Bravo macrounet, pardon Mr Macrounet !

Un retour à la maison qui turbine à 1,2 milliard, soit deux fois plus cher que le prix de vente…

La France va remettre la main sur les fameuses turbines nucléaires (réputées être les meilleures du monde) que de tristes irresponsables avaient cédées à l’Américain Général Electric en 2015. C’est EDF qui va racheter ces merveilles aux Ricains, et pour pas abordable, paraît-il ! Un triomphe industriel ?

Un tour de passe-passe pas très reluisant, plutôt.

Le 10 février 2022, lors de la visite de Macron à l’usine de Belfort, où il est venu annoncer la bonne nouvelle, le vieux souverainiste Jean-Pierre Chevènement a tenu à venir féliciter en personne le Président d’avoir « mouillé sa chemise ».

Les communicants de l’Élysée, eux, ne se lassaient pas de le distiller : EDF va payer les turbines Arabelle bien moins cher qu’Alstom ne les avait vendues, sept ans auparavant.

Las ! la fable est trop belle : c’est une boîte au périmètre considérablement réduit qui va revenir dans le giron français. Sans compter qu’en fait de culbute le rachat s’avère deux fois plus élevé que le prix de vente !

Mais, au fait, qui les avait vendues, ces fameuses turbines ?

« J’étais un collaborateur quand ça s’est fait », a affirmé le Président Macron aux ouvriers d’Alstom. Émouvant.

Ce collaborateur était tout de même ministre de l’Économie au moment de la vente, à la fin de 2014. Et ce sous-fifre s’intéressait si peu à la chose que, deux ans plus tôt, secrétaire général adjoint de l’Élysée, il avait mandaté secrètement le cabinet américain A.T. Kearney pour (déjà) étudier la vente d’Alstom à GE. Tout ça dans le dos du ministre de l’Économie, Arnaud Montebourg, sans parler du président Hollande, pas plus informé.

Et si, au moins, c’était une bonne affaire ?

Même pas en rêve !

Plusieurs sources l’ont confirmé au « Canard » : EDF va débourser plus de 1 milliard d’euros dans l’opération (bien plus que les 240 millions évoqués dans la presse via certaines fuites bien intentionnées).

À noter : ni EDF, ni Alstom, ni Général Electric (et encore moins Bercy) n’ont laissé filtrer de chiffres sur le montant de l’opération. « Les conditions financières de la transaction n’ont pas été précisées », indique curieusement le communiqué commun EDF-GE du 10 janvier. Officiellement, parce que le contrat ne sera pas signé avant un an.

On en est pour l’instant à un protocole d’accord, à propos duquel tous les intervenants (y compris les délégués salariés d’EDF et de GE) ont signé une stricte clause de confidentialité.

Ce secret protège aussi un tour d’escamotage pas très avouable. EDF fait mine de croire que l’entreprise dispose de près de 800 millions de trésorerie qui viennent en déduction du prix de vente. Or il s’agit, en fait, d’acomptes versés par les clients sur les contrats qu’ils ont signés.

Le chiffre d’affaires, dans les années à venir, sera donc réduit d’autant.

Pour tout arranger, EDF devra aussi reprendre une dette de 65 millions d’euros de GE. A l’arrivée, c’est bel et bien un chèque de 1,2 milliard de dollars (1,050 milliard d’euros) que l’électricien va signer pour racheter à GE ce qui lui avait été vendu 585 millions d’euros sept ans plus tôt. Près d’un demi-milliard de perte, donc.

Et ce n’est pas fini.

Car la boîte que rachète EDF a été singulièrement rétrécie (d’environ un quart, selon les estimations) par rapport à celle qu’avait vendue Alstom. GE, en effet, a exigé de garder la construction des turbines Arabelle sur son continent : aux États-Unis, où les projets nucléaires sont nombreux, mais également au Canada et en Amérique centrale et du Sud.

GE conservera également (et dans le monde entier) la maintenance des turbines des centrales à charbon. Un marché juteux : ce combustible assure encore le tiers de la production d’énergie dans le monde et, à en croire l’Agence internationale de l’énergie, son déclin n’est pas à l’ordre du jour.

Racheter presque deux fois plus cher une boîte diminuée d’un quart : le patriotisme (électoral) est devenu hors de prix.


Hervé Martin. Le Canard Enchainé. 16/02/2022


Dessin d’Aurel. Le Canard Enchainé – 16/02/2022.

5 réflexions sur “Bravo macrounet, pardon Mr Macrounet !

  1. bernarddominik 25/02/2022 / 8h08

    Macron est un incompétent notoire que les médias nous présentent comme le seul capable de faire face aux événements actuels. Honteux

    • Alain 05/03/2022 / 0h43

      Quand on sait :
      1) comment il a joué le traître avec la cession du journal Le Monde… Quitte à se planquer lamentablement au dernier étage
      2) Qu’il a trahi (encore) son patron Montebourg.
      3) Qu’il a trahi (encore et encore) « son » Président de la République.
      Etc./etc
      Et qu’en plus le candidat avait et à toujours son emblème favorite … « En même temps »

      Et qu’en conclusion tous les médias lui ont servi la soupe et ne l’ont jamais (au grand jamais) interrogé ni même parlé de ces sujets qui fâchent ni fait de commentaires sur son caractère (revoir l’interview de M Minc sur lui (…) Vraiment moche le caractère !

      Alors, il ne faut pas s’étonner que les Français aient voté et voteront encore pour lui.
      Avez-vous noté  ? Aujourd’hui plus qu’hier la soupe est servie !

      • Libres jugements 05/03/2022 / 9h31

        Bonjour Alain et merci d’avoir apporté un commentaire à cet article
        Cordialement
        Michel

  2. jjbadeigtsorangefr 25/02/2022 / 17h52

    Faire des affaires est le jeu de monopoly préféré des tenants du système, de ceux qui l’animent. C’est toujours le même scénario: tu vends à perte un bien de l’état à des « partenaires » et tu le rachètes quelque temps plus tard.
    Si tu n’as pas fait la culbute, c’est que tu n’es pas doué. Et même si tu n’es pas doué, tu fais la culbute quand même. Les poches du contribuable sont à portée alors pourquoi se priver. Il y a aussi les partenariats publique/privé, c’est un autre sport, mais tout aussi rentable…

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