Les Trumpistes se préparer à faire passer une proposition de loi pour contraindre Framatome à couper tout lien avec le russe Rosatom. Panique dans la filière tricolore.
Une puissante offensive se déploie aujourd’hui aux États-Unis pour bloquer la coopération nucléaire franco-russe, toujours active malgré la guerre en Ukraine : c’est ce qu’affirme une note adressée au Quai d’Orsay, à la mi-février, par l’ambassade de France à Washington, et que « Le Canard » s’est procurée.
A la Chambre des représentants (l’équivalent de notre Assemblée nationale), le Parti républicain a fait adopter une proposition de loi pour montrer les muscles face à Moscou. Le texte est examiné au Sénat. Lors de la deuxième semaine de février, l’un de ses émissaires a interrogé l’ambassade de France sur les relations de l’Hexagone avec le géant Rosatom.
Le camp de Donald Trump, qui sera peut-être au pouvoir dans neuf mois, souhaiterait, indique la note, « franchir les pays occidentaux de tout lien avec la Russie dans le nucléaire civil ». Sauf l’Amérique, qui dépend à 30 % de l’uranium enrichi venu du pays de Poutine.
Réactions déchainés
À la manœuvre, une certaine Katherine Earle, ex-responsable de la commission des Affaires étrangères à la Chambre. Elle a « posé des questions sur une éventuelle dépendance de l’industrie nucléaire française à l’égard de l’industrie russe, en particulier sur le volet cycle du combustible, poursuit le mémoire. Elle a demandé des précisions sur la coentreprise Framatome-Rosatom, destinée à fabriquer du combustible pour les réacteurs de conception soviétique (dits « VVER »). Elle voulait notamment savoir si l’accord prévoyait le versement de royalties et les raisons pour lesquelles cette coentreprise n’avait pas été dissoute depuis le début de la guerre en Ukraine ».
Au sein de la direction de Framatome, ce « câble » diplomatique a fait l’effet d’une bombe à fragmentation. Car cette entreprise publique, dont EDF possède 80 %, conçoit des centrales nucléaires et fournit des chaudières et du combustible. La missive a aussi produit un gros effet à Matignon, informé le 28 février : la proposition de loi US a en effet des chances d’être adoptée, et l’entreprise tricolore de se retrouver ainsi pénalisée.
L’équipe Biden promet, pareillement, des mesures de rétorsion touchant Rosatom, et la série de sanctions récemment annoncée contre l’économie russe est la plus importante depuis l’attaque de l’Ukraine par Poutine, souligne le Trésor US.
Que se passerait-il si la France refusait cet oukase yankee ? Une façon de punir Framatome pourrait être de l’empêcher d’encaisser l’argent versé par Rosatom. Ou de priver le français de ses personnels américains, voire de s’en prendre à Framatome Inc. , filiale installée aux États-Unis.
Si le partenariat Framatome-Rosatom était atomisé, son rival, l’américain Westinghouse, se retrouverait seul en piste pour approvisionner en combustible les centrales d’Europe de l’Est, de conception « soviétique ». Le marché représente 1 milliard d’euros pour Framatome, qui, avec son partenaire russe, possède des contrats en Bulgarie et en République tchèque. Westinghouse pourrait aussi empocher d’autres contrats, comme celui de la centrale de Paks, en Hongrie.
Joint par « Le Canard », le Quai d’Orsay réfute l’idée d’une guerre économique engagée par les États-Unis. « Des concertations se tiennent avec nos alliés américains, sur la mise en place d’offres industrielles et commerciales permettant de se substituer à l’offre russe », assure son porte-parole.
Ajoutant : « Framatome développe une solution en propre avec un objectif de fournir du combustible nucléaire VVER pour 2030. »
Ce qui laisse six bonnes années à Westinghouse pour occuper le terrain…
Tous accros à l’uranium russe
C’est une vérité qui dérange : nos centrales nucléaires ne pourraient pas turbiner sans l’uranium enrichi russe. Chaque année, EDF a ainsi besoin de 1030 tonnes de combustible pour alimenter les 56 réacteurs hexagonaux.
Or, comme l’avait révélé « Le Canard » (7/12/22) en pointant les bordereaux des Douanes, la France achète un tiers de son carburant à Poutine. Fait amusant les Américains, très prompts à dénoncer le business russe de Framatome, sont également dépendants à 30 % de l’uranium enrichi de Moscou pour faire fonctionner lieurs 93 réacteurs ! Si Rosatom reste le leader incontesté du marché, c’est grâce à ses immenses centrifugeuses héritées de l’Union soviétique, capables d’enrichir l’uranium naturel à prix cassé.
A quoi ça tient, le rayonnement…
Jérôme Canard. Le Canard enchaîné. 27/03/2024
Ça montre bien l’impérialisme américain. La réaction ne peut être que politique, comme menacer de quitter l’otan. Mais il y a une autre solution sortir le contrat Rosatom de Framatome. D’autre part si les usa sont aussi dépendants des russes, il y a matière à procès ce qui nous mènera facilement à 2030. Je ne suis pas inquiet sur ce sujet, en son temps Michel Sapin à fait plier les usa sur les procès pour corruption (une combine américaine pour acheter à vil prix les entreprises européennes). Et puis la France produisait son propre combustible il y a 30 ans, alors pourquoi nos idiots de dirigeants ont-ils validé des solutions qui mettaient en cause notre indépendance ?