Le choix du Maroc

La visite d’État du président Emmanuel Macron au Maroc semble avoir enfin enterré la hache de guerre entre la France, premier investisseur étranger du royaume, et le Maroc, qui compte une communauté de plus de 1,6 million de personnes vivant dans l’Hexagone, dont la moitié à la nationalité française.

Pendant cette visite capitale, tant les sujets de dissension étaient grands entre les deux pays, toutes les questions ont été abordées au cours de somptueux banquets et de décors des mille et une nuits comme seul le royaume chérifien en a le secret : l’économie, la défense, l’éducation, la culture…

Et l’immigration. Le nouveau ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau a ainsi fait partie des neuf membres du gouvernement Barnier qui ont accompagné Emmanuel Macron.

Pour aboutir à cette réconciliation, l’Élysée n’a pas ménagé ses efforts. « Mais que peut-on faire pour améliorer la situation ? » demandait Brigitte Macron pendant ces années de relations glaciales à ses amis marocains proches du palais, l’écrivain Tahar Ben Jelloun ou l’artiste Mehdi Qotbi, président de tous les musées du Maroc.

La première dame, qui s’est investie comme jamais dans un dossier diplomatique, a même reçu les sœurs du roi Mohammed VI à l’Élysée au cours d’un déjeuner. Emmanuel Macron a fait une apparition pour le café.

Il faut dire que la tension entre les deux hommes était à son comble. Cela a d’abord été une question de style, le président français, qui n’a aucun goût pour le vieux monde et les ors de la monarchie, n’hésite pas à tutoyer le roi et à lui donner des accolades.

Puis l’affaire Pegasus éclate : Mohammed VI jure alors à Emmanuel Macron qu’il n’a pas mis son portable sur écoute. Et s’entend répondre : « J’ai les preuves. Soit vous mentez, soit vous ne savez pas ce qu’il se passe dans votre pays ! » Le roi raccroche.

Aucun mortel ne lui a jamais parlé de la sorte. Macron ordonne en conseil de défense de réduire de 50% les visas pour les Marocains pour faire pression sur Rabat qui refuse de reprendre ses ressortissants condamnés en France.

En guise de représailles, Mohammed VI renforce ses liens avec les États-Unis, après que Donald Trump a reconnu par un tweet la souveraineté du royaume sur le Sahara occidental. En septembre 2023, après le terrible séisme qui ravage le Maroc,

Rabat refuse l’aide française.
Quelques jours plus tard, un média proche du palais, Le 360, publie un libelle dégradant sur le président et « sa double vie ».

Mais les enjeux sécuritaires et économiques sont trop importants. Emmanuel Macron ravale son agacement. Et finit par estimer, le 3o juillet 2024, dans une lettre adressée au roi du Maroc, que le plan marocain « constitue la seule base pour aboutir à une solution politique » au Sahara occidental. C’est le sésame pour la réconciliation.

Le déclenchement de la guerre à Gaza, en octobre 2024, met définitivement fin à la crise de nerfs entre les deux pays. Le roi, pris entre un peuple sensible à la cause palestinienne et sa politique pro-israélienne, est inquiet de la situation. Il répond aux avances du président français. Une visite est organisée.

L’Algérie, qui avait fait de la France et de la colonisation le bouc émissaire de tous ses problèmes politiques, rappelle son ambassadeur. Entre l’Algérie, avec laquelle il a longtemps espéré, en vain, sceller une réconciliation historique, et le Maroc, le président français a choisi. Enfin.


Sara Daniel. Le Nouvel Obs n° 3136. 31/10/2024


Une réflexion sur “Le choix du Maroc

  1. bernarddominik 02/11/2024 / 13h03

    L’Algérie est en train de s’isoler, seul le Qatar la soutient et y investit des milliards. Mais Macron aurait dû avoir plus de patience, l’Algérie est autrement prometteuse que le Maroc avec cte file royale un pillé le royaume. Macron aurait du observer plus de neutralité entre les 2 pays et surtout respecter les résolutions de l’ONU sur le Sahara, lui qui aime tant donner des leçons. Et avec 14% d’abord avec sa politique, donc 86% contre, désavoué dans les urnes Macron avait il la légitimité de la décision de reconnaître l’annexion du Sahara occidental par le Maroc ?

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