… la France doit atteindre la neutralité carbone. Euh !
Elle s’y est engagée en 2015 lors de la COP21, à Paris. Neutralité carbone : on n’émet plus un seul gramme de CO2. Finies les énergies fossiles — pétrole, charbon et gaz. Tout ça remplacé par le renouvelable. Plus facile à dire qu’à faire. Aujourd’hui, 60 % de l’énergie utilisée en France est d’origine fossile. Il nous reste vingt-six ans pour faire tomber ce chiffre à zéro.
Il faudrait évidemment y aller par étapes. Anticiper. Programmer. Planifier. Ah, l’affreux mot ! Mélenchon parle de « planification écologique » depuis 2008. Son idée, c’est qu’il ne faut pas compter sur le marché pour nous faire passer d’un monde destructeur de la nature à un modèle vertueux.
Même le « Financial Times » l’admet : « Le capitalisme n’assurera pas la transition énergétique de manière suffisamment rapide » (1). Voir la farce du marché des crédits carbone (ou droits à polluer) : ça fait trente ans que ça ne marche pas. À l’État d’agir, donc.
Il y a deux ans, le 16 avril 2022, le candidat Macron s’est joyeusement emparé du terme. Lors d’un grand meeting de campagne à Marseille, il a promis de lancer la « planification écologique » pour gagner le « combat du siècle ». Construire des parcs d’éoliennes en mer, mettre des panneaux solaires partout, retaper les passoires thermiques, stopper le gaspillage énergétique : mille chantiers sont à programmer.
Première étape : 2030. À cette date, il faudrait ne plus dépendre qu’à 40 % des énergies fossiles.
Pas facile. Mais gagnable. Grâce à la pla-ni-fi-ca-tion !
Le bilan ? Eh bien, euh… il y a bien eu la création d’un ministère de la Transition énergétique et d’un secrétariat général à la Planification écologique. Le premier a été supprimé à l’arrivée de Gabriel Attal. Le second vient d’actualiser les 250 indicateurs qui permettent de mesurer les objectifs à atteindre d’ici à 2030 (ça ne mange pas de pain). Le texte de la grande loi de programmation sur l’énergie et le climat qui devait voir le jour cette année dort au fond d’un tiroir.
La Macronie fait marche arrière sur tout : les passoires thermiques, la prime aux voitures électriques, le budget du ministère de la Transition écologique. Sauf sur le nucléaire.
Gag : le 15 mars, Gabriel Attal a annoncé une « grande consultation » publique sur la planification. Ça sera au moins la troisième du genre. L’idée est évidemment de noyer le poisson. D’éviter un vote, trop risqué, au Parlement. On blablate dans le vide, puis, hop ! on oublie. Il ne restera plus qu’à faire adopter, en septembre, par voie réglementaire la prochaine PPE, programmation pluriannuelle de l’énergie.
Ce truc lancé en 2015 par Ségolène Royal consiste à fixer tous les cinq ans des objectifs énergétiques. On fixera tranquillement ceux de 2030. Avec des mots très ambitieux, et sans moyens. Et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes planifiés…
Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 03/04/2024
(1) Cité dans « Comment bifurquer », par Cédric Durand et Razmig Keucheyan, La Découverte, 256 p., 20,50 €.
Un pas en avant deux pas en arrière….
Du pain sur la planche pour nos petits enfants, et leurs descendants, sauf si chamboulement politique costaud…
Je ne crois pas aux prévisions à long terme lorsqu’elle sont basées sur des suppositions
La plupart de ceux qui ont envie que ça change ne votent pas et la moitié des autres qui font un pas en avant et un en arrière le font aussi à gauche puis à droite. Le plus court moyen pour arriver au but serait t-il le zigzag ?