quoi il va d’ailleurs travailler tout le week-end. L’Élysée a fait savoir que François Bayrou était le plus « consensuel » pour « dialoguer avec l’ensemble des partis politiques » réunis mardi autour du chef de l’État. Mais sera-t-il capable d’élargir le bloc central à une partie de la gauche, sans perdre le soutien de la droite de Laurent Wauquiez (Les Répu­blicains) ? Les Premiers ministres changent, mais les problématiques demeurent.

Trouver une majorité

Dès vendredi soir, il a reçu le ministre de l’Intérieur démissionnaire, Bruno Retailleau (LR). Entre le démocrate chrétien et l’homme de droite conservateur, il y a peu en commun. Comme il y a peu en commun avec un Parti socialiste pour qui il représente la continuité de la politique menée depuis sept ans. Il faudra pourtant qu’il trouve une majorité de la droite à la gauche s’il veut faire adopter un budget. Ou du moins qu’il négocie des accords de non-censure.

Pour l’heure, il va devoir former un gouvernement de façon urgente puisque, la semaine prochaine, le projet de loi spéciale est au Parlement. Le nouveau Premier ministre, qui se préparait depuis longtemps, doit composer son équipe dans l’urgence.

Nathalie Mauret. Le dauphine Libéré 14/12/2024

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Priorités La dette et le déficit, d’abord

Réconcilier la France, une nécessité, réduire le déficit et la dette, un devoir : voici en résumé la feuille de route du nouveau Premier ministre dans une France morcelée et toujours sans budget pour 2025. « Votre message sur la gravité de la situation, je le reçois et je le partage », a déclaré d’emblée François Bayrou lors de la passation de pouvoir avec Michel Barnier.

Le déficit attendu en 2024 s’élèvera à 6, I% du produit intérieur brut (PIB), loin du plafond de 3 % fixé par Bruxelles. Son prédécesseur envisageait un effort de 60 milliards d’euros l’an prochain. Vendredi, le nouveau locataire de Matignon n’est logiquement pas entré dans les chiffres.

Mais en consacrant une large partie de sa brève allocution à la question budgétaire, François Bayrou a fait de la réduction de la dette et du déficit la priorité des priorités. « Cette question-là est une question qui pose un problème moral et pas un problème seulement financier. Car se débarrasser de ses charges sur ses enfants dans les pays de montagne, c’est très mal àjuste titre. »

Une pile de dossiers urgents

Le cap est fixé, la tâche reste immense et l’issue de l’exercice toujours aussi incertain face à une Assemblée nationale privée de majorité présidentielle. D’autant que d’autres dossiers brûlants et explosifs attendent aussi François Bayrou sur son nouveau bureau de la rue de Varenne.

En tête de la pile, celui du monde agricole. Promises en début d’année, de nombreuses mesures (aide à l’installation, simplification administrative, allègement de charges, etc.) sont gelées par la crise politique qui se prolonge depuis juin.

La colère, alimentée aussi par le projet de traité UE-Mercosur (Amérique latine), est un peu retombée ces derniers jours mais elle menace de reprendre, faute d’avancée rapide. Vendredi soir, la FNSEA – syndicat majoritaire – et les Jeunes agriculteurs ont d’ailleurs sollicité un « rendez-vous en urgence » avec le nouveau chef du gouvernement afin de « lui demander la reprise immédiate des travaux permettant de respecter les promesses faites ».

Les syndicats d’enseignants et les parents d’élèves espèrent aussi que le nouveau Premier ministre – et ex-ministre de l’Éducation nationale (I993-97) -aura le sens de l’« urgence » pour l’école en « train de s’effondrer ». L’offre de soins demeure en souffrance, le pouvoir d’achat en berne et l’horizon social s’assombrit avec des suppressions d’emplois en cascade, dans l’industrie automobile notamment.

Vendredi, François Bayrou s’est voulu lucide : « Je n’ignore rien de l’Himalaya qui se dresse devant nous, des difficuités de toute nature ». Il s’est gardé d’apporter des gages aux inquiétudes, mais appelle à « affronter la situation les yeux ouverts, sans timidité ».

Christine Beranger. Le dauphine Libéré 14/12/2024

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Décryptage / En quête de majorité ou de non-censure

François Bayrou réussira-t-il là où Michel Barnier a échoué ?
Malgré le changement de Premier ministre, la situation reste toujours aussi complexe à l’Assemblée nationale, où aucune majorité claire ne se dégage.

La première mission – et pas des moindres – pour François Bayrou sera de faire voter un budget 2025 pour la France, en échappant à la motion de censure.

Pour cela, le nouveau chef du gouvernement, issu du MoDem, devra tenter de concilier les priorités de chacune des oppositions, en termes de programme et de méthode.

Le Rassemblement national (RN), dont les voix ont contribué à renverser le gouvernement de Michel Barnier, ne déposera pas de motion de censure a priori, mais attend Bayrou au tournant. « J’attends de voir si la seule condition posée par le RN est respectée », a réagi Marine Le Pen, faisant référence à l’indexation des pensions de retraite sur l’inflation – un point sur lequel Michel Barnier avait refusé de céder.

Non hostile envers le RN

  • Si le parti d’extrême droite ne rejette pas le nom de François Bayrou dans l’immédiat, c’est que ce dernier ne s’est jamais montré hostile à son égard.

En 2022, le nouveau Premier ministre, alors maire de Pau, avait accordé son parrainage à Marine Le Pen afin qu’elle puisse se présenter à l’élection présidentielle. François Bayrou est de surcroît un défenseur de longue date de la proportionnelle pour les élections législatives, que réclame corps et âme la cheffe de file des députés RN.

Enfin, à l’instar de Marine Le Pen, François Bayrou a été jugé dans le cadre d’un procès initié par le Parlement européen sur la question des assistants parlementaires.

François Bayrou fustige « la politisation » de la justice et a apporté son soutien à Marine Le Pen, quand, le mois dernier, le parquet a requis une peine d’inéligibilité avec exécution provisoire à l’encontre de la triple candidate à l’élection présidentielle.

Du côté de la gauche, ce n’est pas gagné. François Bayrou a beau avoir apporté son soutien à Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle en 2007 et à François Hollande en 2012, sa nomination ne réjouit pas les élus du Nouveau Front populaire (NFP).

  • La France insoumise a déposé une motion de censure dès vendredi, furieuse qu’Emmanuel Macron n’ait pas nommé un Premier ministre issu du NFP.

Les autres partis de la coalition de gauche sont moins radicaux.

  • Le Parti socialiste ne censure pas immédiatement, mais pose une condition : que François Bayrou s’engage à renoncer au 49.3 pour faire passer une loi à l’Assemblée. Les socialistes précisent qu’ils ne participeront pas au gouvernement.

Un programme attendu.

  • Les Écologistes et le Parti communiste se montrent également prudents et seront attentifs aux orientations du futur gouvernement.

À droite, on hésite. Pas friands de la censure, synonyme de désordre institutionnel,

  • Les Républicains attendent le programme du nouveau Premier ministre, avant d’accepter de participer au gouvernement.

Reste que la situation inchangée impose à chacun de faire des compromis, sinon, les mêmes causes produiront les mêmes effets…

Alexandra Simard. Le dauphine Libéré 14/12/2024

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Une réflexion sur “Bayrou à l’essai !

  1. bernarddominik 16/12/2024 / 12h46

    Pas facile. D’un côté les marchés financiers avec le risque de devoir en prunier à des taux prohibitifs, 50 milliards maintenant, 70 dans 2 ans soit plus que l’éducation nationale, et si on continue 100 dans 4 ans, soit l’éducation et la défense. Donc la priorité c’est la dette. La vraie question ce sont les recettes, et c’est bien là qu’est le nœud du problème, une partie de la tva compense la suppression de la taxe d’habitation, et bizarrement Mr Le Maire ne l’a pas vu, la flat tax sur les dividendes plaît beaucoup à Mr Arnault (12,5% ou 15% d’impôts ) alors que les salariés et les retraites payent un impôt progressif jusqu’à 45%, l’ISF supprimé, Macron y est allé fort sur.les cadeaux fiscaux. Bayrou pourra t il restaurer les recettes avant de compresser les dépenses?

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