Mission destruction par destructuration

Dati à la barre, aux ordres de Manu et de la coalition des médias privés.

L’avenir financier de l’audiovisuel public se joue à partir du 23 octobre au Sénat.

Les parlementaires du palais du Luxembourg vont enfin se pencher sur le financement de France Télévisions, Radio France, l’INA, France Médias Monde, TV5 Monde et Arte. Depuis la suppression de la redevance en 2022, il est assuré par une fraction du produit de la TVA, dispositif provisoire qui prend fin le 31 décembre 2024.

Une course contre la montre de deux mois attend les parlementaires, contraints de parer au plus pressé et de voter une modification de la loi organique relative aux lois de finances. Un bricolage législatif pour permettre de prolonger le dispositif actuel.

Le texte porté par quatre sénateurs de droite est examiné en procédure d’urgence au Sénat. Il devra ensuite se trouver une place dans le calendrier saturé de l’Assemblée nationale, en plein vote du budget. Une nécessité pour éviter le scénario de la budgétisation, qui placerait le financement des médias publics à la main de l’État et menacerait ainsi leur indépendance.

Ce manque d’anticipation est inexcusable. Comment admettre que l’État se soit révélé incapable en deux ans de régler cette question alors que la nécessité d’un audiovisuel public fort, au financement clairement établi, est un enjeu majeur pour notre démocratie ?

D’autant plus dans un contexte géopolitique où la désinformation et les ingérences étrangères ne sont plus à dé­montrer. L’Élysée, d’habitude si prompt à s’emparer de nombreux dossiers, a brillé par son absence. Comment s’en étonner ? L’audiovisuel public, qualifié de « honte pour nos concitoyens » par Emmanuel Macron en 2017, est toujours resté pour lui un sujet lointain.

Depuis dix mois, les gouvernements successifs lient le montant du financement de l’audiovisuel public à sa capacité à se réformer pour mieux imposer la fusion de toutes ses sociétés. La ministre de la Culture Rachida Dati en ait même un prérequis.

Dans ce contexte, la loi qui sera bientôt votée, par défaut, est un moindre mal. Néanmoins, le dispositif est loin d’être parfait. D’abord parce que le financement de l’audiovisuel public reste sous la menace d’un changement de majorité, ensuite parce que cet impôt indirect n’est par ailleurs à personne, pas même les plus modestes


Étienne Labrunie. Télérama. N° 3902. 23/10/2024


2 réflexions sur “Mission destruction par destructuration

  1. bernarddominik 23/10/2024 / 10h49

    Il y a t il une réforme de Macron qui fonctionne ?

  2. Danielle ROLLAT 23/10/2024 / 21h44

    …En route pour le rétablissement de la taxe TV..

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.