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Sur la scène de la grande salle attenante au stade Ernest-Wallon, à Toulouse, l’un des fiefs du poing et de la rose, Olivier Faure et Claire Nouvian ont pris le micro. Et l’étrange duo constitué par le si sérieux numéro un socialiste et la présidente fantasque de l’ONG Bloom semble presque amusé d’être ensemble devant un parterre de sympathisants socialistes.

Le tandem, tout comme celui que M. Faure forme avec la tête de liste Raphaël Glucksmann, est un peu à l’image de la ligne que tente d’imposer le premier secrétaire à son parti depuis qu’il en a pris les rênes en avril 2018. Une alliance détonante voulue et assumée qui fait s’étrangler une partie des « éléphants » socialistes.

Derrière cette tête de liste concédée à un membre de la société civile, ils ont bien compris qu’il y a plus qu’un court moment de campagne. « Effacement du PS » « dilution des valeurs socialistes », «  saut dans l’inconnu », les critiques fusent depuis le vote interne qui a offert 50 % des places sur la liste commune aux alliés du moment.

Le PS se serait bradé, et son patrimoine politique avec, en se donnant ainsi au premier venu.

Les premiers pas balbutiants de l’essayiste dans les médias comme sa prestation en meeting à Toulouse avec sa fraîcheur revendiquée – « Je n’arrive pas à dire « votez pour moi” », avouait-il – en ont désarçonné plus d’un.

Mais derrière cet affrontement interne par petites phrases assassines, la bataille s’est engagée pour savoir quelle stratégie déployer pour la social-démocratie au lendemain d’une élection présidentielle qui l’a vue éliminée dès le premier tour.

Danger de la marginalisation

Jusqu’alors, les cadres de la rue Solférino s’interrogeaient peu sur la méthode. Dans un système avec deux camps, la gauche et la droite alternant au pouvoir, il suffisait de ripoliner un peu le programme, de sortir quelques ateliers de refondation et réunions d’intellectuels, et de s’appuyer sur le maillage du territoire par les élus locaux pour espérer revenir sur le ring.

Mais avec un parti tombé à 6 % des votes lors de l’élection reine de la Ve République, tout l’édifice s’est fissuré : le PS s’est fait souffler la première place par La France insoumise et ne peut plus prétendre être au centre du jeu à gauche. Le danger de la marginalisation pointe désormais son nez.

C’est cette donnée essentielle qu’Olivier Faure a comprise quand il parle de « renaissance ». Le mot a son importance : il se veut un renouvellement du logiciel social-démocrate par l’écologie sur le fond et une stratégie d’alliances prenant acte que le PS ne peut plus partir à la bataille seul.

[…] Le désaveu subi à la présidentielle et la vague macroniste ont […] ébranlé les certitudes mais ils sont encore nombreux à penser que le balancier va revenir vers la gauche. Et que le parti, seul, pourra de nouveau espérer revenir au centre du jeu.

Il faudrait pour cela réfléchir à une nouvelle offre avec deux ou trois priorités, marqueurs du progrès cher à la gauche. Et, entretenir l’attente autour d’un homme. […]


Sylvia Zappi. Le Monde. Titre original : « L’ombre pesante des « éléphants » du Parti socialiste ». Source (extrait)