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À celles et ceux qui malgré un enseignement public chaotique réussissent à poursuivre leurs études déjouant les pièges de la volonté gouvernementale et du MEDEF plus intéressés à recruter des salariés sans diplôme, précarisés et pour des sommes modiques, force est de constater le délaissement du-des gouvernement-s plutôt que former l’élite encadrante de demain.


Ce constat amène bon nombre à s’engager dans des universités à l’étranger. Ainsi dans quelques années sera constatée la fuite de ce que l’on appelle les cerveaux provoquant ainsi la perte de la recherche innovation française dans tous les domaines pourtant si nécessaire pour l’épanouissement des entreprises, accélérant la délocalisation d’un savoir-faire. MC


L’horizon des jeunes se bouche dans nombre de filières : tourisme, hôtellerie, secteur aérien… Pour éviter l’afflux à Pôle emploi, le gouvernement les encourage à prolonger les études.

Juliette Carré a 20 ans. […] Avec sa formation en montage audiovisuel, elle n’avait pourtant pas choisi la voie la plus embouteillée. Et sa première année de BTS s’est bien passée. Mais la crise sanitaire a brisé les certitudes les plus solides. « Tout s’est bouché depuis le confinement, même le baby-sitting! Je cherche une alternance depuis le mois de mars. Après octobre, ce sera trop tard pour pouvoir m’inscrire en deuxième année de BTS. Si je ne trouve rien, je tenterai de me servir de ma première année pour décrocher un job. Et si cela ne fonctionne pas, j’essayerai vendeuse. »

Simon T., lui, a 25 ans, et vient d’en passer six aux États-Unis. Après des études de cinéma à Lyon, il avait été embauché par un club de foot new-yorkais. Il y a réalisé un film, avant de reprendre un master consacré à l’écriture documentaire. « Je suis rentré en France au mois de mars et aujourd’hui, j’ai beau avoir un visa étudiant je n’ai pas le droit de repartir là-bas car les cours sont dispensés en ligne. Je ne vais plus pouvoir payer l’appartement que j’y ai gardé. Je cherche un travail à Paris en attendant le retour à la normale, mais ma vie n’est pas en France ! »

Dans le tourisme, une “hécatombe”

Étrange rentrée. Des centaines d’étudiants font une croix sur leur année d’ Erasmus à l’étranger. D’autres envisagent de changer d’orientation. […] « L’État est présent au côté de la filière apprentissage avec des aides exceptionnelles, mais il faut les pérenniser, au moins sur des secteurs très touchés comme le tourisme et l’hôtellerie. »

On pourrait ajouter le secteur aérien. À 23 ans, Isabella Lopes vient de terminer sa formation d’hôtesse de l’air après un lourd investissement financier (2500 euros), personnel (voyages en Angleterre) et intellectuel (un examen d’anglais). « La conjoncture nous contraint à revoir nos besoins à la baisse », a répondu Air France à sa demande d’alternance, comme d’autres compagnies aériennes. Faute d’expérience dans les deux ans, son diplôme sera invalidé. […]

À l’image de Mathilde Luciani, étudiante en marketing qui avait déniché un stage de fin d’étude chez Boucheron. Il devait débuter le 15 mars… une mauvaise date : « On avait prévu de se recontacter un mois plus tard mais évidemment, tout a été annulé. […] »

Des étudiants dans la dèche

[…] « Nous offrons aux jeunes la possibilité de reporter leurs stages, ou de faire six mois de plus sous statut étudiant pour renforcer leurs compétences », explique Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, interrogée par Télérama. « De façon générale, nous encourageons les prolongations d’études : entamer une licence pro quand on a un bac+2, un master quand on termine une licence, une sixième année de spécialisation après son diplôme d’ingénieur… L’idée est de ne pas avoir, comme chaque année en septembre, une arrivée massive de diplômés sur le marché du travail. »

L’arrivée massive cette année, c’est plutôt celle des étudiants dans les amphis, accentuée par le taux exceptionnel de réussite au bac (95,7%). Ce qui pose d’autres problèmes, à commencer par le logement. « À Angers, on comptait 301 demandes sans réponse début septembre. Beaucoup de jeunes sont à la rue », alerte Paul Mayaux, vice-président en charge des affaires sociales de la Fage, la Fédération des associations générales étudiantes. […]

Si le gouvernement réaffirme son engagement de créer 60000 logements étudiants sur le quinquennat, 30000 seulement sont en cours de construction. L’autre moitié est retardée par des problèmes fonciers ou un manque de volonté des maires. Le temps presse.

Et une fois un logement trouvé, il reste à en payer le loyer ; ce n’est pas toujours possible sans un job d’appoint. Un peu moins de la moitié des étudiants exerçaient une activité professionnelle avant le confinement – 42% d’entre eux l’ont vue réduite partiellement, et 14% définitivement, selon une enquête d’Ipsos commandée par la Fage. Hôtellerie, restauration, commerce, culture : dans tous ces secteurs, on embauche bien moins qu’auparavant.

David Pons, étudiant de 24 ans aux Beaux-Arts de Valence, a perdu ses deux petits boulots, dans un fast-food et un cinéma. Ils constituaient ses seules ressources, en plus d’une bourse de 102 euros. […]

David a refusé l’aide alimentaire proposée par une association. En avril, ce type de recours avait sauvé Amiel de la faim. Après la perte de son travail d’aide à la personne, cette étudiante en santé publique à l’université Lyon-II, a consacré tout l’argent qu’il lui restait à conserver sa place dans une cité universitaire. « Mon oncle et ma tante sont morts du Covid, j’ai eu du mal à assumer mon loyer et celui de ma sœur, étudiante à Saint-Étienne. Elle a été sauvée de l’expulsion de sa résidence universitaire grâce à « Madame Catherine » qui a réglé ses deux mois de retard.

Amiel Céleste fait partie des 1878 étudiants qui ont fait appel à Solidarité étudiante, collectif lyonnais cofondé par « Madame Catherine ». « J’ai livré des repas à des gamins qui tremblaient de faim parce qu’ils n’avaient pas mangé depuis trois ou quatre jours. C’était d’une violence inouïe », raconte celle qui se nomme Catherine Fillon, et enseigne l’histoire du droit à l’université Lyon-III.

Le collectif a cessé son activité faute d’espaces de stockage, mais la situation « ahurissante » que ses bénévoles ont constaté ces derniers mois n’avait rien de passager. En 2015 déjà, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) estimait que 19,1% des étudiants, toutes sections confondues, vivaient sous le seuil de pauvreté.

[…]

Se débrouiller tout seul, et comme on peut : un symptôme de l’isolement des étudiants, vieux problème que les événements récents auront aussi accentué.


Michel Bezbakh. Télérama. Titre original : « Rentrée étudiante : la fac en attendant le chômage ? » Source (Extrait)