L’hôpital soigne ses lanceurs d’alerte

Aux urgences des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, il est urgent de se taire ! Le 1er juin, à visage découvert, le Dr Sébastien Harscoat avait dénoncé la mise en danger des patients en filmant son service pendant plusieurs semaines pour l’émission « Complément d’enquête », sur France 2.

On le voyait supplier la directrice d’astreinte de se déplacer pour constater la situation, à savoir 50 patients poireautant dans un service de 30 places et l’impossibilité de prendre en charge des malades du Samu.

La direction a peu goûté ces images. Le 24 novembre, elle a convoqué le toubib dans le cadre d’une enquête administrative concernant « un certain nombre d’informations enregistrées et transmises à l’extérieur de l’établissement », dont les conclusions sont restées dans un tiroir.

Depuis la diffusion du reportage, les maux sont censés avoir été pansés. L’ex-directeur des Hôpitaux universitaires de Strasbourg est devenu préfet de la Nièvre, et un « bed manager » (gestionnaire de lits) a été nommé. So chic !

Les urgences, toutefois, ne sont pas sorties d’affaire.

Piqué au vif

Le 27 novembre à 20 h 40, selon un document interne sur lequel « Le Canard » a mis la palme, le taux d’occupation du service atteignait 177 %. Au même moment, quatre ambulances chargées de patients attendaient dehors depuis plus de cinq heures.

Côté Samu, aucun véhicule n’étant disponible, 26 demandes étaient en souffrance. Les personnes qui, ce soir-là, ont appelé le 15 ont dû attendre trois ou quatre minutes avant d’avoir quelqu’un au téléphone.

Réponse de la direction face à cette soirée chaotique : « La situation ne relève pas d’un danger grave et imminent. » On est rassuré !

La crise est telle que les pompiers ont décidé de facturer leur temps d’attente à l’avenir. Sur une année, plus de 800 véhicules rouges ont dû prendre leur mal en patience pendant plus d’une heure devant l’entrée des urgences.

La direction de l’hôpital tient à rassurer « Le Canard » « La couverture des besoins en ressources humaines est en cours de complétude, même si le besoin en ressources médicales demeure important. »

Si la « complétude » est en cours, alors…

Le syndicat FO a déposé le 11 décembre 2023 un signalement au procureur de la République pour non-assistance à personne en danger. Le syndicat espère ainsi créer d’urgence un « électrochoc ».


Article signé des initiales L. C. Le Canard enchaîné. 13/12/2023


2 réflexions sur “L’hôpital soigne ses lanceurs d’alerte

  1. raannemari 20/12/2023 / 19h42

    Et ça se passe dans la 5ème « puissance » mondiale !

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