R. Glucksmann – Place Publique !

Ce 29 janvier, une foule encapuchonnée et grelottante, alors que la nuit est tombée et que la température frôle péniblement les 3 °C, espèrent pénétrer à l’intérieur de l’Élysée Montmartre. C’est dans cette célèbre salle de spectacle parisienne que se tient le premier grand meeting du mouvement Place publique, fondé par Raphaël Glucksmann. Après quelques minutes, le couperet tombe : ils devront rebrousser chemin, la salle est déjà pleine à craquer.

Lire la suite

Darmanin, la voix (trafiquée) de son maître

On aimerait arrêter de tirer sur l’ambulance Sarkozy, mais celle-ci, avouez-le, ne cesse de rouler sur les trottoirs, de se cogner dans les murs ou de griller les feux.

Lire la suite

La télé des orientés

En une décennie, «  On n’est pas couché » (ONPC) est devenu l’épicentre de la scène politico-médiatique. Une arène hétéroclite où se mêlent experts en dérision, « nouveaux réacs » et philosophes vedettes.

Chaque jeudi, en fin d’après-midi, Catherine Barma s’installe en régie pour suivre le long enregistrement de l’émission  » On n’est pas couché « .Il faut tenir trois à quatre heures, les yeux rivés sur l’écran où Laurent Ruquier, sourire accroché au visage, reçoit dans un décor clinquant figurant une arène artistes en promo, essayistes à la mode et politiques en vue.

En neuf ans, la grande prêtresse des samedis soirs sur France 2 et son animateur vedette ont fait de ce rendez-vous hebdomadaire le point de rencontre de ceux qui viennent dérouler  » leur actualité « , comme disent les attachés de presse, et l’épicentre de tous les débats politiques en France. Catherine Barma, mince silhouette blonde mais gros carnet d’adresses de la vie parisienne, en a choisi soigneusement chaque invité. Pour parler de cette autodidacte mais fille d’un ancien de l’ORTF, c’est toujours la même phrase qui revient à son sujet :  » Elle a du flair. «  Une qualité qui, à la télé, vaut davantage que tous les savoirs.

La productrice n’a pas son pareil, en effet, pour renifler l’air du temps. Orchestrer des polémiques dont jamais, de sa régie, elle ne coupe le moindre mot. Et faire de ces  » anti-système « , toujours prompts à protester qu’on les bâillonne, les nouveaux hérauts des plateaux télé.  » Ce n’est pas une émission facile à faire, dit-elle pour répondre aux critiques qui pleuvent depuis la rentrée. Et parfois nous avons l’impression qu’elle nous dépasse. Mais ce n’est pas nous qui avons changé, c’est la société.  »

En près d’une décennie, Catherine Barma, qui assure se situer pour sa part  » plutôt dans la tendance Valls et Macron « , a ainsi accompagné –  » caricaturé plutôt « , accusent ses détracteurs – les soubresauts d’une scène politique brouillée où grandes gueules de gauche et  » nouveaux réacs «  de droite, philosophes médiatiques et experts en dérision tiennent avec aplomb le haut du pavé.

Le phénomène Zemmour ? Elle y a contribué, propulsant à l’antenne cinq années durant le journaliste du Figaro magazine après l’avoir repéré chez un autre de ses animateurs fétiches, Thierry Ardisson. Nadine Morano, invitée cinq fois jusqu’à cette émission du 27 septembre qui a tant fait débat après que l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy y a évoqué  » la France, pays de race blanche «  ? Encore elle… On s’émeut d’entendre de tels mots sur une chaîne de service public ? La voilà qui soupire :  » En 1 heure 11 d’interview, les gens ont le temps de se révéler…  »  » Impression de déséquilibre «  François Fillon et Nicolas Sarkozy peuvent bien affirmer qu’ils ne mettront jamais les pieds dans cette agora où Laurent Ruquier, l’animateur vedette de l’émission, semble rire de tout sous les applaudissements d’un public venu comme au spectacle.

Rares sont ceux qui résistent à cette caisse de résonance sans équivalent à la télévision française. Les éditeurs courtisent Barma, les journalistes la ménagent, la plupart des élus rêvent qu’elle les appelle. Chacun sait trop combien l’émission peut gonfler les ventes d’un livre, remplir une salle de théâtre ou fournir un public d’électeurs potentiels qu’aucun meeting n’égalera.

Depuis un mois, pourtant, quelque chose paraît avoir changé. Sur Twitter a fleuri un nouvel hashtag :  » Boycott ONPC « . Des communicants recommandent tout haut aux politiques de ne plus aller dans l’émission. Laurent Ruquier et Catherine Barma sont sur la défensive. Jamais, depuis sa création le 16 septembre 2006, France 2 ne s’est vraiment mêlée du contenu de l’émission.  » Avec 25 % de parts d’audience, un million cinq cent mille spectateurs en moyenne chaque samedi soir et des centaines de milliers de spectateurs en replay, c’est une chambre protégée « , reconnaît-on au sein de la direction du groupe audiovisuel public.

Mais au surlendemain de la diffusion de l’entretien de Nadine Morano, le nouveau directeur de France 2, Vincent Meslet, a donné rendez-vous à Catherine Barma pour un café, puis déjeuné avec Laurent Ruquier. Il s’inquiétait de  » l’impression de déséquilibre «  créée par la présence concomitante de la candidate aux primaires du parti Les Républicains et de Geoffroy Lejeune, disciple du maurrassien Patrick Buisson, rédacteur en chef à Valeurs actuelles et auteur d’une fiction, Une élection ordinaire, publiée par les sulfureuses éditions Ring, mettant en scène l’accession d’Éric Zemmour… à la présidence de la République.

 » Dans un contexte où la parole s’est désinhibée à droite, il faut trouver des invités susceptibles de porter la contradiction « , a recommandé Vincent Meslet. Mais la nouvelle direction de France Télévisions, réputée proche de François Hollande, n’a pas trouvé la parade. La chaîne continue pourtant de faire figurer  » ONPC « dans sa case  » divertissements « . Faisant mine d’ignorer le statut de ce talk-show que la journaliste Léa Salamé, recrutée en 2014 par le tandem Barma-Ruquier, qualifie pourtant sans hésiter de  » seul lieu de débat idéologique en France « .  » Idéologique, oui, parce qu’avec Éric Naulleau, nous l’avons voulu ainsi ! « , revendique Éric Zemmour, dont l’ombre continue de planer dans la mémoire du public d’ » ONPC « .

L’ancien polémiste vedette a toujours théorisé sans détours son influence supposée sur la tournure qu’a très vite prise l’émission.  » En arrivant en 2006, je me suis rendu compte que c’était les émissions de divertissement qui étaient les plus idéologiquement orientées, assure ce lecteur de Gramsci. Les invités politiques étaient les prétextes à imposer l’idéologie dominante, dont les chanteurs, les acteurs, les artistes étaient les véritables porte-voix. Alors, délibérément, j’ai choisi de la retourner et, plutôt que de les interroger comme un journaliste, de débattre avec eux.  » Un Etat dans l’Etat «  Quelle est votre question ?  » Dans les premières émissions, toujours visibles sur le Net, on peut encore entendre Laurent Ruquier interroger Zemmour avec un rire inquiet.

 » Mais il n’y avait pas de question ! affirme l’auteur du Suicide français (Albin Michel, 2014). Chevènement, Mélenchon, Taubira ferraillaient et les autres perdaient pied. «  Malgré la défection de nombre d’artistes, effrayés par ce plateau transformé en prétoire, la culture du buzz et du clash s’étend à l’ensemble de l’émission, bientôt relayée sur le Web par France Télévisions elle-même, en best-of d’une à deux minutes.  » Barma et Ruquier ont mis du temps à comprendre ce que je faisais, s’amuse encore ce dynamiteur autoproclamé. Ils sont les chantres de l’idéologie dominante mais ils ne croient pas qu’ils font de l’idéologie. Ensuite, ils ont été contents de faire de l’audience… « 

Son compère Éric Naulleau, autre trouvaille de Barma, est à peine moins péremptoire :  » Nous étions un peu un Etat dans l’Etat, une dimension parallèle de l’émission. Barma croyait avoir engagé Simon and Garfunkel, elle s’est retrouvée avec les Sex Pistols ! «  Bal des ego Seulement Éric Zemmour – «  cet intellectuel conservateur mais pas réac « , a longtemps assuré la productrice Barma – se met à glisser dangereusement. Dans  » Salut les Terriens « , l’émission d’Ardisson diffusée sur Canal+,  » Zemmour 2  » comme elle l’appelle aujourd’hui pour signifier qu’elle ignorait cet autre visage, affirme en 2010 que  » la plupart des trafiquants sont noirs ou arabes « . Il récidive quelques semaines plus tard. Sur les plateaux d’ » On n’est pas couché « ,  » Éric «  est parfois sifflé mais lorsque l’émission s’achève, une partie du public vient lui faire signer des autographes.

Laurent Ruquier, qui a refusé haut et fort jusqu’ici de recevoir Marine Le Pen, peut bien se dédouaner derrière ses blagues, il ne sait plus justifier la présence à ses côtés de ce journaliste dont les positions ne dépareraient pas au Front national. La présidentielle approche, il faut s’en séparer. Mais le pli politique est pris. La productrice et l’animateur, qui cherchent un nouveau tandem, sollicitent le philosophe Michel Onfray et le journaliste de RMC Jean-Jacques Bourdin. Onfray  » nous connaît, nous fait confiance et nous aime « , assure Catherine Barma. Le créateur de l’Université populaire de Caen refuse pour raison familiale. Bourdin sans Onfray est moins enthousiaste.

La productrice lors d’un déjeuner l’a averti : il faudra sourire aux plaisanteries de Ruquier et il  » ne se voit pas rire sur commande « , dit-il aujourd’hui. Face au refus des deux hommes, on opte pour deux femmes. Barma a repéré dans  » Ce soir (ou jamais !) « , présentée par Frédéric Taddeï, une jeune spécialiste de l’éducation au Figaro qui revendique son  » souverainisme et assume un journalisme d’opinion « . Natacha Polony,  » chevènementiste, réactionnaire de gauche et républicaine «  comme elle se définit elle-même, prendra la place de Zemmour. Pour figurer la gauche, la production choisit Audrey Pulvar, alors compagne du député socialiste Arnaud Montebourg. L’émission connaît un creux d’audience. Le public raffole des polémistes mais déteste les connivences officialisées.

Le succès revient en 2012 cependant en appariant cette fois Natacha Polony à Aymeric Caron, malgré leur détestation mutuelle. Le tandem dure deux ans, droite contre gauche et bal des ego. Régulièrement, cependant,  » ONPC « est accusé d’inviter tout ce que le monde médiatique compte d’antieuropéens et de déclinistes. C’est aussi pour calmer ces critiques qu’après avoir accompagné le dynamitage du clivage gauche/droite et l’essor des anti-modernes, Catherine Barma et Laurent Ruquier ont engagé un duo de débatteurs plus flou politiquement, formé par Léa Salamé et Yann Moix.

Mais c’est le piège des jeux du cirque :  » ONPC «  ne marche pas s’il est aseptisé. Il faut pour la rentrée que Michel Houellebecq règle ses comptes avec les enquêtes du Monde, que Michel Onfray déboulonne  » la gauche donneuse de leçon « , que Nadine Morano dévide ses préjugés et qu’Alain Finkielkraut la défende.  » Avant, les invités bien-pensants étaient confrontés aux chroniqueurs mal-pensants. Maintenant, c’est le contraire, triomphe Zemmour. La production est obligée de faire porter la mal-pensance par ses invités ! « 

Dans le grand maelström des idées confuses,  » ONPC  » subsiste presque seule sur le terrain des talk-shows politiques, avec ses débats à l’emporte-pièce et ses rires sans mordant. Suivant le mot du philosophe Nietzsche,  » malheur à moi, je suis nuance « , les penseurs de la complexité, les modérés, et plus généralement les universitaires, les entrepreneurs, toute une partie du tissu social s’est exclue de ce miroir déformant de la société. On ne les invite pas, ils ne veulent pas y aller.

 » Le résultat est que les gens croient se vider la tête, mais en fait ils se la remplissent, remarque la sémiologue Mariette Darrigrand. Ce n’est pas une propagande mécaniste, mais cela organise leur vision du monde. «  Sur les réseaux sociaux, un temps accusé de gauchisme, Laurent Ruquier est maintenant soupçonné de faire le lit de l’extrême droite.  » Beaucoup d’animateurs invitent le FN parce qu’ils ont peur de se couper des 20 % à 25 % des électeurs qui votent pour lui, pas moi « , se défend-il. Puis, pour couper court aux attaques, s’évade d’une pirouette :  » Je me pose vraiment des questions sur l’année prochaine, avec l’élection présidentielle qui arrive. Je ne suis pas sûr d’avoir envie de mettre le nez dans ce merdier. « 

Bacqué Raphaëlle, Le Monde – Source

A propos de l’émission ONPC

Ce n’est pas que je voulais suivre « Yann Moix, tête à tacles (comme dit un article de l’hebdo Politis) », l’écrivain qui a débarqué dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », voir … Lire la suite

Télé-révision

Cet article m’avais échappé, il est pourtant d’importance sur une réflexion concernant le rôle, la puissance, la nuisance des médias de toutes formes. MC Lire la suite