François Bayrou veut trouver de l’argent partout, sauf là où il y en a.
Dans ses annonces du 15 juillet, en effet, on trouve tout un tas de gadgets fiscaux, mais rien sur la taxation des produits du capital. Stéphane Ménia, professeur d’économie, nous explique pourquoi le gouvernement n’ose pas prononcer ces mots tabous : « taxation des dividendes ».
Charlie Hebdo : Dans les annonces de François Bayrou, rien sur la taxation des produits du capital. Comment expliquez-vous cet angle mort dans le plan budgétaire du Premier ministre ?
Stéphane Ménia : Depuis qu’il est président, Emmanuel Macron, fidèle à sa croyance en la politique de l’offre, refuse d’augmenter les impôts sur le capital. Aujourd’hui, après la dissolution, même s’il n’a plus les coudées franches, son « socle commun » demeure et conserve la même philosophie. François Bayrou, c’est Emmanuel Macron, et tous les ministres qui le soutiennent également…
Le gouvernement défend donc toujours l’idée qu’il faut maintenir une politique de l’offre, avec une fiscalité basse pour ne pas faire fuir les investisseurs.
Après, il faut savoir lire entre les lignes.
Si l’on regarde attentivement les mesures proposées – gel des pensions et fin de l’abattement de 10 % pour les retraités et prolongation de la contribution de solidarité pour les foyers aux revenus supérieurs à 250 000 euros par tête –, c’est en réalité une manière de taxer le capital.
Car plus les revenus d’une personne sont élevés, plus la part du capital dans ses revenus est importante. Taxer les hauts revenus, taxer leur patrimoine, revient donc à taxer davantage le capital.
Donc, plus les gens sont riches, plus leur richesse provient des dividendes engrangés par leurs placements. Pourquoi le gouvernement ne va-t-il pas chercher davantage cette fortune-là ?
C’est une question de philosophie politique. L’argument principal de Bayrou, c’est de dire : « On ne travaille pas assez en France. » Il a donc largement insisté sur l’augmentation du temps de travail – preuve en est : les deux jours fériés qu’il veut supprimer. Dès lors, il est assez logique qu’il ne parle pas du capital, puisque la question du temps de travail ne lui est pas directement liée. Bayrou a aussi proposé de réduire les aides aux entreprises contre des simplifications administratives, mais cela reste flou et non chiffré.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que François Bayrou, dans sa conférence de presse du mardi 15 juillet, ne s’adressait pas aux Français, mais aux marchés financiers. Le problème de la dette ne devient véritablement critique que lorsqu’on doit la renouveler sur les marchés financiers et que ces derniers estiment que le prêt est trop risqué, ce qui entraîne une hausse des taux d’intérêt.
Le message adressé aux investisseurs internationaux était le suivant : « Ne vous inquiétez pas, la dette française restera sous contrôle. Continuez à en acheter, il n’y a pas de risque. » Se positionner dans une logique de persécution du capital, ce ne serait pas forcément une bonne idée.
Comment taxer les hauts patrimoines, et combien cela nous rapporterait-il ?
À ce stade, la véritable question est celle de la taxe Zucman, que la gauche a réussi à faire passer à l’Assemblée, mais qui a été rejetée par le Sénat en juin. Cette taxe consisterait à prélever 2 % sur les hauts patrimoines, quels qu’ils soient, dès qu’ils dépassent les 100 millions d’euros. Ça ne concerne que 1 800 foyers en France.
Elle pourrait générer des recettes fiscales sans effet négatif majeur, car ses défenseurs estiment qu’à ce niveau l’exil fiscal resterait limité. Surtout, elle rapporterait entre 15 et 25 milliards d’euros de recettes.
Un tel dispositif serait, bien sûr, plus efficace appliqué à l’échelle internationale – on pense notamment à l’échelle de l’Union européenne. Mais c’est le genre d’idée qui met des décennies à aboutir, à infuser dans les cercles économiques et la classe politique.
Propos recueillis par Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo. 23/07/2025
Le bénéfice de l’entreprise, sur lequel dont distribués les dividendes, est taxé à 30%. Les dividendes (pour les français résidents en France) sont eux mêmes taxés à 30%. Ça fait donc au total 51% (30% des 70% restants). C’est plus que l’impôt sur le revenu qui est au maximum de 45%. En revanche les combines permettant d’échapper à l’impôt devraient être supprimées tout simplement en prélevant immédiatement les 30% dès la mise en paiement du coupon. Mais reste la vraie question: quel usage pour ces milliards prélevés par l’état.