« Le jour où vous constatez que votre animal de compagnie n’en peut plus, vous allez chez le vétérinaire. Ça nous est arrivé. Or, que fait-il ? Il utilise du pentobarbital et votre animal part tranquillement. Mais pour les humains, c’est interdit. Et ça, c’est inadmissible ».
Devant un café chaud dans cette petite maison aux volets bleus de la banlieue grenobloise, Guy et Maryse dénoncent « cette hypocrisie dans laquelle on vit en France. Tous les ans, il y a à peu près 3000 personnes âgées qui se suicident de façon violente par défenestration, pendaison, avec fusil ou en se jetant sous un train ».
Un tiers des suicides en France concerne en effet des personnes de plus de 75 ans, selon le centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès. Maryse n’a pas attendu ses 81 ans pour se pencher sur la question.
« À 50 ans, la mort me préoccupait. Je me disais Ce n’est pas possible de ne pas pouvoir choisir le moment de sa mort ». Elle chemine d’abord à l’ADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité) avant de croiser la route de la jeune association française, « Ultime liberté ». « Quand j’ai entendu la fondatrice Claude Hury en conférence, j’ai su que je devais y aller ».
Chez Guy, la question a mûri plus lentement avant qu’il n’embrasse pleinement la cause, au point d’en devenir alors le correspondant départemental et le trésorier national. « Je n’avais pas envie de laisser ma fin de vie entre les mains des médecins. On doit avoir le libre arbitre, on n’accepte pas de mourir dans la souffrance ».
« La première personne que j’ai accompagnée m’a dit merci à plusieurs reprises »
Depuis « une dizaine d’années », le couple a ainsi épousé les revendications de l’association. « La première personne que j’ai accompagnée (à mourir) avait la maladie de Charcot, témoigne Guy. Il avait 52 ans, il n’était pas vieux mais s’était fixé un seuil dans l’évolution de sa maladie. Un jour, il a dit, Stop, j’arrête. Et ça ne m’a posé aucun problème, c’est le coeur de notre engagement. Ce sont des adultes conscients qui font un choix à un moment donné et qui déterminent dans quelles conditions ». Sa « première fois », Maryse s’en souvient tout aussi bien : « On avait vu cette dame plusieurs fois ». Le jour J, « elle était déjà détendue et puis on a plaisanté. Elle était tellement contente. Combien de fois elle nous a dit merci… » Guy reprend : « Pour ces gens, c’est une délivrance ». Il plaide : « On est dans la même situation qu’à l’époque où l’avortement était interdit ».
Pendant dix ans, ils ont donc aidé des personnes à mourir, « moins d’un par an » affirment-ils, jusqu’à ce 14 août où ces deux anciens élus isérois ancrés à gauche ont fait les gros titres des médias. « La Grenobloise (en question) était adhérente depuis huit ans à l’association. Dès 2023, elle nous avait joints (pour entamer la démarche, NDLR). Puis elle nous a rappelés pour indiquer qu’elle ne donnerait pas suite. Un an et demi plus tard, elle nous a recontactés.
Nous l’avons donc de nouveau rencontrée avec son fils, qui n’était pas d’accord mais qui respectait sa décision. On avait convenu du 17 août. Mais elle nous a rappelés le 13 : Je ne peux pas attendre samedi. Est-ce que vous pouvez venir demain ? Ma vie en ce moment, c’est le fauteuil, le lit, le lit, le fauteuil, je n’en peux plus ».
« En se réveillant après avoir régurgité le produit, elle nous a dit : Vous n’auriez pas une deuxième dose ? »
Mercredi 14 août, « on avait rendez-vous chez elle à 16 h. On a discuté avant qu’elle ne s’endorme vers 18 h, après avoir pris l’anti-vomitif puis le somnifère et le nitrite de sodium. Mais au bout d’un moment, elle a commencé à régurgiter. C’était la première fois que ça nous arrivait. En se réveillant, elle nous a dit : Vous n’auriez pas une deuxième dose ? » Maryse lui glisse : « Je crois que votre corps n’était pas d’accord. J’étais tellement ennuyée que ça n’ait pas marché ». Elle consent : « C’est là où on est dans l’illégalité, car nous avions apporté le produit ».
Comme convenu avec lui, ils appellent alors le fils de cette Grenobloise. Mais pour lui annoncer un échec. « Et là, il a eu une réaction assez violente. En arrivant, explique Guy, il m’a envoyé valser dans l’appartement. Je me suis retrouvé par terre, mes lunettes d’un côté, mes appareils auditifs de l’autre. Il a pris ma femme par le bras, il l’a fait asseoir dans le canapé ». « J’étais terrorisée, souffle Maryse. Puis il a téléphoné à la police ».
Qui a emmené le couple une heure et demie plus tard à l’hôtel de police, pour deux jours de garde à vue. Avant la mise en examen au palais de justice, dont ils sont sortis après 48 heures de séparation et quelques auditions.
La première chose qu’ils ont faite en se retrouvant ? « On s’est embrassé. Et on s’est dit que ça allait nous faire du bien de marcher pour aller récupérer la voiture ».
Jean-Benoît Vigny. Le Dauphiné Libéré 22/10/2024
Tout à fait d’accord, mais a survie dans la douleur rapporte gros au corps médicale dont le principe est d’après Dr Knock : tout bien-portant est un malade qui s’ignore…
Il serait temps :
-d’avoir le courage d’améliorer nettement ce qui existe légalement dans notre pays, mais ce n’est pas suffisant :
-et de cesser les hypocrisies… et les injustices : tu as du pognon, tu pars dans un pays « avancé »…
– sinon, tu souffres, tu vois souffrir les tiens.. tu as envie d’hurler..t’implores.. tu espères un miracle être écouté et entendu…
– Je sais par expérience professionnelle que ce sont aussi des situations difficiles à vivre pour les soignants démunis..