… du gouvernement pour s’attaquer encore et toujours aux droits des chômeurs
Pour préparer les esprits à une nouvelle réforme de l’assurance-chômage (la cinquième depuis 2017), les ministres et le chef de l’État déversent leurs éléments de langage.
1. « On est à plus de 7 % de chômage, mais vous ne pouvez pas vous déplacer quelque part sans rencontrer un patron qui dit chercher à recruter. » Gabriel Attal, 27 février 2024
Cet argument ne repose sur aucune donnée chiffrée […]
Regardons les chiffres. Au 4ᵉ trimestre de 2023, la France comptait 331 700 emplois vacants, en baisse de 6 % (dernière estimation connue). Rapporté à l’ensemble des emplois en France, cela nous donne un taux de 2,07 %. Pas exactement un raz-de-marée.
Imaginons un instant, même si cela n’a aucune chance de se produire, que tous ces postes trouvent instantanément preneur. Comme notre pays comptait, à l’époque, 2 824 400 chômeurs de catégorie A (n’exerçant aucune activité), cela signifie qu’il en resterait malgré tout 2 492 700, une fois tous les postes en souffrance pourvus.
Les chiffres sont têtus : lorsqu’une entreprise dépose une offre d’emploi dans l’Hexagone, elle trouve preneur dans l’immense majorité des cas. En 2022 (derniers chiffres connus), 3,6 millions d’offres ont été déposées à Pôle emploi ; 83,4 % ont été pourvues (et en moins de 47 jours dans la moitié des cas), 7,5 % des recrutements étaient en cours au moment de l’étude ; 2,9 % ont été annulées en raison de la cessation du besoin, et seulement 6,2 % ont été abandonnées faute de candidat.
2. « Nous réduisons les aides à l’emploi à un moment où le taux de chômage est faible. » Bruno Le Maire, 6 mars 2024
Il faudrait savoir : pour Gabriel Attal, la situation est trop grave pour ne pas s’alarmer des postes vacants, quand, pour son ministre de l’Économie, elle serait suffisamment confortable pour qu’on puisse tailler sans dommage dans les dépenses d’emploi.
En réalité, si Bruno Le Maire semble minorer ce phénomène, c’est pour mieux enterrer la promesse d’Emmanuel Macron, formulée en mars 2022 : « À chaque fois que la conjoncture s’améliore, on doit avoir des règles qui réincitent davantage au retour à l’emploi. À chaque fois que la conjoncture se dégrade, on doit mieux protéger celles et ceux qui tombent au chômage. » Dans le jargon économique, ce type de politique est nommée « contracyclique » (contraire à la tendance économique). […]
3. « La responsabilité des partenaires sociaux, ce sont les salariés. La responsabilité de l’État, ce sont tous ceux qui sont au chômage. Pour ma part, je considère que l’État devrait reprendre la main sur l’assurance-chômage de manière définitive. » Bruno Le Maire, 6 mars 2024
Curieuse répartition des rôles, dessinée par le ministre : les organisations syndicales n’auraient aucune légitimité à s’occuper des chômeurs, prérogative réservée au seul gouvernement. On ne trouve nulle part la moindre justification à ce partage. […]
4. « Un acte II de la réforme du marché du travail lancée en 2017 (…) pour atteindre le plein-emploi. » Emmanuel Macron, 16 janvier 2024
L’affirmation est à la fois incomplète et ambiguë. Incomplète, dans la mesure où elle laisse dans l’ombre l’une des raisons majeures présidant à toutes les réformes de l’assurance-chômage entreprises depuis 2017 : réaliser des économies. Ainsi, la dernière de ces réformes (réduction de 25 % de la durée maximale d’indemnisation), entrée en vigueur en février 2023, va faire économiser 4,5 milliards d’euros par an à l’assurance-chômage.
Ambiguë, car elle ne dit rien des voies que compte emprunter le chef de l’État pour atteindre le« plein-emploi », soit un taux de chômage de 5 %, au sens du Bureau international du travail. […]
À l’arrivée, le « plein-emploi » obtenu masque la précarisation d’une partie de la société. […]
5. « Nous gardons une durée d’indemnisation la plus longue parmi les pays développés : dix-huit mois. » Bruno Le Maire, 6 mars 2024
Le locataire de Bercy cumule deux erreurs factuelles.
Première erreur : la durée d’indemnisation maximale en France n’est pas de 18 mois, mais de 27, pour les privés d’emploi âgés de 55 ans ou plus. Ce sont les chômeurs de moins de 53 ans qui ont droit à 18 mois.[…]
Deuxième inexactitude : quel que soit le chiffre retenu, la durée d’indemnisation maximale française n’est pas « la plus longue parmi les pays développés », sauf à classer la Belgique dans les pays du tiers-monde.
Elle se compose d’une première phase de 48 mois au maximum, au cours de laquelle le montant de l’indemnité est proportionnel au salaire antérieur, puis d’une seconde phase, d’une durée illimitée, au cours de laquelle l’allocation est forfaitaire. Cette spécificité n’empêche pas la Belgique de présenter un taux de chômage plus faible (5,6 %) qu’en France.
6. « Je ne vois aucune raison pour qu’il y ait une durée d’indemnisation plus longue de ceux qui ont plus de 55 ans, parce que […] c’est une façon de (les) mettre à la retraite de manière anticipée. » Bruno Le Maire, 23 novembre 2023
Le différentiel de durée d’indemnisation pour les seniors relèverait d’une « faveur » qu’on leur accorderait : le droit d’attendre confortablement la retraite aux frais de la collectivité. Il n’en est rien. Si la durée d’indemnisation des seniors est plus longue, c’est uniquement au nom de leurs plus grandes difficultés à retrouver un emploi.
D’ailleurs, l’immense majorité des seniors qui se retrouvent au chômage ne l’ont pas choisi : ils le doivent avant tout à une fin de CDD ou à un licenciement. La part des ruptures conventionnelles dans les ouvertures de droit à France Travail après 55 ans ne dépasse pas 20 % des cas, sauf à 59 ans où il atteint 23 %. Mais cela ne concerne qu’une minorité des seniors : globalement, plus de la moitié des chômeurs âgés de 55 ans et plus arrivent à France Travail entre 55 et 58 ans, soit bien avant de pouvoir prétendre à la retraite.
Enfin, il ne faut pas oublier que la vie des seniors exclus du marché du travail n’a rien d’une promenade de santé : un tiers des « NER », c’est-à-dire des 53 à 69 ans qui ne sont ni en emploi ni en retraite, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Il s’agit principalement de femmes.
7. « Il y a quelque chose qui cloche dans le modèle social français, qui fait que, contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou les États-Unis, nous n’avons jamais offert aux Français le plein-emploi. » Bruno Le Maire, 23 novembre 2023
L’argument est usé jusqu’à la corde : si le taux de chômage est plus élevé chez nous, nous le devrions à la « générosité »de notre modèle social, qui inciterait les travailleurs à l’indolence. […]
Mais ce dernier est-il aussi généreux qu’on le dit ? L’OCDE a cherché à établir une comparaison entre les régimes des différents pays, en calculant le taux de remplacement net, c’est-à-dire la part du revenu net que le privé d’emploi conserve au chômage, après deux mois, six mois, un an et cinq ans.
Résultat : contrairement aux idées reçues, l’Hexagone est très loin d’arriver en tête du classement. […]
Article signé des initiales C.B. Le quotidien « L’Humanité ». Source (Extraits)
Des énarques au statut privilégié qui jugent des salariés du privé. Ils sont en plus payés plus de 10000€ par mois. Vraiment ces gens sont immondes.
Et paf, bien envoyé ! Mais en vérité, toutes ces batailles de chiffres sont vaines et ne font rien avancer. La vérité, et je le vois bien puisque je travaille dans une entreprise d’insertion, c’est que le besoin des entreprises ne correspond pas à la formation des gens au chômage, et que pour former un chômeur il faut lui donner les moyens et le courage aussi parfois de se lancer.
Bonjour et merci pour cet éclairage. Amitiés. Michel
– Il semble plus urgent de casser tout ce qui faisait l’originalité de notre système de protection sociale pour l’ensemble des travailleurs et retraités, que de chercher à répondre aux besoins les plus élémentaires de l’ensemble de la population…. Pardon : J’oubliais qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver un emploi..