Ingérer du plastoc !

Le congrès mondial contre la pollution plastique, qui s’est tenu en novembre dernier en Corée du Sud sous l’égide de l’ONU, a fait un gros flop. Les négociateurs des 175 pays qui avaient juré de réduire fissa la monstrueuse production de plastoc (460 millions de tonnes de déchets par an, qui souillent la planète) ne sont pas parvenus à se mettre d’accord.

Merci aux 220 lobbyistes dépêchés sur place par l’industrie pétrochimique.
Grâce à eux, on va continuer de becqueter toujours plus de ces débris microplastiques qui contaminent la chaîne alimentaire. Soit l’équivalent, pour chacun d’entre nous, d’une carte de crédit tous les deux mois (« Journal of Hazardous Materials », février 2021). Slurp !

Quelques semaines auparavant, les fabricants français de plastique ont réussi à faire annuler par le Conseil d’État un décret interdisant la vente au détail des fruits et légumes emballés dans du plastique. La promesse de Macron, qui avait déclaré en septembre 2021 : « Nous serons le premier pays à ne plus avoir de plastique autour de nos fruits et de nos légumes. », est donc encore ratée.

Cette « vraie révolution » devait permettre d’éliminer plus de 1 milliard d’emballages en plastique chaque année, ce qui représente un pas significatif vers la réduction de la pollution plastique et un effort important pour la durabilité environnementale. L’initiative visait à inciter les consommateurs et les détaillants à adopter des alternatives plus écologiques, contribuant à un avenir où les produits en plastique à usage unique deviendraient obsolètes.

Cependant, c’est la deuxième fois que Plastalliance, l’organisation qui défend les intérêts de 400 industriels tricolores, obtient du Conseil d’État l’annulation d’un décret censé bannir ce dérivé du pétrole des rayons fruits et légumes.
En 2022, la décision avait été justifiée par l’argument que la vente en vrac pourrait favoriser le « gaspillage alimentaire », un point qui suscite encore des débats dans les cercles économiques et écologiques. Loin d’être un sujet à prendre à la légère, cette question soulève des enjeux importants concernant la gestion des ressources et le comportement des consommateurs.

Cette fois-ci, l’argument avancé par Plastalliance est que le nouveau décret irait à l’encontre du droit européen, une assertion qui met en lumière la complexité des réglementations en matière d’emballages et de commerce au sein de l’Union européenne.
Les règles sur les emballages et les restrictions sur l’utilisation du plastique ne sont pas seulement une question de politique nationale, mais touchent également à des accords plus larges qui tentent d’harmoniser les pratiques au sein des pays membres.

Pour ajouter à cette problématique, Plastalliance estime que les décrets annulés ont causé un préjudice fort à certains de ses adhérents et prévoit de réclamer à l’État des indemnités de plusieurs millions d’euros.

Cette situation soulève des questions cruciales sur la nécessité d’une stratégie cohérente et équilibrée pour la transition vers des pratiques plus durables, sans négliger l’impact économique sur les entreprises qui dépendent encore du plastique pour leurs produits.

En fin de compte, cet affrontement entre intérêt industriel et protection environnementale illustre les défis auxquels notre société est confrontée dans la quête d’un avenir plus durable.

En attendant, la pollution due à l’emballage des fruits et légumes continuera d’augmenter la pollution des déchets plastiques générés par l’agriculture intensive : tuyaux d’irrigation, bâches pour le foin, cultures sous plastique et films de paillage.
Une étude récente de l’Ademe a montré que les trois quarts des sols agricoles français sont contaminés par des microplastiques.


Article composite et tenant compte de plusieurs avis MC


2 réflexions sur “Ingérer du plastoc !

  1. bernarddominik 29/01/2025 / 14h10

    Le conseil d’état est composé de hauts fonctionnaires très sensibles au lobbying. Ses décisions sont souvent injustifiées du point de vue juridique ou constitutionnel. C’est en réalité un garde fou du capitalisme. Comme le conseil constitutionnel d’ailleurs.

  2. bernarddominik 29/01/2025 / 14h12

    L’idée que la vente en vrac pourrait favoriser le gaspillage est absurde, c’est le contraire. En vrac, je peux acheter juste ce qu’il me faut.

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