Freddy déambule hébété en évitant les déchets qui jonchent le sol : depuis deux jours, il est interné dans le centre de rétention administrative (CRA) du sud du bois de Vincennes (Val-de-Marne). « Je ne comprends pas pourquoi je suis ici. Je réside en France depuis onze ans, j’ai mes papiers et un emploi stable, en CDI à l’hôpital Saint-Joseph, je cuisine et je livre les repas aux malades. Mon absence au travail embête tout le monde », s’indigne-t-il.
Le monde s’effondre autour de lui depuis qu’il a reçu, voilà trois semaines, une obligation de quitter le territoire français (OQTF) pour retourner au Cameroun. « On m’a expliqué que j’étais une menace à l’ordre public. Mon passé me rattrape car j’ai fait de la prison en 2015 pour escroquerie. Mais j’ai purgé ma peine, j’ai une nouvelle vie aujourd’hui », poursuit-il, encore hagard.
L’un des objectifs annoncés par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, est d’allonger la durée légale de rétention en CRA de 90 à 210 jours. Or, « la précarité est terrible ici. Que ce soit pour les retenus ou pour les agents qui travaillent, il faut du changement », observe le sénateur Pascal Savoldelli, qui appelle à une réhabilitation. […] « Sommes-nous dans le domaine de la rétention et dans le domaine du pénal dans ce CRA ? Nous basculons vers une équation injustifiée entre immigré et insécurité. »
Un engrenage infernal pour les travailleurs immigrés
À l’origine, les CRA ont été bâtis pour des durées de rétention de quelques jours. Mais ces lieux ne correspondent plus du tout à leur vocation initiale. « Ces centres ne sont plus uniquement des lieux de passage, ils sont devenus des annexes des prisons où l’on peut rester parfois plusieurs mois », dénonce le sénateur Ian Brossat,
« Nous avons besoin d’une politique d’immigration qui traite concrètement les problèmes au lieu de se servir des personnes migrantes comme des boucs émissaires permanents », remarque Ian Brossat.
« Le discours actuel sur l’immigration consiste à voir ces personnes uniquement comme des sources de problèmes et non d’enrichissement pour la société. Le ministre de l’Intérieur reprend la rhétorique de l’extrême droite. Nous ne pouvons pas laisser passer cela », enchaîne Pascal Savoldelli.
Dans les couloirs glacés, certains s’échangent des sourires et tentent de s’occuper comme ils peuvent devant les chaînes d’information.
Margot Bonnéry. L’Humanité. Source (Extraits)