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« Mon rôle n’est pas de me précipiter, de participer à toutes les réactions », a dit Macron, lundi, en Lituanie.

Il répondait, un rien agacé, à une question sur son étonnant mutisme médiatique après l’attentat de vendredi dernier devant les anciens locaux de « Charlie ». S’il ne s’est effectivement pas « précipité » sur les micros, ce n’est pas le cas de ses détracteurs.

Eux n’ont pas laissé passer l’occasion, non seulement de dénoncer son silence, mais, de Le Pen à Valls et de Hollande à Ciotti via Jacob et Retailleau, de canonner, c’est selon, son « relâchement » sur le terrorisme ou son « inaction ».

Les apparences d’unanimisme politique sur le sujet au lendemain de la tuerie de 2015 ne sont plus d’actualité à l’heure du procès et de ce nouvel attentat, qui vient rappeler que la menace terroriste n’appartient pas au passé. Mais, à dix-huit mois de la présidentielle, le populisme sécuritaire est évidemment de saison, comme toujours en période d’élection.

Au-delà des accusations surjouées de « laxisme » de ses adversaires, grand classique du genre en pareille situation, il n’en reste pas moins que la parole présidentielle est très attendue sur la question.

Pas une « réaction » de plus, mais son discours annoncé et plusieurs fois reporté sur ce que, avec une pudeur lexicale appuyée, il nomme « les séparatismes », terme générique pour ne pas avoir l’air de parler de l’islamisme en particulier.

Ce sera, sauf nouveau report, ce vendredi [02 oct. 2020]. Et, si Macron sera écouté avec attention, c’est d’abord parce que sa vision du problème a connu une sérieuse inflexion.

Le candidat, qui, en campagne en 2016, martelait : « En France, aucune religion n’est un problème », n’a pas tardé, une fois aux affaires, à devoir réviser sa position. Et à trouver que le dévoiement de certaines de ces religions, et notamment de l’une d’elles, pouvait poser de sérieux et sanglants problèmes.

Comme à Trèbes, en 2018, ou peu après, au coeur même de la Préfecture de police de Paris.

 Deux attentats meurtriers qui lui firent abandonner les circonlocutions et évoquer les « idéologies mortifères » de l’ « hydre islamiste ». Le discours du Panthéon, le 4 septembre dernier, sur « ceux qui, souvent au nom d’un dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe », était plus feutré.

Compte tenu du contexte précité, ce ne sera bien sûr sans doute pas le cas de l’allocution qu’il s’apprête à prononcer.

  • Même s’il parlera du projet d’une nouvelle loi sur les séparatismes qui sera présentée par les ministres Darmanin et Schiappa pour être, en principe, votée au premier trimestre 2021.
  • Et, même s’il entend évoquer d’autres séparatismes, d’autres intégrismes, voire les suprémacistes blancs, c’est bien l’islamisme radical, fauteur de terrorisme, qu’il devra explicitement désigner. « Le président de la République n’a pas vocation à commenter mais à agir », a encore dit l’intéressé.

Fût-ce sans vouloir « se précipiter », il va devoir pourtant sans tarder faire les deux en même temps.


Éditorial du Canard enchaîné du 30/09/2020. Erik Emptaz