« On va faire quoi ?…

… Laisser ces gens crever la gueule ouverte ? » 

[…] Dans sa croisade pour réaliser 5,5 milliards d’euros d’économies sur la santé en 2026, François Bayrou a martelé que plus de 50 % des arrêts longs n’étaient pas justifiés, antienne reprise quelques jours plus tard par Catherine Vautrin, la ministre de la Santé.

En réalité, comme l’a révélé APM News (agence de presse médicale), relayée par Libération, seuls 18 585 arrêts ont été contrôlés, bien loin des 9 millions d’arrêts de travail prescrits chaque année. Sur ces 54 % d’arrêts soupçonnés d’être de complaisance, seuls 12 % ont été considérés comme infondés et ont conduit le médecin-conseil à acter une reprise du travail. Les 42 % restants « ne relevaient plus de l’arrêt de travail, mais d’une pension d’invalidité ».

Rien à voir, donc, avec un phénomène généralisé de fraude à l’assurance-maladie.

  • Obsession du gouvernement

Cette manipulation statistique a fait bondir les généralistes. « Ces déclarations culpabilisantes pour les patients ne sont pas sérieuses, dénonce Jean-Christophe Nogrette, généraliste, secrétaire général adjoint de MG France (syndicat de médecins généralistes), qui est monté au créneau comme nombre de ses confrères.
On parle ici de personnes en situation d’invalidité, ce qui ne dépend pas du généraliste qui prescrit l’arrêt, mais du médecin-conseil de la Sécu. Si les arrêts peuvent parfois s’étirer, c’est d’ailleurs parce que nous n’avons pas accès rapidement à eux comme ils sont en pénurie ! En Ardèche, par exemple, il n’y a plus du tout de médecin-conseil. De mon côté, si j’ai affaire à un maçon qui ne peut plus exercer et qu’on ne peut pas reclasser, je vais prolonger son arrêt. Une mise en invalidité trop rapide n’est pas non plus souhaitable pour le patient. C’est un processus qui prend du temps, après des mois de prise en charge, et entraîne une perte de revenus. »

Cette obsession du gouvernement est d’autant plus incompréhensible que l’assurance-maladie reconnaît elle-même que 60 % de la progression des indemnités journalières (en hausse en moyenne de 6 % par an entre 2019 et 2023) serait due à une augmentation et à un vieillissement de la population active mais aussi à la hausse des salaires. Le tout dans un contexte de recrudescence des maladies chroniques.

« Les patients ne choisissent pas d’avoir de plus en plus de troubles psychologiques, de diabète, d’hypertension… La Cnam reconnaît qu’il y a une évolution naturelle des dépenses de 10 milliards l’année prochaine. Pour réaliser les 5,5 milliards d’euros d’économies, on va faire quoi ? Laisser crever ces gens la gueule ouverte ? » s’énerve Jean-Christophe Nogrette.

  • « Notre quotidien est déjà une épreuve »

[…] Contrairement à ce que laisse entendre l’exécutif, le nombre de jours indemnisés n’est pas illimité. […] Lancée dans cette bataille, Catherine Vautrin a également évoqué la limitation des arrêts initiaux à quinze jours pour les généralistes et à un mois pour les hospitaliers, provoquant une levée de boucliers. « Une fracture, c’est minimum six semaines d’arrêt. Si cette personne doit revenir tous les quinze jours, alors que nous sommes déjà surchargés car trop peu nombreux, et repayer 30 euros remboursés par la Sécu : où est l’économie ? » s’interroge Fabienne Yvon, déléguée nationale chez MG France.

Même son de cloche chez les hospitaliers. « Si une personne a une entorse du genou, elle ne peut pas conduire avec une attelle et aura bien du mal à se rendre à un nouveau rendez-vous », ironise Jean-François Cibien, urgentiste au centre hospitalier d’Agen-Nérac (Lot-et-Garonne) et président d’Action praticiens hôpital (APH). […]

Si les médecins sont montés au front, c’est qu’ils ne supportent plus de voir le gouvernement occulter l’une des causes de la flambée des arrêts maladie : la souffrance professionnelle. L’assurance-maladie souligne que 40 % de la hausse des indemnités journalières s’explique par une augmentation des prescriptions et de la durée des arrêts. La Cnam estime qu’elle pourrait être en lien avec la dégradation des conditions de travail, notamment avec la hausse de la pénibilité et des risques psychosociaux. […]

Pour Maëlezig Bigi, sociologue au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), le fait que les gouvernements successifs se servent allègrement dans la caisse accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP) de la Sécu est assez révélateur de leur non-prise en compte de cette explosion des risques professionnels.


D’après un article de Cécile Rousseau Extraits.


Une réflexion sur “« On va faire quoi ?…

  1. bernarddominik 11/08/2025 / 15h35

    Dans les arrêts maladie il y a beaucoup de fraudes. Beaucoup considèrent ces arrêts comme un complément de congés, comme délégué syndical une des grandes question posée est « il me reste combien de congé maladie à prendre? ». J’ai connu des « invalides » jouant au tennis en bermuda à fleur, surpris de me rencontrer là. Aussi je ne crois pas que ce soit le rôle de la cpam de payer les arrêts maladie et les invalidités, mais aux complémentaires maladie, cotisation assurée partie par l’entreprise et partie par le salarié. D’ailleurs le plus surprenant est la répartition des congés maladie par secteur d’activité et par temps (pluie soleil) il y a moins de malades quand il pleut.

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