… est-elle vraiment catastrophique ?
L’économiste Éric Heyer, directeur adjoint de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), n’est pas de ceux qui hurlent avec les loups libéraux. D’autant que la dette la plus grave n’est pas celle qu’on croit.
CHARLIE HEBDO : La dette publique de la France est énorme, mais vous êtes de ceux qu’estiment que la situation n’est pas désespérée. Pourquoi ?
Éric Heyer : Depuis 1960, la France n’a eu que 10 budgets à l’équilibre, les autres ayant été déficitaires. Ce sont ces déficits cumulés qui, année après année, forment la dette publique, qui tourne aujourd’hui aux alentours de 115 points de produit intérieur brut (PIB). En fait, quand on ne regarde que la dette en points de PIB, on ne considère que le passif, sans voir s’il y a des actifs en face. Un peu comme si, lorsqu’un couple s’endette pour acheter une maison, on lui disait : « Attention, vous êtes dans une situation catastrophique ! » Ce serait faux, bien sûr. D’une part, la banque leur prête de l’argent, d’autre part, en face, il y a un actif, leur maison, qui peut par ailleurs prendre de la valeur.
- La France est-elle dans la situation d’un ménage plutôt surendetté qu’endetté ?
Ça dépend de ce que l’on regarde. L’Insee, qui mesure les comptes du patrimoine des administrations publiques, recense plus d’actifs que de passifs. C’est l’une des raisons pour, lesquelles, malgré tout ce qu’on nous dit, les investisseurs financiers nous font encore confiance.
Si on comprend bien, la dette est la base du capitalisme, et le déficit budgétaire ne vous fait pas flipper…
Ce n’est pas ça qui me fait flipper. La vraie question, c’est : est-ce qu’on en a eu pour notre argent ? Autrement dit à quoi a servi l’endettement du pays ? Est-ce que ça a servi à nourrir la consommation – ce qui n’est pas une bonne façon d’utiliser la dette publique-ou bien est-ce que ça a permis à l’État d’investir dans un certain nombre d’infrastructures (hôpitaux, crèches, écoles…), d’avoir des participations financières dans les entreprises privées ?
Pour autant, la situation est grave, non ?
Elle est préoccupante parce que ça fait deux ans qu’on découvre que le déficit public est bien plus important que celui qu’on anticipait. Ne pas comprendre la dérive des finances publiques, c’est ennuyeux. Il y a un an, le gouvernement nous a dit que le déficit serait de 4,4 % du PIB, et aujourd’hui, on apprend qu’il va être de 6,1 % du PIB. Quand le gouvernement se trompe autant, on peut légitimement se demander s’il y a encore un pilote dans l’avion.
- Pourquoi ces discours, alors ? Pas pour le plaisir de prendre des mesures impopulaires ?
Il n’y a pas lieu de paniquer, mais la situation nécessite tout de même que l’on rectifie le tir. Il faut prendre des mesures qui ne vont pas être sympas. Elles vont enlever de l’argent à des ménages, aux retraités, aux collectivités locales, aux entreprises…
Si, comme je suis en train de le faire ici, le gouvernement nous dit « ce n’est pas si grave », personne ne va vouloir faire d’efforts. Si, au contraire, on martèle « c’est la ca-ta-stro-phe », il y a plus de chances que ça passe dans l’opinion.
- La fable nous a appris que crier au loup quand il n’y a pas de loup, c’est dangereux…
C’est vrai. Ce catastrophisme peut, à force, faire paniquer les investisseurs, et alors, on risque vraiment d’être en grande difficulté financière ! Même chose si, parce que tout le monde râle, du RN au Medef en passant par la gauche, finalement aucune mesure n’est prise.
- Que faudrait-il faire ?
Tenir un discours clair. Dire : ce n’est pas la catastrophe, mais c’est préoccupant. Et élaborer une stratégie pour rééquilibrer les comptes. Une planification sur plusieurs années, des économies raisonnables, un effort collectif…, voilà des pistes de solutions. Ce n’est pas l’orientation du gouvernement Barnier. Les économies à faire sont si drastiques – 60 milliards en 2025 – qu’elles sont irréalisables. Il faudrait y aller progressivement, chaque année, sans casser la croissance et en étant crédible. Là, on est en train de nous promettre du sang et des larmes. Personne n’en veut.
- Vous, vous dites au contraire qu’il faut investir fortement. Vous vous moquez donc de la dette qu’on va léguer à nos « petits n’enfants » ?
Le problème pour les générations futures, ce n’est pas la dette publique, c’est la dette écologique. Ce qu’on va léguer à nos enfants, c’est un monde irrespirable. Quand ils suffoqueront, je pense que la dette publique sera le cadet de leurs soucis. Ne pas faire aujourd’hui les investissements nécessaires pour demain au prétexte de ne pas alourdir la dette, c’est une grave erreur.
Pour rendre le monde respirable, il faudrait, selon un rapport de France Stratégie (1), faire 60 milliards d’euros d’investissements dans la transition écologique, chaque année, pendant dix ans. Est-ce qu’on pense sérieusement que ces 600 milliards peuvent être financés sans dette ?
Bien sûr, ça va augmenter la dette, mais une dette qui correspond à des investissements pour rendre le monde vivable. Aujourd’hui, le gouvernement fait tout l’inverse, il supprime des crédits à l’Ademe, augmente les taxes sur l’électricité… Tout ça au nom de la réduction des déficits. En fait, il ne résout rien, on est juste en train de creuser une super dette climatique.
Propos recueillis par Natacha Devanda. Charlie Hebdo. 30/10/2024
- Rapport confié à Jean Pisani-Ferry par Élisabeth Borne en 2023.
Pour moi quelqu’un qui compte mal: de quels actifs parle t il? Il ne le dit pas, mais les actifs ce sont les 550000 km2 de la France, compte il donner l’Alsace et la Lorraine aux détenteurs de la dette? C’est un raisonnement dangereux. Il ne parle pas du poids des intérêts dans les finances publiques supérieurs aux besoins financiers. Bien sûr qu’on peut dégager 60 milliards par an pour financer la transition énergétique, et sans accroître l’endettement, c’est 4% du pib. Au lieu d’autoriser nos banques à placer les milliards de dépôts à l’étranger, imposons leur le financement de la transition et arrêtons de payer des centaines de cabinets de conseils alors qu’on paye des fonctionnaires pour ça, arrêtons de payer des doublons dans les administrations etc
Dans un monde où les opinions économiques divergent, Bernard se distingue par ses critiques acerbes envers les solutions proposées par des économistes reconnus. L’administrateur du blog s’interroge sur l’absence de reconnaissance officielle pour Bernard, dont les analyses semblent défier les idées des experts académiques. Bernard, bien que non affilié à une institution prestigieuse, offre une perspective unique qui remet en question le statu quo. Ses critiques, bien que parfois sévères, incitent à la réflexion et soulignent l’importance du débat dans l’élaboration des politiques économiques. Peut-être que le gouvernement pourrait bénéficier d’une approche plus inclusive, en considérant des voix comme celle de Bernard, qui apportent un regard neuf sur les défis économiques actuels. En fin de compte, la richesse d’une discussion réside dans la diversité des opinions, et chaque contribution, même celle d’un critique indépendant, peut potentiellement enrichir le discours public et influencer des décisions cruciales.
Michel