… sont/seront contents, les salariés : NON !
Travailler plus, payer plus, dépenser moins, percevoir moins…
« Nous sommes en danger gravissime » : le Premier ministre a choisi mardi la dramatisation pour présenter aux Français son plan d’économies de 43,8 milliards d’euros — les 40 milliards régulièrement évoqués afin de ramener le déficit de 5,4 % du produit intérieur brut (PIB) cette année à 4,6 % l’année prochaine, et les 3,5 milliards de dépenses supplémentaires en faveur de la défense.
Un plan « global » a souligné François Bayrou devant tout ou presque son gouvernement, et dans son dos le slogan « Le moment de vérité ».
Pâques au travail
Son plan est douloureux. Il enjoint d’abord à travailler plus, supprimant deux jours fériés : le lundi de Pâques et le 8-Mai. Il met à la négociation la « monétisation de la cinquième semaine de congés payés », en clair le rachat de ces congés comme existe déjà le rachat des RTT.
Les chômeurs aussi devront travailler plus, si l’on peut dire, après une nouvelle réforme négociée de l’assurance chômage visant à durcir l’accès aux allocations, mais également les conditions d’indemnisation des ruptures conventionnelles.
Les malades, enfin, travailleront davantage après la limitation des arrêts maladie. Le plan conduit à payer plus. Plus d’impôt sur le revenu et de CSG, par le jeu de « l’année blanche » sur les barèmes : les seuils ne bougent pas quand les salaires augmentent.
Plus d’impôt sur le revenu pour les retraités aisés, les 10 % d’abattement sur le revenu imposable étant remplacés par un forfait de 2000 euros par an pour tous.
Plus d’impôt avec une « contribution de solidarité » pour les riches (il évoque le seuil de 500 000 euros pour un ménage), et impôt minimal sur les très gros patrimoines.
Mais François Bayrou conteste que ces « mesures d’équité fiscale » soient des « hausses d’impôt ». Il renvoie d’ailleurs à plus tard une éventuelle hausse de la TVA, une « TVA sociale » prenant le relais des cotisations pour financer la Sécurité sociale. [ Ils – Bayrou, les ministres et surtout ce président – se fichent de nous par cette forme de communication consistant à envoyer des annonces réduisant le pouvoir d’achat et à annoncer le sourire aux lèvres que ces « mesures ne sont pas des hausses d’impôts ». Notez au passage que ce ne sont que des propositions – peut-être demain a minima – qui devraient/devront être validées par les chambres… à moins qu’un 49 machin… MC]
« Avec justesse et justice ? »
Le plan conduit à percevoir moins — c’est l’autre volet de « l’année blanche » qui gèle toutes les prestations sociales, dont les pensions de retraite, au lieu de les augmenter au rythme de l’inflation. Remboursements en baisse aussi pour les malades en affection longue durée.
En résumé, tout le monde devra dépenser moins — sauf, on l’a vu, le ministère de la Défense : l’État (10 milliards), qui supprimera 3000 postes de fonctionnaires en 2026, et doit se préparer à ne plus remplacer un fonctionnaire sur trois partant à la retraite ; la Sécurité sociale (5,5 milliards) ; les collectivités locales (5,3 milliards), appelées à ne pas augmenter cette année leurs dépenses plus vite que l’inflation.
Le plan est douloureux. L’est-il pour tout le monde ?
François Bayrou dit « agir avec justesse et justice ». Mais le grand absent de l’effort est le monde de l’entreprise. Le Premier ministre l’assume au nom de la « compétitivité », tout en promettant des économies sur les aides dont elles bénéficient (211 milliards, selon un rapport du Sénat), en contrepartie des simplifications qu’elles réclament.
La faiblesse de Mendès France
Le plan reste enfin flou sur bien des points. François Bayrou se dit ouvert à la discussion, mais affirme la « cohérence » de son plan et « l’obligation de résultat ». Et il semble parier davantage sur la compréhension des Français (« ils savent très bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas ») que sur la solidité de la majorité : il reconnaît que son plan, destiné à être présenté sous forme de projet de budget au Parlement, est « à la merci des oppositions autant que des doutes des soutiens » du gouvernement — et les premières réactions confortent sa prudence.
François Bayrou avait par avance vanté un « moment Mendès France ». Il a mardi [15/07/2025] voulu démontrer, notamment face aux impatiences du président de la République, que son obsession n’était pas de durer, mais d’agir. On retiendra cependant sa manière de qualifier l’étrangeté de la situation politique : « Une vie publique menacée de dissolution ».
Francis Brochet. Le Dauphiné. 16/007/2025
Quand on vit au dessus de ses moyens il y a un moment où le réajustement est douloureux. Et ce n’est que le début.